Cette deuxième journée de l’animation spéciale Noël fait suite à la demande de Mila.

Dites-donc, cela faisait un petit moment que je n’avais pas regardé de séries sud-coréennes. À force d’entendre parler de Kkot Chateureo Wattdanda avec Mila et Éclair, j’étais persuadée que si l’un d’entre eux participait à cette petite festivité sur Luminophore, j’allais devoir la visionner. Ça n’a pas raté. Ce k-drama, composé de seize épisodes d’un peu moins de 70 minutes chacun, fut diffusé sur KBS2 entre mai et juillet 2007. Ses audiences furent assez catastrophiques mais nous savons tous que cela ne veut pas forcément dire grand chose. À noter que son appellation internationale varie, comme souvent avec les séries coréennes, puisqu’on peut la retrouver sous l’intitulé Flowers for My Life mais aussi I Came in Search of a Flower. Aucun spoiler.

Yoon Ho Sang est un homme qui n’a jamais rien construit de sa existence. Irresponsable et se retrouvant à chaque fois dans des situations ubuesques, il a fini par se mettre à dos toute sa famille qui préfère l’éviter. Il n’a rien de méchant, il est même l’archétype du nounours en peluche attendrissant mais c’est pathologique, tout ce qu’il touche, il en fait des confettis. Résultat des courses, il est seul, pauvre et ne sait pas quoi faire de sa vie. Suite à un concours de circonstances, il prend la place d’un richissime inconnu dans un hôpital, passe une série d’examens médicaux, clame haut et fort qu’il a une grave maladie et qu’il va mourir très tôt, laissant beaucoup d’argent derrière lui. Vu son attitude, on se doute bien que tout est faux et qu’il agit de cette manière afin de fuir des usuriers. Mais la réalité peut parfois être diaboliquement ironique car Ho Sang est bel et bien malade et il ne lui reste effectivement plus beaucoup de temps devant lui. Sauf que tout ça, il ne le sait pas, lui ! Seules quelques personnes sont dans la confidence puisqu’elles ont vu les résultats médicaux. L’une d’entre elles, Na Ha Na, compte bien en tirer parti en l’épousant puis en récoltant le pactole. Toutefois, il y a plusieurs choses qu’elle ne prend pas en ligne de compte comme le fait que contrairement à ce qu’elle croit, Ho Sang est pauvre, il ne sait pas qu’il est mourant et ne va-t-elle pas se brûler les ailes en jouant autant avec le feu ? Kkot Chateureo Wattdanda s’amuse ainsi avec les quiproquos et les imbroglios. D’un côté, Ha Na est persuadée d’avoir trouvé le pigeon idéal car il est riche et mourant mais de l’autre, Ho Sang n’a en fait pas un rond et ne sait même pas que son temps est limité. Les deux se rapprochent et finissent par cohabiter chez les parents de la jeune fille qui maintiennent une entreprise de pompes funèbres, dans un petit village où tout le monde semble se connaître.

