Petit à petit, je raye les j-dramas régulièrement cités comme incontournables. Le problème de cette nomination est qu’elle n’est pas forcément synonyme de qualité exceptionnelle. Je pense ainsi à Gokusen, Kamisama Mô Sukoshi Dake ou encore à Densha Otoko. Kurosagi est dans mes cartons depuis très longtemps. Je crois l’avoir récupéré très peu de temps après m’être lancée dans les séries japonaises, ce qui remonte maintenant à quelques années. Comme souvent, il s’agit d’une adaptation d’un manga et plus précisément, d’un seinen. Écrit par Natsuhara Takeshi et dessiné par Kuromaru entre 2003 et 2008, il comporte vingt volumes. Il existe une suite, toujours en cours, Shin Kurosagi. Le manga n’est pas disponible en France. Attention à ne pas le confondre avec Kurosagi Shitai Takuhaibin (Kurosagi, Livraison de Cadavres, chez Pika) d’Ôtsuka Eiji. D’avril à juin 2006, l’adaptation du manga fut ainsi diffusée à la télévision japonaise, sur TBS. Outre les onze épisodes de la série, il existe également un film qui sera traité par la suite sur Luminophore. Aucun spoiler.

Le monde est constitué de trois types d’escrocs. Il y a les Shirosagi, ceux qui n’hésitent pas à déposséder les victimes de leur argent, les Akasagi qui jouent avec les sentiments des autres et les Kurosagi, ceux qui détruisent les deux catégories précédentes. Suite à certaines circonstances liées à son tragique passé, Kurosaki devient un Kurosagi. Jouant constamment avec la loi, il ne vit que pour la traque des escrocs en tous genres tout en collaborant avec Katsuragi, un homme qu’il déteste mais qui lui est précieux. Lorsqu’il sauve Tsurara, il réalise alors que son existence pourrait être menée d’une autre manière.

 

C’est peut-être malheureux mais voir que le duo est incarné par Yamashita Tomohisa (Nobuta wo Produce, Byakkotai, Long Love Letter, Ikebukuro West Gate Park) et Horikita Maki ne donne pas spécialement envie de se lancer. Beaucoup disent que Kurosagi est un excellent drama mais en sachant que parmi ces beaucoup on retrouve énormément de fangirls, eh bien… comment dire, leur avis est-il réellement objectif ? Je serais tentée de dire que la présence du Johnny’s Yamapi a probablement dû influencer certain(e)s. Kurosagi n’est en soi pas une mauvaise série mais elle se révèle largement dispensable, la faute notamment à un scénario redondant et très léger. Chaque épisode repose effectivement sur le même schéma. Kurosaki déjoue les plans d’un escroc, certains étant par ailleurs dans le surjeu absolu et irritant, et ainsi de suite. En plus, l’anti-héros semble infaillible. Il existe un fil rouge mais il est bien ténu et demeure au final peu développé. Comme toujours, le j-drama est l’occasion de retrouver quelques visages plus ou moins connus tels que Kiritani Kenta (Tiger & Dragon, Waraeru Koi wa Shitakunai), Izumiya Shigeru (Jotei, Engine, Voice), Ôtsuka Nene ou encore Sakai Masaaki (Churasan).

Il est ici question de Kurosaki, un jeune orphelin d’une vingtaine d’années. L’ensemble de sa famille a été tué par son père (Sugimoto Tetta), acculé au pied du mur en raison d’un escroc, avant de se suicider. Kurosaki aurait dû également mourir mais il survécut par miracle. Depuis ce jour, il s’est juré de combattre les escrocs en tous genres, en les traquant par n’importe quelle manière. Il se fait dès lors une réputation dans le milieu. Il est devenu le Kurosagi, l’escroc qui traque les autres escrocs. Yamashita Tomohisa prend ainsi les traits de Kurosaki et se montre plutôt convenable bien qu’il fasse trop jeune pour être franchement crédible. Il change régulièrement de tenue et se métamorphose selon son affaire du moment. On peut ainsi le voir en homme de ménage, en sorte de playboy ou encore en dandy. Ses transformations sont plutôt amusantes et Yamapi parvient à insuffler suffisamment de caractère à l’ensemble des personnages qu’il interprète, que ce soit au niveau de la manière de se porter ou de parler. C’est donc une agréable surprise de ce côté-là, surtout lorsque l’on s’attend à quelque chose de médiocre. Outre la tonalité versatile du personnage, on s’attache facilement à lui et ses petites mimiques comme les « bang » sont presque mignonnes. Il est quand même dommage que la psychologie de Kurosaki soit aussi peu effleurée car son passé et ses tourments présents auraient pu être vecteurs de réflexion ou tout du moins d’approfondissement mais ce n’est guère le cas.

