Tout comme 2011, 2012 sera sous le signe du tri de mes DVD/placards de sériephile. Mine de rien, certaines productions traînent depuis des années dans mes dossiers et il est plus que temps de clore l’ultime chapitre. C’était le cas de Dinotopia jusqu’à ce début d’année. Si, généralement, tout le monde pense à la très sympathique mini-série, il ne faut pas oublier qu’il existe aussi une série hebdomadaire. Eh oui. Surfant sur le succès de la fiction avec notamment Wentworth Miller, ABC mit effectivement sur les rails quelques mois après une suite. C’est ainsi qu’est née Dinotopia, la série. Sur les treize épisodes qui la constituent, seuls six d’entre eux furent diffusés sur la chaîne entre novembre et décembre 2002. Les autres n’ont pas eu cette chance et sont seulement disponibles en DVD. La production fut en effet annulée fin décembre 2002 en raison de ses faibles audiences. Aucun spoiler.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, j’aimerais parler de l’édition française des DVD ayant pour distributeur M6 Vidéo. Que dire si ce n’est que ces DVD sont une véritable farce ? C’est honteux d’oser publier quelque chose de cette manière. Si vous souhaitez vous procurer la totalité de Dinotopia (mini-série et série), achetez uniquement ce coffret-là. Il n’est certes pas parfait, mais il évite une quelconque déconvenue. Effectivement, la série a été divisée en deux volumes, soit deux coffrets DVD distincts. Il s’agit de ce que M6 appelle les volumes II et III, la mini-série représentant le volume I. Il y a de quoi s’y perdre. Il aurait fallu sortir la mini-série d’un côté, et la série entière de l’autre, en plus de l’intégrale. Histoire de continuer dans le n’importe quoi, les épisodes de la série ont été compilés, ce qui fait que les treize épisodes originaux de quarante-cinq minutes chacun ne sont pas présents, le public français devant se contenter de six d’une heure et demie. Si pour certains, la fusion n’est pas dérangeante, car le récit se déroule sur cette période, ce n’est pas du tout le cas de la plupart d’entre eux. Quel est l’intérêt de cette pratique ? Aucune idée. Et, surtout, où se situe le dernier épisode ? Là aussi, aucune idée. Par conséquent, je n’ai pas pu le voir – si quelqu’un l’a ou qu’il sait où le trouver, les commentaires sont vos amis. Son résumé est malgré tout disponible sur TV.com.

Si la mini-série se voulait loin d’être parfaite, elle avait au moins pour elle d’épater visuellement son audience, de réussir à insuffler une grande dose d’aventure tout en n’étant pas irritante en dépit de sa morale bienveillante. La série n’est pas du tout de ce niveau. D’un point de vue purement esthétique, il est évident qu’en devenant une simple série, avec une fin non prédéfinie et pouvant donc s’étaler des années et des années, le budget ne peut suivre. Or, lorsque le monde mis en avant n’est autre que celui d’un univers où cohabitent les dinosaures et les humains, il y a comme qui dirait un hic. Si l’on n’est pas trop exigeant et que ses souvenirs de la mini-série s’avèrent plutôt vagues, ces effets spéciaux très moyens et cette vision de Dinotopia bien moins magique et extraordinaire qu’auparavant ne se montrent pas trop dérangeants. La bande-son de Trevor Jones est encore une fois de la partie, bien qu’elle subisse quelques remaniements, mais elle reste heureusement aussi agréable. La solution facile aurait été de traiter en arrière-plan les dinosaures et de limiter leur apparition, sauf que, non, Dinotopia assume et ne les occulte absolument pas, quitte à perdre au passage en crédibilité et en fluidité. Concernant les décors, la production a été tournée du côté de la Hongrie et ceux ayant regardé Robin Hood reconnaîtront sans mal le château de Nottingham (enfin, je pense !). De nombreux paysages sont très jolis, voire paradisiaques. En définitive, le visuel de l’ensemble demeure globalement correct à condition de ne pas être trop tatillon.

