Traînant dans mes dossiers depuis tellement longtemps, il était plus que temps de se pencher sur Yankee Bokô ni Kaeru. Comme son nom le laisse supposer, il s’agit d’une série japonaise. Elle comporte dix épisodes qui furent diffusés sur TBS entre octobre et décembre 2003. Le premier dure une heure et les autres quarante-cinq minutes. Son titre signifie très approximativement le prof délinquant retourne à l’école. Il existe également un épisode spécial, un SP, datant de 2005 et se déroulant avant les évènements du renzoku. On en parlera d’ici quelques mois. Aucun spoiler.

Sur Hokkaidô, le lycée Hokusei Yoichi accueille depuis plusieurs années des élèves laissés sur le bord de la route scolaire. Ancien élève, Yoshimori Masaya y est de retour si ce n’est que cette fois, il se retrouve de l’autre côté de la barrière puisqu’il est devenu professeur. C’est donc à son tour d’aider les élèves afin de les remettre sur le droit chemin.

Encore un school drama ! Oh non ! C’est justement pour cette raison qu’il ne me tentait pas trop et qu’il était en train de prendre la poussière. Pourquoi l’avoir récupéré alors ? À l’époque, je débutais dans les j-dramas et j’avais vu la présence de Matsuda Shôta dans le SP, ceci expliquant donc cela.
Yankee Bokô ni Kaeru fait partie de ces trop nombreuses séries japonaises se déroulant à l’école et où un professeur va se charger de remettre dans le droit chemin des élèves en difficulté. Dans le même rayon on peut citer Great Teacher Onizuka, le mastodonte Gokusen, Dragonzakura ou plus récemment, HAMMER SESSION!. Bref, pour peu que l’on apprécie le genre, on ne risque pas de s’ennuyer. Le problème de ces j-dramas est qu’ils racontent toujours la même chose. Si le ton peut différer, le résultat est le même. Et Yankee Bokô ni Kaeru ne bouleverse absolument pas la donne.

Yoshimori, interprété par Takenouchi Yutaka (BOSS), est un ancien délinquant venant d’obtenir son diplôme de professeur. Il décide de travailler dans le lycée qui lui a donné sa chance et qui lui a permis d’avoir un véritable futur, Hokusei Yoichi. Cet établissement accueille les lycéens sur la corde raide qui ont abandonné l’école et dont plus personne ne veut. La série s’inspire de faits réels car cette école existe depuis 1988 et fut la première de ce type à être créée. C’est justement cette véracité qui sera le fil d’Ariane de Yankee Bokô ni Kaeru. Le j-drama se veut effectivement réaliste. Il n’y a par exemple pas de surenchère ou de sur-dramatisation. S’il est clair que l’on sent une différence avec Gokusen, cela ne veut pas forcément dire que le résultat escompté est quand même là. Plusieurs intrigues et leur résolution sont parfois très bancales et il est souvent difficile d’y adhérer. Ayant affaire à des adolescents en rébellion, les professeurs ont du travail et si le fond reste crédible, cela n’empêche absolument pas que ces jeunes soient tout de même très gentils et que le ton soit beaucoup trop naïf et moralisateur.