Kurosaki vit seul et n’a aucun ami. Il fait régulièrement affaire avec Katsuragi, un vieil homme, ancien escroc de son état qui aurait eu des liens avec son défunt père. Ce dernier lui vend des informations concernant les arnaqueurs qui sévissent dans les environs. La relation entre ces deux est encore une fois peu densifiée bien qu’elle montre un certain potentiel. Ils jouent au jeu du chat et de la souris, l’un détestant viscéralement l’autre et celui-ci étant fort énigmatique et manipulant son monde. Katsuragi est incarné par un Yamazaki Tsutomu (le père de Kubozuka Yôsuke dans l’excellent film Go) en très grande forme et possédant un visage charismatique buriné par le temps. Il ne bouge jamais de son restaurant où il a installé plusieurs caméras afin de conserver quelque peu sa mainmise sur les personnages qui gravitent autour de lui. Katsuragi est entouré de Hayase Makiko, jouée par Okunuki Kaoru (Zeni Geba), qui est une femme douce et serviable. Elle veille sur lui et au risque de me répéter, en dépit de quelques pistes intéressantes, le lien qui les unit est traité superficiellement.

La vie de Kurosaki commence à changer lorsqu’il fait la rencontre de Yoshikawa Tsurara, la jeune fille incarnée par Horikita Maki. Étudiant le droit, elle souhaite devenir procureur et ne jure que par la loi. Le monde semble à ses yeux tout blanc ou tout noir et il faut toujours rester dans les clous. Or, Kurosaki lui prouvera que les nuances existent. Tsurara est inintéressante et ne sert à rien. Il existe un soupçon de romance entre les deux héros mais si vous souhaitez voir quelque chose à l’écran, ce n’est pas la peine d’espérer. Les sentiments sont ici d’une platitude absolue. Tsurara, en plus d’être agaçante à toujours répéter que telle chose est mal ou telle autre n’est pas respectueuse, est insipide et assez stupide. Elle se mêle de votre vie comme si de rien n’était et se permet de vous juger. Sa supposée meilleure amie, Mishima Yukari, jouée par la très mauvaise et insupportable Ichikawa Yui, est horripilante à souhait. Elle est toujours collée aux basques de Kurosaki et n’en rate pas une pour dénigrer une Tsurara qui subit sans broncher.

Un autre problème de Kurosagi est son ton. Si l’histoire est assez sombre, il est très rare que l’on sente une tension dramatique. L’ensemble manque cruellement de relief et d’émotions. C’est pourquoi il est difficile de réellement s’investir, d’autant plus que les épisodes sont bien trop linéaires pour donner envie de voir la suite. De  même, l’intrigue avec l’inspecteur de police pourchassant Kurosaki est supposée ajouter du piment mais le résultat est sans saveur. La chanson du générique, Daite Señorita, interprétée par Yamapi en personne, reflète à merveille ce mélange raté entre les évènements tragiques ayant marqué Kurosaki et la légèreté sous-jacente de certaines intrigues. Sérieusement, cette chanson est horrible et kitsch à souhait.

Kurosagi est au final une déception. Malgré un probable potentiel, la série ne décolle jamais et n’approfondit rien de probant. Il y a de nombreuses tentatives comme le lien Kurosaki / Katsuragi ou le flic pugnace mais elles sont à chaque fois avortées. Par ailleurs, le j-drama est bien trop linéaire, les épisode étant totalement indépendants les uns des autres et reposant perpétuellement sur le schéma « une arnaque à déjouer / Kurosaki se déguise ». Yamapi parvient tout de même à montrer qu’il peut maîtriser plusieurs registres, sans toutefois étinceler, ce qui n’était pas forcément gagné. Ajoutez à cela une teneur émotionnelle qui fait défaut, une absence totale de crédibilité, un ton oscillant entre la comédie et le drame ainsi que des personnages fades ou agaçants et on se trouve face à onze épisodes convenus et très largement dispensables.