Fin 2011, j’ai enfin repris le chemin de Babylon 5 après avoir laissé en plan la série plus de trois ans. Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire dans un billet malheureusement peu approfondi et dont je ne suis pas du tout satisfaite, il s’agit d’une série américaine de cinq saisons et six téléfilm diffusée entre 1993 et 1998. Après avoir regardé The Gathering, le premier téléfilm, puis la saison une, je me suis remise dans le bain en visionnant la seconde saison dont il sera question aujourd’hui. Composée de 22 épisodes, elle fut diffusée en syndication entre novembre 1994 et novembre 1995. Il y eut une pause de sept mois entre le 2×18 et le 2×19. Aucun spoiler.

Je gardais en souvenir une impression correcte de la première saison de Babylon 5. Sans être la pépite décrite par de nombreux amateurs, il me paraissait évident que les fondements de la série y étaient convenablement exposés et pouvaient effectivement se révéler vecteurs d’une future densité et richesse. C’est probablement parce que je n’avais pas été extrêmement enchantée que j’ai mis autant de temps avant de lancer la suite. Et plus trivialement, je ne possédais tout simplement pas encore le coffret DVD. Une fois ce petit souci réparé, je suis donc repartie dans l’espace. Comme je l’avais écrit il y a trois ans, je tiens à me préserver de tout spoiler donc j’évite de trop m’aventurer sur la toile à la recherche d’informations. Merci d’en tenir compte et de ne pas non plus ruiner mes futures découvertes.

The Babylon Project was our last, best hope for peace. A self-contained world five miles long, located in neutral territory. A place of commerce and diplomacy for a quarter of a million humans and aliens. A shining beacon in space, all alone in the night. It was the dawn of the Third Age of Mankind… the year the Great War came upon us all. This is the story of the last of the Babylon stations. The year is 2259. The name of the place is Babylon 5. Ce sont sur ces mots prononcés par John Sheridan que chaque épisode de cette nouvelle saison débute.

La première saison se terminait vers fin 2258 ; la seconde démarre très peu de temps après, début 2259. Le Président de l’Alliance Terrienne, Luis Santiago, y était assassiné, bouleversant dès lors l’équilibre précaire entre les différentes instances en place. Le commandant de Babylon 5, Jeffrey Sinclair, s’évapore comme par magie et est remplacé par un nouveau, John Sheridan. Ce changement est assez étrange à première vue bien qu’extrêmement appréciable. Sinclair n’était pas sympathique et manquait cruellement de charisme. En quelques scènes, Sheridan réussit à se montrer bien plus agréable que son prédécesseur. À vrai dire, ce départ précipité fut voulu à l’époque par la production qui trouvait Sinclair trop diplomate et calme. Elle désirait un personnage masculin plus entrepreneur et dynamique, d’où Sheridan. Le créateur de la série, Joe Michael Straczynski, fut bien obligé d’accepter et réussit à installer un nouveau protagoniste principal sans trop de heurts tout en n’oubliant pas Sinclair derrière puisqu’il est cité à plusieurs reprises ; il apparaît même en invité. D’ailleurs, si l’on n’est pas au courant de ce bouleversement en production, on pourrait croire qu’il s’agit d’un choix décidé bien auparavant tant il s’insère parfaitement dans l’intrigue. Le season premiere est ainsi marqué par l’arrivée de John Sheridan. Incarné par Bruce Boxleitner, Sheridan est un homme fiable, compétent, mais surtout taillé pour diriger des vaisseaux spatiaux, et non pas pour commander une station aussi particulière que Babylon 5. Tout du moins, à première vue. C’est sur ordre du nouveau Président de l’Alliance Terrienne, William Clark, qu’il s’attelle à la tâche. Volontaire, plutôt drôle et sachant écouter les autres, Sheridan réussit rapidement à se faire une place bien qu’il doive toujours composer avec les différentes races abritées dans ce fameux avant-poste commercial et diplomatique de l’Alliance Terrienne. Il montre au fil de la saison qu’il est bien plus intelligent qu’il ne pourrait le laisser penser et surprend à de nombreuses reprises. Se déplaçant sur un terrain miné, il doit essayer de limiter les dommages collatéraux dans un monde qui est en train, petit à petit, d’imploser.

