Après cette avalanche de fictions asiatiques, retournons du côté de l’Occident grâce à la demande de Roseship31 concernant l’animation de Noël.

Suivant depuis 2011 une politique de visionnage de séries occidentales différente d’auparavant, j’évite dorénavant de trop me lancer dans les nouveautés. C’est pour cela que même si les échos entendus sur Awkward. me semblaient positifs, j’avais décidé de ne pas lui donner sa chance. Finalement, les choses font que je me suis quand même jetée à l’eau. Awkward. ? Diable, pourquoi y a-t-il un point ? Pour un effet de style ? Probablement. Si votre niveau d’anglais n’est pas trop horrible, vous devez être au courant qu’awkward signifie embarrassant, gênant, inconfortable… ; bref, vous imaginez parfaitement le genre de situations s’y rapportant et étant monnaie courante lors de l’adolescence. La première saison de la production étasunienne Awkward. se compose de douze épisodes de vingt minutes chacun qui furent diffusés entre juillet et septembre 2011 sur MTV. Honnêtement, le fait que cette chaîne en soit à l’origine peut provoquer des palpitations, mais des fois, il convient de ranger ses préjugés au placard. Une suite est déjà d’actualité puisque la série devrait revenir à l’antenne au cours de l’été 2012. Aucun spoiler.

Jenna Hamilton a quinze ans. Comme beaucoup de jeunes filles de son âge elle aimerait être un peu moins invisible, un peu plus jolie, un peu moins ceci, un peu plus cela, la liste ne s’arrêtant jamais. Un jour, suite à un concours de circonstances assez improbable, elle tombe violemment dans sa salle de bain et tous croient alors qu’elle a tenté de se suicider. Même ses parents ! Sauf que pas du tout, elle tient à sa vie. De lycéenne passe-partout, elle devient celle dont tout le monde parle et que l’on montre du doigt. Obligée de gérer son nouveau statut pas facile à porter, elle doit en plus composer avec la perte de sa virginité, dans le placard à balai, avec le beau gosse de service n’assumant absolument pas de fricoter avec une élève aussi impopulaire.

Honnêtement, le synopsis fait très peur. Et encore une série pour ados de plus avec des personnages stéréotypés et écrits à la truelle ! Contre toute attente, elle se distingue suffisamment de la masse pour intriguer un minimum. Certes, que l’on ne se leurre pas, les situations et rebondissements restent convenus. Il y a le bellâtre habituel, les cheerleaders méchantes et stupides, les amies fidèles, les tromperies et ainsi de suite. Sauf que le ton d’Awkward. se veut suffisamment décalé et frais pour ne pas rendre l’ensemble imbuvable. Sans être non plus totalement subversive ou novatrice, cette première saison délivre des épisodes différents de ce que l’on peut voir actuellement à l’écran dans un genre apparenté. Contrairement à un nombre incalculable de fictions préformatées pour jeunes, celle-ci sonne authentique. Un mot banal en apparence, mais qui peut justement offrir à une série tout ce qu’il faut pour se révéler satisfaisante.

Avant de méchamment se fracturer plusieurs os, Jenna reçut une lettre anonyme évoquant toutes les choses qu’elle devrait changer afin d’être davantage populaire et, a fortiori, mieux dans sa peau. Peu anodin, ce courrier la blesse dans un premier temps, puis elle finit par s’y fier et remarquer que certains propos ne sont pas aussi cruels qu’ils le semblent. Évidemment, le mystère de qui se cache derrière cette missive fait partie de l’intrigue générale, sans être toutefois prépondérant, et il trouve son dénouement dans le season finale. Sa résolution, bien que logique, est assez surprenante et garde une dimension presque malheureuse. Le point positif de ce bout de papier est qu’il permet à l’héroïne de prendre du recul par rapport à sa propre situation. L’ado n’a que quinze ans, mais elle fait preuve d’une certaine maturité crédible. L’interprétation d’Ashley Rickards est d’ailleurs juste et suffisamment nuancée. Suite à cette lettre, la jeune fille essaye de s’occuper d’elle, d’évoluer et de voir ce qui fonctionne et ce qui fonctionne moins. Elle sait qu’elle est dans un âge où l’on se cherche et tente d’expérimenter afin de se découvrir. Indubitablement, il lui arrive fréquemment de foncer droit dans le mur, mais si elle est un brin sarcastique, elle s’avère assez optimiste et surtout, réaliste. Bien que la série utilise le principe désormais éculé de voix off, il ne se révèle pas ici irritant tant les propos de Jenna ne sont pas vides de contenu et demeurent soit intéressants, soit corrects sans plus, mais non désagréables. Cette méthode de narration tend à approfondir le côté plutôt mordant et parfois un tant soit peu désabusé des situations que vit Jenna. Tous ces éléments rendent dès lors l’héroïne attachante et naturelle.