Ce qui étonne en premier lieu en commençant la série, outre son budget revu à la baisse, c’est le bouleversement total de la distribution. Au revoir tous les anciens acteurs comme Wentworth Miller et Tyler Leitso ! À la place, nous avons Erik von Detten (Complete Savages) dans le rôle de Karl, Shiloh Strong dans celui de David ou encore Georgina Rylance en tant que Marion. Le renouvellement pousse le bouchon jusqu’à offrir une voix inédite à Zippo qui devient Zipeau en raison de problèmes de droit avec la célèbre marque. À la rigueur, encore une fois on pourrait être un tant soit peu indulgent avec tous ces changements si l’interprétation n’en pâtissait pas. Malheureusement, ce n’est pas du tout le cas. Le jeu est moyen, presque mauvais pour un très grand nombre de comédiens et de figurants. De ce fait, il s’avère difficile de prendre au sérieux ou de réellement s’intéresser à ce qui s’y passe parce que justement, personne n’a l’air d’y croire. Même les dinosaures manquent de naturel et ne réagissent pas comme ils le devraient. Il suffit d’observer l’attitude de certains T-Rex pour s’en persuader. Afin de définitivement clouer le cercueil, les scénarios se veulent tout aussi médiocres. Il est vrai qu’au fil des aventures, la qualité va crescendo. Le premier double épisode est effectivement pénible à suivre tant le rythme fait défaut et que plusieurs heures sont nécessaires pour faire le deuil de la mini-série. Au bout d’un moment, la série gagne en assurance et parvient enfin à proposer quelques moments sympathiques. Avouons qu’en y voyant uniquement un divertissement calibré et convenu, et sachant qu’il ne durera que peu de temps, le public est probablement plus laxiste.

Karl, David et Frank Scott vivent donc désormais à Dinotopia après le crash de leur avion découvert précédemment. Si David s’y plaît et accepte cette nouvelle existence tranquille, ce n’est pas du tout le cas de Karl et de son père. Les caractérisations des personnages tentent d’être cohérentes avec celles de la mini-série, mais le résultat se révèle assez bancal. Les épisodes reposent tous sur un schéma analogue devenant vite redondant, voire poussif. Karl et son père veulent partir, bravent des interdits, se mettent en situation de danger, et se rendent finalement compte qu’ils se sont comportés comme des idiots. Les deux ne semblent jamais apprendre de leurs erreurs et l’aspect borné de Frank est de plus en plus exaspérant. Dinotopia, à côté, symbolise la ville des Bisounours où tout le monde est gentil, altruiste et presque parfait. Une légère évolution est toutefois palpable dès le milieu, les habitants de Dinotopia se nuançant et s’interrogeant sur notre pays ainsi que sur le leur. Dinotopia est-il réellement un endroit idéal ? Une utopie ? Ou n’est-ce qu’un leurre ? Il paraît clair que le parti pris est ici de prouver que cet univers est bien meilleur que le nôtre, marqué par les vices et toutes les abominations. La fiction ajoute sinon un groupe de hors-la-loi vivant en marge de la société, ne bénéficiant par conséquent pas de la protection des pierres de soleil et tuant et mangeant les dinosaures. Menée par l’éminemment sympathique LeSage jouée par Lisa Zane (Profit), cette bande n’a rien de méchant et finit toujours par se faire rouler dans la farine.

En définitive, la série de Dinotopia se montre loin du niveau de la production qu’elle suit. L’une se suffit à l’autre et il ne semble donc pas nécessaire d’avoir testé la mini-série pour regarder cette sorte de suite ; et il n’est pas non plus indispensable de lancer la série si l’on a apprécié la mini-série – autant garder ses jolis souvenirs. Malheureusement, la série souffre d’histoires déjà vues, convenues et pétries de bons sentiments. Le fait que l’interprétation soit extrêmement fluctuante n’aide en rien, d’ailleurs. Certes, les épisodes s’améliorent, en deviennent presque divertissants, et il est fort possible que si saison deux il y ait eu, elle aurait été agréable, mais la question ne se pose plus. Dinotopia, la série, se révèle par conséquent banale et sans réelles saveurs. Vite visionnée, encore plus vite oubliée.