La saison dégage principalement trois arcs qui finissent inévitablement par être liés. Dans un premier temps, Sheridan est obligé de faire des choix concernant le fameux nouveau Président de l’Alliance Terrienne. Est-il aussi propre que ce qu’il affiche ? N’a-t-il pas un lien dans l’assassinat de celui qui occupait ce poste jusque-là ? Que fait donc le Corps Psi par derrière ? Ces nouveaux épisodes s’attardent sur les membres de cette effrayante agence de télépathes qui semble prête à tout. Leurs publicités s’apparentant plus à de la propagande qu’autre chose ou leurs méthodes discutables font froid dans le dos. La jolie et sympathique Talia Winters (Andrea Thompson) est leur représentante sur Babylon 5 mais elle est loin d’être la seule à l’honneur au cours de la saison ; et surtout, elle se pose des questions, chose qu’elle n’a pas le droit de trop faire… Par ailleurs, d’autres personnages comme Ivanova expliquent le pourquoi de leurs inimitiés avec ces êtres particuliers. Si l’accent concernant cette intrigue n’est pas encore très pointu, il est évident que l’on n’est qu’au début et que le pire est à venir. L’Alliance Terrienne est truffée de taupes, de traîtres et il est difficile de savoir à qui se fier quand tout le monde paraît vouloir tirer la couverture sur lui pour sa propre gloire ou ses désirs personnels. Que faire lorsque l’on est supposé maintenir la paix dans toutes les galaxies ?

Ah, la paix… La hache de guerre a été bel et bien enterrée entre les Minbaris et les Terriens mais celle entre les Centauris et les Narns est encore en l’air. La saison développe la haine féroce entre ces deux peuples qui se détestent et qui sont bien décidés à se briser mutuellement. Cette animosité, montrée d’abord presque uniquement par les représentants officiels que sont Londo Mollari (Peter Jurasik) et G’Kar (Andreas Katsulas), prend des proportions incroyables et la moitié de la saison atteint un point de non-retour. Cette intrigue brise le cœur à plusieurs reprises. L’épisode 2×09, The Coming of Shadows, est un bijou télévisuel comme on aimerait en voir davantage. Avec ce climax, les dés sont jetés et comme le dit Sheridan, c’est à partir de là que plus rien ne fut comme avant. Difficile de ne pas sentir son rythme cardiaque accélérer et de ne pas être horrifié par ce à quoi l’on assiste en direct. Des scènes telles que celle dans le bar, alors que les deux ennemis boivent ensemble, sont tout simplement tragiquement belles. Si ces propos paraissent brumeux à ceux qui n’ont pas vu la saison, il va de soi que ceux qui, au contraire, l’ont regardée, doivent se rappeler sans problème ce qu’ils ont ressenti face à cet épisode, mais aussi lors de la fin de saison qui est de cette envergure. G’Kar et Londo sont loin d’être des enfants de chœur. Ils demeurent toutefois compréhensibles par leurs actions sans qu’on ne puisse leur pardonner. Évoluant au contact des autres, ils tentent d’apprendre de leurs échecs. Malheureusement, leurs sociétés font qu’ils ne parviennent pas à se dépêtrer de ce qui les opposent. Ces deux protagonistes sont des incontestables valeurs sûres de la série.

Autre point non négligeable quant au fil rouge de cette saison : la venue des Ombres. Liée de manière inextricable au triste destin des Narns et des Centauris, le simple fait d’entrapercevoir leurs vaisseaux spatiaux donne des bouffées d’angoisse. Dire que tout ceci n’est encore qu’à son balbutiement ! Les Ombres sont surtout évoquées et craintes, la suite devrait amener à les combattre, ou tout du moins, à essayer de le faire. Il est clair que beaucoup périront. Même en ne sachant pas ce qui nous attend, on ne peut qu’être touché par ce que l’on voit à l’écran car on sait que ce sont elles, les menaces. Au lieu de répéter des erreurs passées, les Centauris et les Narns devraient s’associer avec le reste des races afin d’en venir à bout ! La saison sonne résolument comme une tragédie shakespearienne qui mène droit au malheur et à la destruction. Ces Ombres permettent d’en apprendre notamment davantage sur cette espèce si particulière que sont les Vorlons. Kosh, leur représentant, est beaucoup plus mis en valeur que lors de la première saison et le season finale, The Fall of Night, est à ce sujet incroyable et stupéfiant. Le 2×16, In the Shadow of Z’ha’dum, tout aussi fantastique, apporte de nombreuses réponses tout en soulevant de nouvelles interrogations et augmente encore une fois considérablement l’intérêt que l’on peut avoir pour la série.

