En toute logique, après avoir parlé ces dernières années des quatre premières saisons de Xena: Warrior Princess (Xena la Guerrière en France), il est temps de passer à la cinquième et pénultième. Il est fort probable qu’on vienne à bout de la série sur Luminophore d’ici fin 2012. À l’instar des précédentes, la cinquième comporte vingt-deux épisodes. Elle fut toujours diffusée en syndication, et cela, de septembre 1999 à mai 2000. Aucun spoiler.

Sans se montrer foncièrement mauvaise, la quatrième saison de Xena: Warrior Princess manquait cruellement de liant et d’homogénéité. La plupart des épisodes étaient dispensables et certains en devenaient presque douloureux à regarder. Fort heureusement, elle se terminait sur un très bon season finale où Xena et sa fidèle amie Gabrielle étaient crucifiées par les soldats romains. La suite débute sans surprise par la résolution de cet arc tragique. Ce n’est évidemment pas dévoiler l’intrigue de préciser que, oui, Xena et Gabrielle reviennent parmi les vivants. En décédant, elles accèdent à ce qu’il y a après la mort et dans ce cas spécifique, il s’agit du fameux Paradis/Purgatoire/Enfer que l’on ne présente plus. C’est d’ailleurs là qu’elles rencontrent de nouvelles créatures qui vont avoir une influence considérable sur l’ensemble de cette salve inédite.

Les divinités de l’Olympe avaient malheureusement été très peu étudiées au cours de la saison quatre et celle-ci rattrape totalement la donne. Effectivement, le principal fil rouge relate leur chute qui s’apparente à une sorte d’adaptation extrêmement libre du Ragnarök. Avec beaucoup de sympathie, on pourrait résumer ça en disant qu’il s’agit d’une reprise à la Xena: Warrior Princess, tout simplement. Jusque-là, il demeurait agréable de voir les dieux grecs être dérangés, amusés ou charmés par Xena. Cela collait d’ailleurs bien au personnage très fort qui pouvait sporadiquement rivaliser avec ces êtres immortels. Outre ceux que l’on connaissait déjà, d’autres arrivent cette fois sur le devant de la scène. Après avoir révélé Arès, Aphrodite ou encore Hadès, la saison s’attarde sur Zeus et, surtout, sur Athéna. Les dieux découvrent une prophétie liant leur destin à Xena et ils se retrouvent au pied du mur. Pour survivre, ils ne peuvent que venir à bout d’une partie de la guerrière. Tout ceci est à première vue plutôt sympathique et rondement mené, sauf que sur le terrain, le résultat est bien moins pertinent. Le principal hic est l’allusion que ce crépuscule des dieux laisse entendre. Si le panthéon grec tombe, c’est parce qu’il est mauvais et n’a jamais été correct envers son peuple. À l’inverse, les croyances d’Eli déjà mises en exergue précédemment commencent à prendre racine. Ce n’est pas la peine d’être Nostradamus pour se rendre compte que l’on parle de la chrétienté. C’est là où la saison en devient par moments agaçante. Sans aucune subtilité, on nous illustre les dieux païens comme des individus médiocres, alors que les anges et l’être supposé suprême ont tout pour plaire. L’amour serait au centre de tout ; l’amour ceci, cela. Et on baptise, et on appelle des bébés avec le prénom Eve tellement peu connoté, etc. Le paganisme est montré du doigt tandis que le monothéisme est placé sur un piédestal. Certes, dans la réalité le peuple s’est détaché de ses anciennes croyances pour adopter des nouvelles, mais la série n’est pas obligée d’être aussi lourde de sens et, au final, si puritaine. En cela, la saison est franchement décevante.

En dépit de ce ton presque conservateur, il reste heureusement quelques points positifs concernant cette thématique religieuse. Comme écrit plus haut, les dieux grecs ont un temps de présence nettement supérieur aux saisons passées et, cela s’avère on ne peut plus appréciable. Aphrodite devient par exemple plus que l’élément bêtement simplet et se montre plus fine qu’elle n’en a l’air. Si Zeus est décevant et que d’autres comme Hadès ou, pire, Héphaïstos, n’ont rien de particulièrement intéressant, Athéna compense ces manquements. Assez sage, prudente, nuancée et puissante, elle est telle que la légende nous la décrit. Il s’avère dommage qu’elle ne soit pas davantage présente. Celui qui occupe la plus grande partie de notre écran est Arès qui revient enfin titiller Xena et Gabrielle. C’est un vrai délice de le retrouver, lui qui a beaucoup de choses à dire et à faire. Il est agréable de le voir évoluer et descendre du mont duquel il se trouve. Le season finale est d’ailleurs très surprenant à ce sujet et sera, espérons-le, à l’origine de jolies scènes au cours de la future saison. Durant la première moitié des épisodes, le dieu de la guerre charme Gabrielle et si l’on se doute bien que tout ceci n’est que pour attirer Xena dans ses filets, cette approche est plutôt rafraîchissante. Jusque-là, Arès ne voyait en la pétillante blonde qu’un accessoire. Il finit par se rendre compte qu’elle existe et qu’elle possède une place qu’il n’arrivera jamais à atteindre auprès de Xena. Et, justement, dans la seconde partie de la saison, il met ses sentiments à plat et réalise qu’il est prêt à se sacrifier afin d’obtenir l’amour de la combattante. Bien sûr, tout le monde sait que l’âme sœur de Xena est Gabrielle, mais la relation qu’elle entretient avec Arès est au centre de nombreux propos au cours de cette année. Il est clair que les deux sont attirés l’un par l’autre et ont du mal à réfréner leurs pulsions. L’ensemble chouchoute ceux étant friands de cette dynamique musclée et sensuelle.

