Régulièrement cité parmi les thrillers japonais réussis, il n’en fallait pas beaucoup plus pour me donner envie de tester Bloody Monday. Il s’agit, comme souvent, d’une adaptation du manga d’un même nom. Scénarisé par Tadashi Agi et dessiné par Megumi Kôji, le shônen dispose de trois parties distinctes. Le manga a commencé à sortir au Japon en 2007 et est toujours en cours. Il capitalise, à l’heure où ces mots sont écrits, dix-neuf tomes, et est édité en France chez Pika. La série télévisée comporte, quant à elle, deux saisons ; seule la première sera traitée aujourd’hui. Il est légitime d’imaginer qu’une saison trois ou un film voient à un moment donné le jour en raison de la construction narrative du matériel originel. La saison une se compose de onze épisodes et elle fut diffusée entre octobre et décembre 2008 sur TBS. Le premier d’entre eux dure une heure et demie et les suivants, cinquante minutes. Aucun spoiler.

Dans le rayon série aux incohérences plus grosses qu’une maison, à l’interprétation peu convaincante et aux trous béants dans le scénario, je demande Bloody Monday. Les nombreuses critiques sur le Net et le synopsis donnaient pourtant sérieusement envie. Quelle déception ! Les fictions à suspense ne courent pas les rues au Japon et c’est un genre qui me plaît assez. Le principal problème de Bloody Monday, c’est qu’elle se prend trop au sérieux, use de rebondissements éventés et ne tient jamais la route. La faute à qui, à quoi ? Au manga peut-être ? Ne l’ayant pas lu, je ne pourrai pas comparer. Quoi qu’il en soit, la série ne décolle pas une seule seconde et, à l’exception de quelques passages et d’une poignée d’acteurs, se révèle à deux doigts de se montrer extrêmement pitoyable. Le manque de rythme n’aide en rien, car si l’on se croit se trouver en face d’un j-drama d’action, ce n’est pas du tout le cas. L’unique point positif n’est autre que la bande-son composée par Izutsu Akio (Last Friends, Love Shuffle, Atashinchi no Danshi) qui s’avère plutôt bien maîtrisée. La chanson de fin, Over the rain ~Hikari no Hashi~ de flumpool, n’est pas non plus désagréable.

Takagi Fujimaru, incarné par un très passable Miura Haruma (Gokusen 3, Binbô Danshi), est un jeune génie en informatique. Il est si talentueux que personne au Japon ne semble avoir ses compétences. En fait, on dirait qu’il n’existe aucun autre informaticien digne de ce nom dans Bloody Monday. Il est tellement fort qu’il n’a jamais de problème de batterie avec son super portable HP qu’il utilise durant 98 % de son temps assis, allongé, debout, qu’il pleuve ou qu’il vente. Sous le pseudonyme de Falcon (faucon en anglais), il pirate n’importe quel système comme s’il mettait son doigt dans du beurre. Bref, c’est l’as des as. Le méchant Blue Bird, terroriste de son état, ne l’aime pas parce que lui, il se fait toujours avoir. Bon, je n’y connais rien en hacking, mais cela n’empêche pas de réaliser que certaines scènes sont risibles du côté informatique – comme le fait d’agrandir de manière très nette une photo toute pixelisée et de taille 100×100 pixels à l’origine. Le point assez sympathique est que les séances de piratage sont montrées avec un moche oiseau en synthèse passant des tunnels et les rendant ainsi plus vivantes.

Fujimaru n’a pas de chance. Sa petite sœur, Haruka, jouée par la toujours aussi mauvaise Kawashima Umika (Kaibutsu-kun, Kôkôsei Restaurant), a une maladie des reins et leur mère est décédée depuis plusieurs années. Leur père, travaillant pour THIRD-i, l’agence gouvernementale d’investigation de la sécurité publique, n’est jamais là. Bref, les deux enfants se serrent quand même les coudes. Un jour, ce dernier se fait accuser du meurtre en pleine rue d’un dirigeant de THIRD-i et doit donc fuir, laissant ses proches livrés à eux-mêmes. Or, entre-temps, cette même agence demande à Fujimaru d’effectuer quelques recherches sur des terroristes cruels et méchants. Afin de sauver son géniteur et comprendre ce qu’il se passe, le jeune homme décide de continuer ses investigations, envers et contre tout. C’est surtout à ce moment-là que le festival du délire débute. Comment peut-on prendre au sérieux des agents supposés compétents qui se font avoir toutes les cinq minutes ? Des agents qui se pointent à deux pour déjouer un gang armé ? Des agents qui demandent à un lycéen de bosser tout seul ? Des agents qui laissent ce lycéen et ses amis investir les lieux et discuter avec eux ? Des scientifiques qui, en une seconde, affirment que, oui, oui, c’est le virus – ou peut-être du sirop à la grenadine. Des gens qui reçoivent un colis qui les enfume, mais qui continuent de chauffer leur eau pour se servir un thé bien brûlant ? Franchement !? Bien que l’on puisse accepter des incohérences ou des passages à vide, le souci, c’est qu’ici, tout ne repose que sur du vent. Il ne se déroule pas un seul épisode sans que les personnages n’agissent pas comme des idiots ou qu’une scène supposée intense ne soit gâchée par une bourde ridicule. En cela, Bloody Monday est usante et décevante.

