C’est avec beaucoup de retard par rapport à ce que j’avais prédit que Camelot est de retour sur Luminophore. De toute manière, ce n’est pas plus mal puisque nous sommes dorénavant fixés sur le futur de cette production. Sous ce titre équivoque se cache une des nouvelles séries de Starz de 2011. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, elle n’est pas américaine mais canado-irlandaise. Elle a notamment été écrite par Michael Hirst (The Tudors). Prévue pour durer quelques années, elle fut toutefois annulée au terme de sa première saison. Les raisons officielles sont brumeuses, la production évoquant notamment une incompatibilité d’emploi du temps des acteurs principaux. Officieusement, ce sont probablement les taux d’audience qui ont précipité la chute de la série. Elle n’a pas de fin et se termine sur un cliffhanger. Constituée de dix épisodes d’une cinquantaine de minutes, la saison est passée entre février et juin 2011. Le premier épisode a été diffusé en exclusivité sur la chaîne un mois avant la suite. Aucun spoiler.

Ayant regardé le premier épisode lors de sa diffusion, j’avais dans l’idée d’entamer le reste en direct des États-Unis. Finalement, étant occupée ailleurs, j’ai laissé le temps passer et je n’ai repris le chemin de Camelot qu’en septembre dernier. L’annulation étant alors connue, cela m’a certainement permis d’aborder la série sous un autre angle. Descendue en flèche par de nombreuses personnes, j’en attendais peu en dépit d’un début honnête bien que largement perfectible. Avant d’entrer dans le vif du sujet, je tiens à préciser que je suis une grande férue de mythologie arthurienne. J’estime pouvoir réussir à accepter à peu près n’importe quelle réécriture du canon, même lorsque cela est effectué à la sauvage comme dans Merlin (BBC).
Un des gros problèmes de Camelot est qu’elle fût diffusée en même temps que Game of Thrones. Le téléspectateur ne peut parfois s’empêcher de les mettre en concurrence. Quand bien même leurs thématiques et leur fond soient sensiblement différents, la forme est plutôt similaire. Starz ne fait clairement pas le poids face à HBO, que ce soit dans le contenu mais aussi dans le contenant. Camelot et Game of Thrones sont deux séries de fantasy, genre très cher à mes yeux. 2011 fut donc particulièrement intéressante de ce côté-là. Rassurez-vous, l’analogie entre ces séries s’arrête là, mon but n’est pas du tout de les comparer. Je trouve toutefois important de nuancer certains propos lus ça et là. Je suis persuadée que si Camelot était passée en 2010, elle n’aurait pas autant été décriée.

Comme le paragraphe précédent le laisse transparaitre, cette unique saison de Camelot fut à mes yeux un agréable divertissement. S’inspirant de Le Morte d’Arthur de Thomas Malory, la série adapte ainsi le mythe arthurien à sa manière. (Si vous souhaitez vous délester de l’édition française désormais introuvable de cet ouvrage, n’hésitez pas à me contacter ; je crains ne pas avoir le courage de lire plus de 1000 pages en vieil anglais.) Si des changements sont notables par rapport à ce qui existe dans la mémoire collective, ils sont parfaitement insérés par rapport à ces connaissances de base et certains s’avèrent même être de très riches idées. La réécriture d’Excalibur et de toute la symbolique qui s’y cache est par exemple tout particulièrement bien trouvée. De même, Merlin n’est pas un vieillard sage, bien au contraire. Dans l’ensemble, cette version des légendes arthuriennes demeure plutôt aboutie et réfléchie. Cela ne signifie pas que tout y est parfait mais il est toujours difficile de partir d’une histoire légendaire et de réussir à faire résonner ce qui est justement connu avec ce qui se veut davantage original, sans pour autant dénaturer le canon. Camelot y parvient.
L’intérêt des épisodes est assez fluctuant bien que l’écriture soit généralement maîtrisée. La saison souffre d’un ventre mou et aurait gagné à être davantage condensée ou à proposer d’autres intrigues plutôt que de diluer autant la fameuse menace qu’est Morgan.

Au début de la série, Arthur ne sait pas qu’il est un Pendragon. Vivant avec sa famille adoptive, il croit partager le sang de ceux qui l’entourent. Ce n’est qu’à la mort d’Uther, empoisonné par Morgan, qu’il découvre ses nobles origines. Avec son frère adoptif, Kay (Peter Mooney), il quitte sa campagne et par là même, l’insouciance. Interprété par Jamie Campbell Bower (The Prisoner – 2009), Arthur est un jeune homme naïf, volage et irréfléchi. Intrépide et fougueux, le chemin est encore long avant qu’il ne soit le roi Arthur imaginaire, celui qui lie les foules et dirige sa société de manière la plus juste possible. S’il est clair que nous sommes loin de cette mouture mûre et adulte, les épisodes le font évoluer et il gagne ainsi en profondeur. Campbell Bower propose d’ailleurs un Arthur plutôt fin et atypique. Malheureusement, il faut avouer que le jeune roi de Camelot n’est pas la pièce maîtresse de la série. Le personnage ne se montre que rarement charismatique et passionnant. Il en va de même pour Guinevere (Tamsin Egerton). Seule, elle a du potentiel car elle est moderne tout en étant tiraillée entre son devoir et sa passion. Là où la série trébuche, c’est sur la relation entre les deux. En plus d’être fade, elle est surtout peu convaincante. Si la notion de coup de foudre est toujours possible, il y a besoin de davantage d’exploration avant de donner l’impression que l’on se trouve face au couple mythique. S’il est clair que cette première saison était supposée lancer la machine et que le reste allait pouvoir être développé par la suite, il est toutefois vital de poser les fondements de cet amour. Ce n’est pas le cas. Si la série comporte d’autres défauts, c’est probablement celui-ci qui est le plus regrettable car cette romance prend inévitablement un certain temps d’antenne.

