Après avoir regardé la première saison de Misfits en fin d’année 2010, je savais que la seconde allait rapidement passer sur mon écran. Comme toujours, quand j’apprécie quelque chose, j’ai du mal à en parler alors l’article traîne et traîne encore plus. Puisque la saison trois de la série anglaise approche à grands pas, il est temps de remédier à ce problème. La deuxième de Misfits est composée de sept épisodes, le dernier étant un spécial Noël. Elle fut diffusée sur E4 entre novembre et décembre 2010. Aucun spoiler.

Dire que la saison une de Misfits fut, à mes yeux, un succès serait presque un euphémisme. Corrosive, drôle, stylée, touchante et rythmée, elle a réussi en six épisodes à proposer une galerie de personnages sympathiques et des thématiques plus profondes qu’elle n’en a l’air. Ces six nouveaux épisodes sont exactement dans la même veine. La bande de marginaux est égale à elle-même et bien qu’elle soit dotée de super-pouvoirs, elle n’en devient toutefois pas extraordinaire au sens le plus strict du terme. La série manie toujours aussi bien les genres et parvient à montrer des adolescents décomplexés qui tentent de survivre, ou tout simplement de vivre, dans leur ville qui commence à regorger d’habitants possédant des capacités hors du commun. Ils n’ont vraiment pas de chance parce qu’en dépit de leurs maigres efforts et de leur volonté de rester en dessous des radars, surtout après avoir tué tous leurs officiers de probation, ils sont à chaque fois reliés aux bizarreries. C’est ainsi qu’ils se retrouvent confrontés à un homme qui se croit en plein jeu vidéo de type Grand Theft Auto – avec les massacres en découlant –, ou bien face à un jeune en mesure de maîtriser le lait. Si, si, et contrairement à ce que l’on pourrait penser, les conséquences peuvent être désastreuses. À part un fil rouge bien spécifique, la saison a peut-être un peu trop tendance à reposer sur le méchant de la semaine, ce qui est parfois dommage lorsque ce dernier n’est pas suffisamment construit ou trop facile. C’est, par exemple, le cas du tueur dans le jeu vidéo qui manque de profondeur, et dont la morale est d’ailleurs tout juste acceptable. Il n’empêche qu’à l’heure actuelle, Misfits s’avère être l’une des rares séries susceptibles de surprendre, d’oser et de proposer des idées issues d’on ne sait où et qui pourraient paraître ridicules, mais qui passent diablement bien à l’écran. Il est possible de remercier pour cela l’écriture plutôt fine, les répliques piquantes débitées généralement par un Nathan en très grande forme, et une ambiance décontractée, voire ubuesque. La saison ne lésine pas sur les super-pouvoirs, quitte à viser le délire et s’en sort toujours bien. La fiction est vraiment à la limite de la surenchère et tout en étant sur le fil du rasoir, elle arrive à convaincre.

Ces épisodes mettent à l’honneur un personnage mystérieux qui saute d’immeuble en immeuble et qui se prend pour un ninja. Le visage camouflé et habillé de noir, il sauve souvent la fine équipe de malheureuses situations, et s’approche petit à petit d’Alisha. Cette dernière évoluera d’ailleurs en quelque temps d’une manière assez fulgurante, sans pour autant perdre en crédibilité. Elle gagne ainsi en sensibilité et se montre moins superficielle qu’au premier abord. Lorsque les masques tombent et que l’on découvre en même temps qu’elle qui se cache derrière cet a priori superhéros, difficile de dissimuler sa surprise. La relation qui se tisse entre les deux est particulièrement belle, bien qu’elle soit évidemment compliquée en raison de la nature dudit personnage. Avec son arrivée, la saison amène son lot de questionnements et, malheureusement, elle patine assez. Sans trop en révéler, la ligne temporelle y joue un rôle important ; si les épisodes perturbent régulièrement l’ensemble et bouleversent parfois totalement le cours normal de l’histoire, on se sent légèrement lésé. La confusion n’est pas loin et la saison manque de clarté à ce niveau-là. Les derniers épisodes, traitant d’ailleurs des pouvoirs à proprement parler, modifient complètement la donne et redistribuent les cartes. La prochaine saison s’annonce donc différente, d’autant plus que Nathan ne sera plus là, son interprète, Robert Sheehan, ayant décidé de quitter la série.

Fort heureusement, ces défauts sont minimes et ne gênent absolument pas l’appréciation que l’on peut avoir de la saison. Les personnages sont toujours autant délicieux et c’est un crève-cœur de savoir que Nathan, véritable pile électrique qui devrait parfois la fermer, ne sera plus de la partie. S’il en fait par moments un peu trop, il a un potentiel fou avec son côté presque grandiloquent et ses problèmes de famille. L’épisode sur son frère est particulièrement réussi, par exemple. Simon est sans aucun doute le plus atypique, mais également le plus attachant. À l’instar d’Alisha, lui aussi évolue au cours des épisodes. Il commence enfin à profiter réellement de sa jeunesse et à prendre de l’assurance. Touchant et bizarre, il ne laisse pas indifférent. L’étrange duo qu’il forme avec Nathan vaut généralement de l’or en barre. Iwan Rheon est plutôt fabuleux dans cette saison. Dernier garçon à composer la bande, Curtis est encore moins intéressant qu’en première saison, ce qui est dommage. Il ne sert pas à grand-chose si ce n’est à voir le futur et arrêter les zigotos dans leurs bêtises. Chez les filles, à part d’Alisha dont on a déjà parlé, il reste Kelly qui continue son bonhomme de chemin tout en hurlant le plus fort qu’elle peut, sans que sa sympathie fasse défaut. Nikki est le seul nouveau personnage à être plus présent que la moyenne et manque un tant soit peu de personnalité pour pouvoir réellement s’affirmer.

Impossible de ne pas mentionner l’esthétique de cette saison de Misfits qui est, encore une fois, particulièrement travaillée. La bande-son est un petit bijou. Il y a bien sûr les nombreuses chansons parfaitement choisies, mais également les compositions originales de Vince Pope. Certaines mélodies reviennent régulièrement et n’en ratent pas une pour vous hérisser tous les poils. La photographie avec ces teintes bleu-gris est particulière et offre à Misfits une tonalité inédite. Ce qui marque est évidemment la faible profondeur de champ, même lors de plans très larges, ce qui est plus qu’atypique pour une série. De ce fait, l’écran est souvent flou et le téléspectateur est comme plongé dans un rêve fantasmagorique et pouvant être poétique, voire enchanteur.

En définitive, si la saison deux de Misfits est un peu moins réussie que la précédente en raison d’un côté presque brouillon et schématique, cela ne veut en aucun cas dire qu’elle est ratée. Bien au contraire. C’est uniquement parce que l’on sait que la série est capable de délivrer des épisodes aboutis et fascinants que l’on ne peut qu’être très critique. Quoi qu’il en soit, cette nouvelle saison propose des moments forts, émouvants, extrêmement drôles, caustiques et magnifiés par une réalisation singulière, tout en gardant un soupçon décalé. Les personnages sont travaillés et forment une bande atypique, mais attachante. Misfits prouve, si tant est que ce ne fût pas déjà le cas auparavant, qu’elle peut mélanger les genres. Elle alterne effectivement entre le fantastique, les faits de société, l’adolescence ou encore la romance et demeure convaincante en plus de posséder une véritable identité. Vivement la suite~