Si le héros meurt à petit feu, ne laissant que très peu de doutes sur l’issue finale de la série, il n’y a jamais de volonté de surdramatisation. La maladie est traitée avec finesse et subtilité, sans entrer dans les détails mais sans non plus totalement l’occulter. Kkot Chateureo Wattdanda respire tout simplement la joie de vivre. Elle fait l’apologie du carpe diem, autrement dit de profiter de tout ce qui est à notre portée et ce, chaque jour. À première vue l’histoire est assez basique. En débutant le kdrama, on sait pertinemment de quelle manière les personnages vont évoluer mais même si l’originalité n’est pas toujours de mise, la série réussit à surprendre sur certains points. Il est évident que la mort est une thématique très délicate. Ce constat est valable dans la plupart des cultures mais il n’en est que davantage valable dans des pays comme la Corée du Sud. On ne se moque pas des défunts, on ne fait pas d’humour et on reste tout simplement à sa place en honorant ceux qui nous ont quitté. Pourtant, sans non plus être extrêmement novatrice, Kkot Chateureo Wattdanda ose s’aventurer sur ce chemin tout en insérant quelques blagues et petites piques. Elle se permet d’approcher ce sujet tabou d’une manière plutôt atypique et ne laissant définitivement pas de marbre. Si la série traite de maladie incurable et nous montre l’envers du décor des pompes funèbres dans un petit village de Corée du Sud, elle ne se veut jamais déprimante, dure ou malsaine. C’est au contraire tout l’inverse. La première partie du kdrama est marquée par un humour omniprésent et très rafraîchissant. Plutôt orienté vers le caustique, il ne se veut pas grinçant mais juste un tant soit peu piquant. À vrai dire, les dialogues sont assez enlevés et parfois presque irrévérencieux, évitant en plus parfaitement le sensationnalisme. Kkot Chateureo Wattdanda réussit le pari de trouver le juste milieu. La série n’hésite pas à bousculer les conservateurs et ce, sans méchanceté ou animosité. Il en ressort beaucoup de tendresse envers ces défunts. Vers la fin, l’humour est bien moins présent sans qu’il soit pour autant absent. La mort n’est pas nécessairement au centre de tous propos mais elle est toujours là, sans être diabolisée, un peu comme si elle pouvait attraper n’importe qui, à n’importe quel tournant de rue. Ce qui est au final crédible, n’est-ce pas ?

Avant toute chose, Kkot Chateureo Wattdanda est une série d’ambiance. Guillerette au départ, un brin burlesque par moment, elle est surtout douce-amère et nostalgique. Elle donne l’impression que font ces souvenirs enfouis au plus profond de soi-même et que l’on a forcément un petit peu enjolivé au fil du temps. On aime bien les ressortir en en parlant et on ressent alors des petits picotements au cœur, les yeux un peu embués mais l’esprit parfaitement reposé. Cette impression est probablement d’autant plus valable chez ceux ayant perdu quelqu’un de proche et ce, bien trop tôt. Kkot Chateureo Wattdanda c’est tout ça à la fois. On se sent bien en la regardant, même si cela veut dire que l’on rit ou que l’on pleure. L’excellente fin et plus particulièrement la dernière séquence sont d’ailleurs à son image : joyeuses, drôles et en même temps émouvantes.
Les couleurs sont chaudes et reposantes, la nature est visible à de très nombreuses reprises et on apprécie cette balade au gré de superbes paysages coréens. La caméra prend le temps de s’attarder sur des petits détails sans ralentir le rythme globalement entraînant. La bande-son est indissociable de ces sentiments provoqués par la série. Certes, elle est parfois trop forte ou trop présente, des passages plus silencieux en auraient par exemple gagné en intensité, mais elle demeure relativement agréable et bien choisie. Il est très difficile de rester de marbre lorsque la superbe ’74 – ’75 de The Connells se fait entendre.

La série propose une galerie de personnages intéressants et généralement attachants. Si le duo phare est évidemment celui sur qui on s’attarde le plus, les autres ne sont pas oubliés. La quasi totalité du kdrama se déroule chez les parents croque-morts de Ha Na. Typiques représentants des valeurs coréennes, ils suivent les règles et sont un brin protecteurs vis-à-vis de leur fille. Si le père paraît au premier abord bougon et peu amène, il finit par se montrer davantage ouvert. Son épouse suit le chemin inverse car elle se referme au fil des épisodes comme une huître, ceci étant parfaitement explicable et crédible par l’avancée du scénario. Quoiqu’il en soit, bien que les deux soient en partie là pour mettre des bâtons dans les roues et faire valoir de référence morale, ils se révèlent plutôt fins et sympathiques. L’oncle de Na Ha, Choi Pil Goo, aux tendances alcooliques, assez dragueur et surtout, pas fiable pour un sou, est la source d’une des plus jolies évolutions de la série avec celle de Ha Na. Tout ce petit monde côtoie régulièrement la charmante Gong Madam, maintenant un café où elle passe son temps à faire les yeux doux à ses clients. N’oublions pas non plus la jeune Vietnamienne ne parlant presque pas coréen. Assez hauts en couleur pour certains, ces personnages secondaires et tertiaires sont à l’image de la série car ils sont lumineux et tour à tour amusants et touchants.