Yankee Bokô ni Kaeru suit à la lettre le même scénario que tous les school dramas. Un nouveau professeur arrive, Yoshimori donc, il est détesté et peu à peu, les élèves se prennent d’affection pour lui et les plus gros problèmes sont réglés. La galerie de personnages est plutôt attachante ce qui fait que l’on peut plus ou moins passer outre les écueils de la série jusqu’aux derniers épisodes. Datant de 2003, on retrouve d’ailleurs beaucoup d’acteurs jeunes à l’époque et qui depuis ont fait du chemin. Du côté des élèves on peut ainsi noter la présence d’Ichihara Hayato (Long Love Letter), d’Ishigaki Yûma (Gokusen 1, Hanazakari no Kimitachi e), de Hayami Mokomichi, de Koike Teppei (Gokusen 2), d’Ichikawa Yui (Muscle Girl!, Kurosagi), de Katô Natsuki (Hana Yori Dango)… Si Yoshimori est un nouvel arrivant, quelques élèves intègrent l’école en même temps que lui. On découvre donc l’univers de la série en même temps qu’eux. Évidemment, tous ne sont pas en échec pour les mêmes raisons. Il y a les racailles, ceux qui ont des problèmes psychologiques, familiaux ou qui ont fait de mauvais choix à un moment donné. S’ils ont tous dans les environs de 18 ans, un d’entre eux, joué par Nagai Masaru (Buzzer Beat), est bien plus âgé et a même des enfants. L’école se situant sur Hokkaidô, ils vivent tous ensemble dans des espèces d’auberge de jeunesse / pensionnats où travaille notamment le personnage incarné par Shinohara Ryôko. La vie est donc assez peu intime, chacun se mêlant de ce qu’il se passe chez le voisin.

Ces élèves peuvent compter sur leurs professeurs. Yoshimori a des méthodes assez atypiques et sait parler aux adolescents. Du fait de son expérience, il les comprend facilement mais doute d’être à la hauteur, surtout que l’un des autres enseignants est adulé au lycée. Il manque de confiance en lui et tente de faire de son mieux possible. Takenouchi Yutaka sait être charmeur tout en étant assez sérieux et montre qu’il maîtrise très bien ce genre de rôle. Son personnage est aidé par d’autres profs, dont certains étaient déjà en place lorsque lui-même y était en tant qu’élève. C’est avec plaisir que l’on peut ainsi y voir la sympathique Yo Kimiko (Churasan) qui dirige le lycée de la meilleure manière qui soit. Certains reconnaîtront sinon le Johnny’s Aiba Masaki en tant que jeune prof mais aussi Harada Yoshio (Engine) et Nukumizu Youichi (BOSS).

Tout ce beau monde est donc sympathique à quelques exceptions près. Certains personnages peuvent être effectivement usants comme Akane qui se mêle de tout et qui passe son temps à juger. D’autres compensent heureusement ce défaut. Ils évoluent tous au fil des épisodes et sont généralement attachants. Tous les sujets propices au genre sont de la partie comme l’importance de la famille, la notion de groupe, le soutien entre amis, la sexualité, le tabac, la drogue, etc. Si l’un des bons points de la série est de ne pas tomber dans le sempiternel un épisode / un personnage / un problème, le traitement des intrigues est beaucoup trop naïf voire même simpliste. Ne parlons même pas des bons sentiments qui deviennent vite insupportables. Le j-drama débute correctement et réussit à être convenable jusqu’aux derniers épisodes. A contrario, l’intrigue sur la marijuana plombe totalement l’ensemble. La série en fait des tonnes et ne lésine pas sur la morale. Certes, le cannabis est une drogue mais il n’était peut-être la peine d’en faire un cinéma pareil. C’est peut-être là une question de culture toutefois. Pour en revenir à l’aspect réaliste de la série, s’il existe effectivement une volonté de coller au plus près de ce qu’il se passe, le traitement est idéaliste. Les élèves ne peuvent pas revenir dans le droit chemin suite à une petite discussion de quelques minutes. On se doute de plus qu’ils ne sont certainement pas aussi agréables que ce que l’on nous montre. En cela, Yankee Bokô ni Kaeru n’est pas convaincante.

En dépit d’une volonté sincère d’être réaliste, Yankee Bokô ni Kaeru ne peut se départir de nombreux clichés et des éternels écueils du genre. S’il est toujours sympathique de se retrouver face à des personnages globalement agréables interprétés par autant d’acteurs désormais connus, la série souffre d’une naïveté et de bons sentiments trop présents. Encore une fois, ce school drama est consensuel et ne sort pas des sentiers battus. Et malheureusement, il y en aura encore beaucoup dans ce même registre…