Il y a quelques mois, alors que je souhaitais savoir ce que devenait Konishi Ryôsei depuis le tokusatsu GARO, j’ai découvert que la production à effets spéciaux reprenait du service. Effectivement, outre l’unitaire dérivé KIBA: Ankoku Kishi Gaiden, elle se dote désormais d’une deuxième saison intitulée Makai Senki, actuellement en cours de diffusion au Japon. Ni l’un ni l’autre de ces travaux ne nous occupera aujourd’hui puisqu’auparavant, il convient de discuter de Red Requiem, le tout premier film durant une heure et demie sorti en salles le 31 octobre 2010. À noter qu’il fut disponible en 3D et qu’il serait le tout premier long-métrage nippon à avoir été tourné dans cette optique. Aucun spoiler.

La mission du jour de Kôga est de venir à bout d’une Horror particulièrement redoutable : Karma. Alors qu’il se lance dans sa quête, il doit composer avec une prêtresse ambitieuse bien décidée à annihiler elle-même la créature surnaturelle. Au lieu d’allier leurs forces, elle préfère faire cavalier seul, mais les viles tactiques du démon mettent tout le monde en situation périlleuse.

Bien qu’il s’installe entre les deux saisons de la série télévisée, Red Requiem donne presque l’impression d’être totalement indépendant. Si le chevalier doré, toujours interprété par Konishi Ryôsei, est de la partie avec Zaruba, son compagnon indissociable, il n’y a qu’une unique référence au tokusatsu et elle se trouve après le générique de fin. C’est frustrant, car ceux visionnant ce film connaissent la fiction et apprécient donc ce genre de geste. Kôga est en plus fort rigide et sans émotion alors qu’il avait fait un petit peu de chemin. Il manque ici cruellement de profondeur et semble se balader tranquillement, l’air de rien. Le synopsis du long-métrage est de toute manière limpide puisque le héros arrive dans une nouvelle ville où il doit combattre une Horror particulièrement coriace. Si elle lui donne du fil à retordre, la tension est rarement à son paroxysme et il devient par conséquent compliqué de s’investir dans ce que l’on voit ou même de se sentir concerné. Le rythme est pourtant assez bien mené, la dernière demi-heure étant d’ailleurs très agréable, mais quelque chose fait défaut pour permettre de profiter pleinement de l’expérience. De l’humour peut-être ? Zaruba a beau posséder quelques lignes sympathiques, il n’y a rien de plus. Kôga est toujours autant poseur avec son long manteau blanc et ses vêtements en cuir sauf qu’à force de vouloir le rendre classe à toute épreuve, il finit presque par ennuyer sévèrement. Espérons qu’avec les nombreux protagonistes originaux de retour, la saison deux répare cette erreur.

Karma, l’Horror en question, utilise des miroirs pour consommer des gens. Après s’y être regardés et avoir vu leur désir le plus profond, ceux-ci y sont aspirés et Karma a ainsi l’opportunité de les déguster. Pour cela, il est aidé par deux immortels. Quand Kôga arrive sur le terrain, il fait la connaissance de trois prêtres Makai. Rappelons que les prêtes Makai appartiennent à une caste inférieure aux chevaliers et ne disposent pas d’une armure métallique. Chez les prêtres, la sympathique Jabi était déjà apparue lors de la série télé et, cette fois, en plus de deux hommes se trouve une jeune femme, Rekka (Matsuyama Mary – Asukô March!), rêvant de devenir chevalier Makai. Malheureusement pour elle, seuls les êtres masculins ont ce privilège tant les règles régissant ce système sont conservatrices et patriarcales. À fleur de peau et agressive, elle en veut personnellement à Karma et souhaite le tuer de ses propres mains, même si cela signifie qu’elle court droit à sa perte. Rekka est plutôt charmante et possède de nombreux talents cachés. Cette figure est assez bien travaillée et vole littéralement la vedette à Kôga qui est bien trop lisse pour intéresser. En fait, Kôga aurait pu être remplacé par n’importe quel combattant que cela n’aurait rien changé. Red Requiem a au moins la bonne idée d’apporter un minimum de densité aux prêtres et aux différends palpables les unissant aux chevaliers.

Si l’histoire, bien que convenue, n’est pas totalement inepte, le film doit surtout sa force à son aspect formel. Bien sûr, les effets spéciaux peuvent de nouveau faire très amateurs pour quelqu’un attendant la qualité d’un blockbuster américain de 2011. Il n’empêche que certaines incantations des prêtres Makai ou la transformation de Kôga en Garo sont particulièrement jolies à l’écran. Il en ressort un côté presque gothique appréciable. Quant aux batailles, le niveau demeure plutôt solide, car elles sont claires, très belles à admirer et les chorégraphies ne sont pas répétitives. Cependant, l’absence de suspense contrarie toute surprise ou ressort dramatique. Sinon, la musique est encore une fois agréable et les quelques arrangements inédits bienvenus. À l’instar de la majorité des personnes ayant regardé le film en dehors du cinéma, je l’ai vu en deux dimensions. Notons qu’à de très nombreuses reprises, des débris de verre, des pieds projetés, des explosions en multitude de particules, etc., sont disséminés, probablement afin de tenter de tirer parti des avancées technologiques. Je ne suis pas persuadée que l’ensemble nécessitait cette technique – comme 99 % de ceux l’employant –, mais bon, là n’est pas la question.

Au final, GARO: Red Requiem est un film plutôt décevant. Sans être ennuyant, il est trop régulièrement à la peine et ne donne pas l’impression de se retrouver devant la série sympathique comme tout. Il aurait fallu pour cela proposer un peu plus d’humour, rendre Kôga moins fade et ajouter quelques références à l’univers du tokusatsu. Ce long-métrage n’apporte à première vue pas grand-chose à la mythologie et demeure surtout une aventure indépendante banale et presque sans saveurs.
Bonus : la bande-annonce