La série veut jouer avec nos nerfs, distiller une sorte de paranoïa ambiante et donner l’impression que personne n’est fiable. C’est ainsi que le grand méchant, celui à l’origine de toute cette machination sort de derrière les fagots. Ah c’est sûr, personne ne l’aurait deviné parce que c’est stupide. La caméra pousse à penser, très peu subtilement, qu’un autre est de mèche. Sauf que non, non ; c’est uniquement pour nous mettre sur une fausse piste et nous faire croire que l’on est intelligent. Quant aux multiples rebondissements, ils sont prévisibles ou alors ressemblent à du n’importe quoi. Les protagonistes se manipulent tous, il y a des retournements de situation dans tous les sens et, résultat, c’est jeter de la poudre aux yeux. L’action est presque inexistante, les quelques scènes de combat sont mal filmées et cette volonté d’éblouir le téléspectateur rend le scénario ennuyant et confus. L’émotion ne parvient même pas à toucher puisque les personnages ne sont pas attachants pour un sou, leur personnalité n’étant que très partiellement effleurée. La série passe vraiment à côté de tous les points qu’elle aurait pu justement approfondir.

Fondamentalement, l’histoire détient malgré tout de solides atouts pour alimenter l’intérêt. Le bioterrorisme est un sujet assez passionnant, pour peu qu’il soit traité de manière satisfaisante. Ici, le but des criminels est de rayer de la carte Tôkyô au moyen d’un virus, le Bloody-X. Déjà utilisé en Russie, il a montré ses fruits. La scène où les habitants de la ville se meurent en début de série est plutôt intense et met dans l’ambiance, mais cela ne suffit pas. Derrière ce groupe que l’on découvre peu à peu, le j-drama prouve encore une fois qu’il ne peut tenir ses promesses. Quelles sont leurs motivations ? Au départ assez floues, elles finissent par transparaître et sous couvert d’une secte, se transforment en délire de puissance et de suprématie divine. C’est du déjà-vu et, surtout, extrêmement mal mis en place. À l’exception d’un de ces terroristes, J, incarné par Narimiya Hiroki (Orange Days, Gokusen 1, Hachimitsu to Clover, Kisarazu Cat’s Eye) toutefois en petite forme, les autres sont tous de véritables caricatures. On peut ainsi citer l’homme au papillon ou celui qui passe son temps à rire comme un demeuré. La déception la plus amère est probablement l’interprétation outrancière de Kichise Michiko (LIAR GAME, BOSS, Nodame Cantabile) qui nous a pourtant habitués à mieux. Pour sa défense, elle n’est pas avantagée par le scénario.

C’est ainsi que Falcon embarque, l’air de rien, ses comparses lycéens dans ce combat contre les terroristes sans âme. L’un d’entre eux porte les traits de Satô Takeru (Kamen Rider Den-Ô) qui n’est pas gâté par ce qu’on lui donne, mais qui s’en sort relativement bien. L’amitié est belle quand même. Tout le monde meurt, mais ils restent tous soudés. Même s’il n’y a presque que des incompétents, THIRD-i est également de la partie et la plupart de ses membres sauvent l’honneur. C’est principalement le cas des personnages joués par le génial Matsushige Yutaka (Hachimitsu to Clover), Yoshizawa Hisashi et Katase Nana (Yamikin Ushijima-kun) qui sont ici trois agents bien placés. Ils ont la chance d’obtenir des rôles assez bien mis en valeur qu’ils interprètent correctement. Ouf.

Au final, cette première saison de Bloody Monday est médiocre, notamment car elle s’avère truffée d’incohérences. Ne tenant pas la route une seule seconde, elle veut donner l’impression d’être une série intense, multipliant les rebondissements et les retournements de situation, mais cela n’est que du brouillard pour cacher le manque de substance du scénario. Si certains acteurs ne sont pas mauvais, ils sont tout de même entourés d’autres bien moins convaincants. Au bout du compte, ces onze épisodes sont décevants et si la qualité ne va pas crescendo, les suivants risquent d’être bien fatigants à regarder…