La saison cinq s’attarde comme les précédentes sur la civilisation romaine. Après la mort de César, c’est sans étonnement que l’on découvre un Brutus perdu se demandant que faire avec Marc-Antoine – joué ici par Manu Bennett (Spartacus) – Octave et Cléopâtre. Celle-ci n’est plus incarnée par Gina Torres, d’ailleurs. Si l’on passe sur l’abominable réécriture de l’Histoire, de la bataille d’Actium et du personnage de Livie, ce pan de la mythologie de la série n’est pas déplaisant à suivre. L’épisode 5×18, Antony & Cleopatra se révèle donc plutôt agréable. Il convient tout de même préciser que Livie, en plus d’être antipathique au possible, est extrêmement mal jouée et a la psychologie taillée dans un tronc d’arbre. À vrai dire, la supposée future épouse d’Auguste est la source de tous les écueils de cette saison. C’est à cause d’elle que la tonalité de la série change et se focalise sur sa protection, car elle est liée au crépuscule des dieux. Il est vrai que la grossesse de Lucy Lawless est venue perturber les scénaristes, mais étant donné l’ampleur qu’ils ont offerte à cette Romaine pas si romaine que ça, il aurait fallu amener les choses avec davantage de tact. Tout cet arc est bancal, ne serait-ce qu’avec les années ayant défilé à toute vitesse et marquées par le décès honteux et extrêmement mal mis en scène d’un personnage. On se plaît à imaginer qu’un retour à zéro se réalisera tant tout cela parait ubuesque. Eh bien, non. Le destin d’autres protagonistes tels qu’Autolycus n’est aucunement à l’ordre du jour et ni Xena ou Gabrielle ne semblent avoir quelque chose à faire de ce réveil des glaces. Reste l’ajout positif de Virgile, probablement la version Xena: Warrior Princess du Virgile connu, incarné par William Gregory Lee (Dark Angel). Les quatre derniers épisodes ne sont au final absolument pas maîtrisés et beaucoup trop faciles.

La caractérisation des deux héroïnes n’est pas non plus le point fort de la saison. Gabrielle amorce un virage radical par rapport à celui qu’elle arborait jusqu’à présent. De pacifiste elle se transforme en guerrière endurcie n’ayant pas une seule seconde à rougir face à Xena. La voir être aussi puissante fait plaisir, sauf qu’encore une fois, l’évolution est étrange. Elle demeure heureusement toujours attachante, charmante et son nouveau costume lui va à ravir. Le constat n’est pas si reluisant pour Xena, elle qui ne peut plus réellement bouger en raison de la grossesse de son actrice. Ses vêtements changent, son chakram également et il lui faut du temps avant de sauter dans tous les sens et retrouver ses capacités totales. Par ailleurs, le lien entre les deux femmes n’est pas particulièrement enthousiasmant au cours de la saison tant tout tourne comme d’habitude au personnage au centre de tout, Livie. Xena ne fait pas attention à Gabrielle et semble toute puissante. On est loin de la quête de rédemption de la guerrière supposée être la moteur de la série.

Qualitativement, les épisodes sont relativement faibles. Si le début de la saison est correct, dès le milieu les choses se gâtent et ne peuvent revenir en fin de parcours au niveau de la première partie. Ceci étant, le 5×09, Seeds of Faith, est bien écrit et plutôt exaltant lorsque l’on ne sait pas encore de quelle manière les conséquences des actes d’Eli vont être exploitées. Le 5×12, God Fearing Child, ou le 5×14, Amphipolis Under Siege, doivent également se ranger dans le haut du panier. Autrement, il est assez difficile de citer des épisodes bons sur leur ensemble. Ce ne sont pas le 5×11, Punch Lines, avec ces flashbacks soporifiques, le consternant 5×15, Married with Fishsticks, avec ces histoires de sirènes et de poulpes qui prouvent le contraire. Le 5×10, le musical Lyre, Lyre, Hearts on Fire, bien qu’il soit truffé d’anachronismes sympathiques ou d’un Draco survolté, est raté et n’a rien à voir avec la précédente aventure apparentée. Dans un registre similaire, le voyage en Chine n’apporte que de l’ennui si ce n’est une franche rigolade sur la création des soldats en terre cuite du mausolée de l’empereur Qin. Le passage chez les Amazones n’est pas non plus passionnant, même si cela signifie découvrir Claudia Black. Karl Urban est justement encore de retour dans un autre rôle puisqu’il y joue un homme des cavernes appétissant plaisant plus que bien à Selma Blair.

Malheureusement, la cinquième saison de Xena: Warrior Princess s’avère en définitive très moyenne. Si le fil rouge de la chute des dieux est intéressant et que l’on ressent une volonté de densifier les intrigues, des choix scénaristiques plus que discutables viennent parasiter l’ensemble. On notera par exemple la prépondérance de la religion chrétienne qui se révèle étouffante, ou les quelques rebondissements tels que l’arc du cercueil de glace et le personnage de Livie. Ce qu’il y a d’autant plus embêtant, c’est que ces idées vont forcément se répercuter sur la suite. Évidemment, tout ne doit pas être jeté. Gabrielle s’affirme et devient encore plus passionnante qu’auparavant, et Arès nous gratifie de sa présence et de ses piques, tout en prenant bien soin de se faire ratiboiser par Xena. Rien que pour cela, on passe outre les nombreux défauts de l’intrigue générale et le ventre très mou en milieu de saison. Pour son ultime salve d’épisodes, la série a plutôt intérêt à remonter le niveau. Non mais !