Outre les protagonistes évoqués dans le paragraphe précédent, Kkot Chateureo Wattdanda met plus particulièrement l’accent sur quatre jeunes adultes. En dépit de la nationalité de cette série, les coups bas, les rivaux amoureux et les liens familiaux compliqués ou contre-nature ne sont pas de la partie et cela fait un bien fou. Quand bien même on puisse avoir peu de kdramas à son actif, la production télévisuelle de ce pays est tellement codifiée qu’en très peu de temps, on y remarque les traits particuliers qui sont parfois désagréables. Point de souci de ce côté-là. La série s’attarde ainsi sur Go Eun Tak, apprenti croque-mort investi d’un secret pesant sur ses épaules, et sur Oh Nam Kyung, une jeune femme volontaire et agréable qui se berce d’illusions afin de préserver son cœur. Si chacun d’entre eux peut avoir des vues sur le couple phare, on ne ressent jamais d’animosité. Théoriquement, il s’agit là d’un carré amoureux ; sauf que l’on ne ressent que très peu ces effets et les personnages ne deviennent jamais détestables. Ils sont abordés avec toute une palette de nuances, les stéréotypes étant mis de côté. Une amitié sincère se noue alors entre le quatuor et certains liens se montrent indéfectibles.

Pour terminer, il est bien évidemment important de s’attarder sur les deux qui font office de moteur. Expansif et rigolo, Ho Sang est au départ l’exact opposé de Ha Na. Ne vivant que pour l’argent, elle n’a jamais eu d’amis et est d’un abord très particulier. N’ayant aucunement peur de la mort et des morts, elle apprécie passer plusieurs heures dans un cercueil histoire de réfléchir. Lorsqu’elle rencontre Ho Sang, elle ne voit en lui qu’une poule aux œufs d’or. Il meurt, elle empoche le jackpot. Et puis pour être sympa, elle va lui faire passer de bons moments avant qu’il soit six pieds sous terre. Tout le monde y gagne après tout. Cependant, à son contact, elle finit par se trouver, commence à se comprendre et à découvrir la vie. Il est clair que l’arrivée de la romance est détectable dès les premières secondes de la série mais ce qui compte ici est son cheminement. Les sentiments naissent doucement des deux bords et si leur chemin est parsemé d’embuches, ils n’en deviennent que plus forts jusqu’à atteindre leur paroxysme. Ha Na n’est au départ qu’une fille blasée, cynique, peu empathique, comparant les morts à des poupées (mais oui, ça ne parle pas !). On la quitte en femme épanouie et ouverte sur les autres. Ce changement, elle le doit à Ho Sang, la poule mouillée. De son côté à lui, il apprend à se poser, à gagner en stabilité et en amour propre. Leur histoire d’amour est tendre et jolie. Ces personnages ne seraient pas aussi attachants sans l’excellente interprétation des acteurs, investissant juste ce qu’il faut pour être convaincants.

Le hasard fait bien les choses car le billet concernant cette série arrive justement très peu de temps après ceux dédiés à Dead Like Me et Six Feet Under. À l’instar de celles-ci, Kkot Chateureo Wattdanda traite de la mort à sa propre manière, sans volonté de la désacraliser mais sans non plus en faire une montagne. Après tout, tout le monde y passera un jour et ce n’est sûrement pas si terrible que ça. Aussi bizarre que cela puisse être possible, la série brise à la fois le cœur tout en le réchauffant. Elle n’est pas triste et bien que cela sonne cliché, elle est juste vivante. Particulièrement drôle, assez sarcastique et rythmée, elle n’ennuie pas en dépit de quelques longueurs de-ci de-là. Possédant un ton presque irrévérencieux, de belles chansons, des personnages évolutifs et une ambiance chaude et tendre, la série est tout simplement douce et amère à la fois. Que ceux qui ont peur d’y voir une lente agonie ou de s’ennuyer ne s’y trompent pas, Kkot Chateureo Wattdanda ce n’est pas du tout ça. C’est une aventure amusante, nostalgique, rythmée, caustique et vivifiante. Pas mal pour une série avec la mort en toile de fond, non ?