À côté de tout cela, la saison développe également de nombreux points importants et souvent très intéressants. Du côté des Terriens, c’est toujours avec plaisir que l’on suit la charmante et forte Susan Ivanova (Claudia Christian) qui gagne ses galons. Le tout aussi agréable et attachant Michael Garibaldi (Jerry Doyle) n’est pas en reste après la peur qu’il nous avait fichu en fin de saison une. Souffrant de s’être fait avoir comme un bleu, il a du mal au départ à retrouver confiance en lui. Il sera à l’origine de jolies scènes comme celle avec une soldat dans le 2×10, GROPOS. Le docteur Franklin (Richard Biggs) n’est clairement pas non plus oublié et son passé ainsi que ses valeurs sont régulièrement mis en exergue. Avec le nouveau commandant, ces quatre Terriens forment le noyau dur de Babylon 5 : celui sur qui l’on peut compter, celui qui donne l’impression d’être indéfectible, notamment en raison de l’amitié et du respect qui les lient.
Outre les Terriens et Kosh, les 22 épisodes traitent des Minbaris. Ayant appris en fin de première saison que la mystérieuse Delenn faisait partie du Conseil Gris, on y découvre dès lors quelques éléments s’y rapportant. Afin de se rapprocher davantage des Terriens, elle décide de subir une transformation qui la changera à jamais. On y voit ses difficultés à accepter son nouveau visage et à tout ce qu’il implique, ou encore l’attachement que lui porte Lennier (Bill Mumy). En outre, il semblerait qu’un rapprochement entre Sheridan et elle soit à venir, ce qui ne me déplairait pas tant ils s’accordent bien malgré leur race et leur caractère différents. C’est avec un certain ahurissement que je me suis rendu compte que Delenn était jouée par Mira Furlan (Lost). Je crois que c’est grâce à son nouveau changement physique que j’ai réalisé qui se cachait sous ses traits.
On pourrait aussi parler du Centauri Vir Cotto (Stephen Furst) qui voit son maître sombrer dans la noirceur, ou encore de la mise en avant de plusieurs cultures autres que la terrienne par des chansons, de la cuisine, des scènes sur d’autres planètes, des rites de passage, la religion, etc. Pour l’anecdote, ceux ayant regardé Stargate SG-1 reconnaîtront Carmen Argenziano en tant que Centauri et grand ami de Londo. Tous les épisodes ne se valent pas, certains sont moins passionnants mais une fois arrivé en milieu de saison, la série fait presque un sans faute. Et que l’on ne se trompe pas, ce sont pas les effets spéciaux désormais désuets qui empêchent d’être emporté par ce souffle épique. Bien au contraire ! Par ailleurs, difficile de ne pas ressentir une grande influence de Tolkien, et plus particulièrement de The Lord of the Rings (Le Seigneur des Anneaux), dans certains éléments de la saison. La série garde toutefois les pieds dans la réalité en y injectant plusieurs références aux XIXè-XXème siècles.

Au final, cette seconde saison continue sur le même chemin que celle qu’elle suit tout en gagnant en intensité et en grandeur. Les bases de la mythologie ayant été précédemment posées, elle démarre définitivement l’intrigue générale et lance le coup d’envoi des menaces à venir. Toutes les histoires sont inextricablement liées et mènent à une gigantesque fresque de science-fiction. La montée d’adrénaline est au départ ténue mais plus les épisodes avancent et plus elle va crescendo. Une grande guerre commence. Malheureusement, cette bataille n’est que le sommet de l’iceberg car le téléspectateur sait qu’une tragédie attend l’ensemble des personnages. Chacun d’entre eux semble à sa place, apportant en plus sa pierre à l’édifice. C’est là que Babylon 5 montre à quel point sa construction est plus qu’excellente. Avançant doucement mais sûrement, elle sait où elle va et révèle de manière progressive les pièces de son puzzle. Il est possible que la suite ne tienne pas ses promesses mais ces épisodes donnent de l’espoir tant on y sens le brio de l’écriture. Très riche et maîtrisée, cette saison prouve qu’effectivement, la série paraît partie sur de bonnes voies pour devenir un incontournable de mon petit écran. Sachant allier le fond et la forme, elle distille un climat de tristesse et de pessimisme assez incroyable tout en contrebalançant avec une atmosphère parfois plus douce, calme et drôle. Il serait très étonnant que j’attende cette fois trois ans avant de regarder la suite… ;)