Arthur, en acceptant d’endosser son rôle d’héritier, entre dans le jeu de Merlin. Bien que ce dernier dispose de pouvoirs extraordinaires, il ne les utilise que très rarement. Mystérieux et perturbé, Merlin est un homme sans âge avec le crâne rasé. Joseph Fiennes est celui qui porte ses traits et le moins que l’on puisse dire est que cet acteur peut être vecteur de réactions épidermiques. Comme à son habitude, c’est une interprétation assez excessive qu’il propose, cabotinant en plus par moments. Certains en seront irrités, d’autres devraient au contraire apprécier ou en tout cas ne pas en être incommodés. Quoi qu’il en soit, la caractérisation de Merlin est assez inédite. Victime de ses propres pouvoirs, il en a peur et lorsqu’il se laisse aller, il ne parvient plus à s’arrêter tel un véritable drogué. Sa relation avec Igraine, jouée par Claire Forlani, est également intéressante. Les deux sont d’ailleurs un des points forts de la saison et il est dommage qu’il faille attendre aussi longtemps avant que la femme d’Uther prenne du galon. À vrai dire, c’est un peu le cas de plusieurs personnages qui méritaient davantage de travail et qui ne furent que partiellement survolés. C’est le cas de Kay, le frère d’Arthur, ou encore de Gawain (Clive Standen – Robin Hood). Leontes (Philip Winchester) aurait gagné à être un peu plus nuancé et moins présenté comme l’obstacle entre le roi et Guinevere. Arthur s’entoure d’hommes forts, certains étant évidemment les futurs chevaliers de la fameuse table ronde.

La Bretagne gronde, le peuple vit mal et la mort d’Uther n’arrange pas la situation. Arthur dispose certes d’une éducation et apparaît parfois assez conscient de la situation mais, peu de monde le connaît et il a tout à prouver. Souhaitant démarrer sur de nouvelles bases et suivant les conseils de Merlin, il restaure Camelot. C’est une nouvelle ère qui débute. Néanmoins, il doit faire face à de nombreuses menaces. La plus proche mais la plus perfide et insidieuse est sans conteste celle de Morgan. Incarnée par la sublime Eva Green, la demi-sœur d’Arthur est vénéneuse et exploite ses pouvoirs magiques quitte à en souffrir jusqu’aux tréfonds de son âme. Toxique et psychologiquement instable, elle ne se fie à personne jusqu’à l’arrivée d’une nonne presque effrayante jouée par Sinéad Cusack (North and South). Son alliance avec le roi Lot, interprété à l’écran par James Purefoy (Rome), est aussi mauvaise que ce qu’elle le laisse augurer sur le papier. Les premiers pas de Morgan dans la série sont branlants mais au fil des épisodes, le personnage prend de l’épaisseur et l’interprétation d’Eva Green gagne en finesse. Au final, c’est une anti-héroïne que l’on aime détester tout en ne pouvant s’empêcher de la prendre en pitié. Le cliffhanger qu’elle offre est perturbant, tout en sachant en plus ce qui va en découler mais que l’on ne verra pas sur Starz.

Au-delà de ses personnages trop peu développés et de cette réécriture alléchante du mythe, Camelot dispose d’une esthétique aboutie. S’il est indubitable que la série souffre de son budget et que le manque de figurants se fait cruellement ressentir, les paysages sont magnifiques et les décors et vêtements très soignés. Visionner les épisodes donne envie de prendre un billet d’avion ou de ferry pour se rendre immédiatement en Irlande. Outre le générique léché mêlant habilement la magie à l’aspect moyenâgeux, la bande originale composée par les frères Danna se révèle tour à tour mystique, entraînante, lancinante, voire épique.

Pour conclure, les légendes arthuriennes ont toujours été une source d’inspirations inépuisable et ce n’est pas Luminophore qui prouvera le contraire. Camelot est effectivement la troisième série après Merlin (la mini-série) et Merlin (BBC) a être traitée ici. Quand bien même ces productions se basent sur une même histoire, leur angle d’approche est fondamentalement différent. Cette nouvelle version avortée de Starz se révèle être plus adulte que les deux autres mais elle aurait gagné à posséder des thématiques plus complexes. Toutefois, ceci peut être temporisé dans le sens où la série ne se montre jamais prétentieuse et sait pertinemment dans quelle catégorie elle se range. Si visuellement et musicalement il s’agit d’une réussite, le fond souffre de quelques lacunes dispensables. Ainsi, Arthur manque de consistance et d’envergure. De plus, sa romance avec Guinevere est insipide et sans émotions. A contrario, les personnages secondaires qui gravitent autour de ce nouveau roi sont bien plus intéressants. Merlin, Morgan, Kay et Igraine en sont les principales figures. Au final, Camelot est une série correcte et qui atteint convenablement son but de divertissement. Pour peu que l’on soit amateur de fictions médiévales mâtinées de fantasy et que l’on ne soit pas trop regardant, on devrait y trouver largement son compte. Malheureusement, la frustration peut en découler car il n’y aura pas de suite.