Autour de Jenna cohabitent plusieurs personnages allant du moyennement cliché au très cliché. Ses parents sont jeunes et au lieu d’entretenir une relation ordinaire avec elle, ils ont surtout tendance à vouloir être ses camarades. Sa mère, Lacey (Nikki Deloach), en est d’ailleurs l’exemple parfait. Obsédée par son apparence, elle semble ne faire preuve d’aucune responsabilité. Sous son attitude immature se trouve toutefois un amour sincère envers sa fille pour qui elle est prête à tout. Le père (Mike Faiola) est moins visible et a surtout le chic pour éviter les conflits. Jenna peut toujours compter sur ses deux amies. Il y a d’un côté la jolie Ming (Jessica Lu), écrasée par les principes de sa famille chinoise qui ne voit en les États-Unis qu’un pays pétri de vices et de tentations, et de l’autre, Tamara (Jillian Rose Reed), bien plus délurée et totalement sous le charme d’un dragueur à deux francs six sous n’en valant pas la peine. La saison aurait pu développer davantage la relation entre ces trois copines, mais en douze épisodes, elle fait ce qu’elle peut et est tout de même à l’origine de quelques sympathiques moments. Forcément, la série étant à destination des ados, les histoires de cœur ne sont pas oubliées. Matty (Beau Mirchoff – Desperate Housewives), le supposé bellâtre, semble avoir des sentiments pour Jenna, mais il ne souhaite pas que cela se sache. Pas de chance, son meilleur ami Jake (Brett Davern) paraît également bien aimer l’héroïne ; or, il est en couple avec une cheerleader très peu futée et totalement lunaire. Dans un monde idéal, Jenna devrait finir avec Jake, car il est le plus gentil et s’assume totalement. Cependant, Matty, finalement… eh bien, il n’est pas si nul que ça. Encore une fois, les romances peuvent régulièrement sonner stéréotypées, mais la fiction parvient plutôt bien à jouer avec, les rendant presque mignonnes et un peu douces et amères, comme elles le sont souvent à cette période compliquée pour/par ses hormones. N’oublions pas la malveillante de service, Sadie (Molly Tarlov), une cheerleader totalitaire ayant pris en grippe Jenna dès le départ et qui n’hésite pas à l’humilier publiquement autant qu’elle en a l’opportunité. Ce qu’il y a de particulièrement intéressant, c’est que Sadie, sous cette méchanceté crasse, cache quelques meurtrissures, et alors que la série aurait presque pu essayer de la déculpabiliser, elle ne le fait pas. Voilà pourquoi Awkward. se montre plaisante ; elle n’a pas d’ambitions démesurées. Son premier but est de faire rire tout en proposant un soupçon de satire sur le monde du lycée. Point. Elle s’assume donc totalement et ne cherche pas à paraître ce qu’elle n’est pas. Sadie étant en prime en surpoids et plusieurs individus ne rentrant pas spécifiquement dans les canons de beauté du genre, Awkward. sort quelque peu des sentiers battus. Valerie (Desi Lydic), la conseillère, est le seul personnage vraiment déluré et par moments trop excessif, mais elle provoque plusieurs répliques hallucinantes et quitte la saison sur une note inédite et agréable.

Concernant le contenant, MTV oblige, la bande-son est un réservoir à tubes musicaux. Histoire de permettre au téléspectateur d’acheter ensuite le fichier mp3, un bandeau avec le nom de l’artiste et le titre de la chanson défile en plus à chaque fois en bas de l’écran. Ce n’est ni pire ni mieux que sur The CW. Fait assez savoureux : les mots en fuck sont bipés et les gestes vulgaires floutés.

Finalement, cette première année d’Awkward. se révèle plus fine qu’à première vue, plutôt bien écrite et réussissant à aborder quelques thématiques calibrées pour ce jeune public avec légèreté. Elle garde une dose certaine de prévisibilité et reste un tant soit peu convenue, mais le scénario, l’humour mêlé à juste ce qu’il faut de drame ainsi que la sympathique héroïne bien interprétée rendent les épisodes frais et amusants. Il paraît toutefois assez évident que pour y adhérer, il s’avère préférable d’avoir un faible pour les fictions adolescentes. Si c’est le cas, pourquoi ne pas se laisser tenter ? La saison se regarde vite et se résume à un petit concentré de bonne humeur jouant avec les clichés, non prétentieux et plus que divertissant.