C’est un petit peu plus tardivement que d’habitude que nous allons reprendre le chemin de Pierrefonds sur Luminophore mais il est évident qu’il ne fut pas oublié. Il est donc question de Merlin, la série en partie tournée dans le fameux château de l’Oise. Sa quatrième saison fut diffusée sur BBC One entre octobre et décembre 2011 et comporte encore une fois treize épisodes. Une saison cinq est d’ores et déjà prévue et serait peut-être la dernière. Aucun spoiler.

Pour la première fois depuis les débuts de la série, la saison trois donna l’impression d’être homogène et sortant presque du cadre pourtant balisé du divertissement familial. C’est donc sous de très bons auspices que les nouveaux épisodes arrivèrent sur mon écran. Malheureusement, l’enthousiasme est vite retombé et la flamme n’a jamais réussi à être rallumée. La saison quatre est d’une banalité et d’une platitude à faire peur. Fondamentalement, elle n’est pas désagréable car on ne souffre généralement pas trop devant les épisodes. On est plutôt désolé de voir la série redevenir aussi insipide alors qu’elle a le potentiel pour être bien meilleure que cela. Un de ses problèmes est de faire du surplace. La saison trois s’était terminée sur la mise à sac de Camelot par Morgana, elle qui révélait en plus sa véritable nature. Cette nouvelle saison débute un an plus tard. Uther n’est plus que l’ombre de lui-même suite à la trahison de celle qu’il considérait comme sa propre fille, tandis qu’Arthur tente d’assurer l’organisation du royaume avec son oncle maternel, Agravain. Morgana, elle, s’enferme dans sa tanière parmi les bois, adopte un maquillage plus charbonneux et a oublié sa brosse à cheveux dans sa chambre. (Ou alors, elle n’avait jamais appris à l’utiliser jusque-là.) Ce nouveau look va à ravir à Katie McGrath, d’ailleurs. Du côté de Merlin, il cache encore son secret, sauve la vie d’Arthur à de très nombreuses reprises et se sent souvent lésé parce que personne ne sait qui il est. Point. Arrivé en fin de saison, le résultat est exactement le même qu’un an plus tard et pire, le scénario est quasi identique. D’aucuns diront qu’il y a tout de même un changement de taille – ou plutôt de tête royalement faite – en début de saison mais il n’apporte au final rien de neuf. Pour faire simple, on pourrait quasiment ne pas regarder les treize épisodes de 2011 et passer immédiatement à ceux de la future prochaine saison sans être trop dépaysé. Un comble. Il est de plus grandement temps que le secret de Merlin soit découvert par Arthur et/ou Morgana. C’est beaucoup trop facile de tomber dans les pommes toutes les cinq secondes.

Outre cette absence d’avancée significative dans la mythologie de Merlin, la saison ne travaille pas ses personnages. Bien sûr, Merlin est toujours aussi attachant, l’interprétation de Colin Morgan autant subtile, sa relation avec Arthur sympathique bien que peu évolutive (encore…) sauf que cela ne fait pas tout. Diable, où sont donc passés les chevaliers de la future Table ronde ? Dire qu’ils sont supposés être la force du royaume… Nous savons qu’ils sont là, ils ont le droit à quelques dialogues sans grand intérêt, on les voit sauter sur leur cheval et parcourir Camelot du côté d’Arthur et Merlin, mais ils ne servent à rien. Même certains comme Gwaine ont à peine la possibilité d’échanger une réplique avec le jeune sorcier. Dire qu’en saison trois ils était copains comme cochons. Percival qui avait à peine été effleuré précédemment ne nous est pas davantage familier. Enfin sauf si on ne le considère que comme un géant musclé n’ayant rien d’autre à apporter. Quelle amère déception. Quelques autres nouvelles figures apparaissent telles qu’Agravain, l’oncle d’Arthur extrêmement mal joué par Nathaniel Parker, ou encore vers la fin les fameux tristement légendaires Tristan (Ben Daniels) et Isolde (Miranda Raison).
Ne parlons pas non plus de Gwen qui n’est pas exploitée une seule seconde. Elle ressemble à une potiche ayant oublié d’utiliser son cerveau. Il existe autour d’elle beaucoup trop d’incohérences et d’approximations. Lorsque son propre frère se trouve dans la garde rapprochée d’Arthur, que l’on aime le futur roi, que l’on a été la servante d’une grande amie devenue sorcière et paria, on ne se conduit pas comme si de rien n’était. C’est aussi plus ou moins le cas d’Arthur qui semble ne jamais apprendre de ses leçons et qui se laisse berner par tout le monde. Heureusement pour lui qu’il est entouré de Merlin car autrement, on peut douter que l’on aurait eu connaissance de sa grâce royale. Tout cela n’est donc clairement pas en faveur de cette nouvelle saison de Merlin tant elle est cousue de platitude ne faisant pas réellement avancer l’histoire principale.

Si l’on regarde dans le détail, à part quelques très rares exceptions, les épisodes ne sont pas non plus trépidants, passionnants, voire même plus simplement réellement agréables. Le premier d’entre eux, en deux parties, The Darkest Hour, est ennuyant car dénué de tout enjeu. Il s’agit en réalité d’un souci récurrent dans cette saison. Les personnages sont très fréquemment confrontés à de multiples dangers. Évidemment, c’est un bon moyen d’augmenter la tension et le suspense sauf qu’ici, ça ne fonctionne pas. Nous savons tous qu’Arthur et Merlin ne vont pas mourir donc il est difficile de se sentir concerné lorsque l’on connaît la finalité de l’arc en cours. Les intrigues finissent par devenir mécaniques et simplistes. Avec cette saison, la série a tenté d’assombrir ses thématiques et d’être plus grave. Encore une fois, les épisodes n’évitent pas de nombreux écueils, avec un certain manichéisme par exemple, et sont rarement totalement convaincants. Pourtant, la série pourrait demeurer quelque peu drôle et mêler des évènements plus sombres. Il faut tout simplement qu’elle trouve une juste mesure, chose qu’elle semble avoir plus ou moins adoptée dans les deux derniers épisodes qui ne forment qu’une entité, The Sword in the Stone. La première partie est ainsi dramatique tout en étant par moments hilarante. Là, oui, c’est du bon Merlin. Quant au reste, difficile de citer des épisodes donnant envie de s’y attarder plus que de raison. Le 4×06, A Servant of Two Masters, avec un Merlin transformé en assassin obnubilé par Arthur, est sympathique malgré une certaine prévisibilité et permet à la série de retrouver sa fraîcheur et son ton humoristique. Il est dommage sinon que la magie vienne jouer un rôle aussi important dans le 4×09, Lancelot du Lac, qui aurait gagné à approfondir le lien entre Gwen et Lancelot sans user d’un artifice aussi grossier. La découverte de la fameuse Excalibur plus tard dans la saison est certes attendue bien que là encore, on pourrait chipoter sur l’utilisation de la magie et non pas de la véritable destinée d’Arthur. Notons sinon la présence de quelques sympathiques invités comme Lindsay Duncan (Rome) en reine charismatique ou James Callis (Battlestar Galactica) en ancien élève de Gaius assez retors.

Sur la forme, la saison est en revanche toujours aussi maîtrisée avec cette mise en scène travaillée et une très bonne utilisation de jolies couleurs presque fantasmagoriques. La musique de Rob Lane sait également se faire épique, intimiste ou aventureuse. Les effets spéciaux ne sont pas excellents mais cela n’est pas problématique. Par contre, ce n’est pas le cas pour l’unique cascade apparemment en vogue au cours de ces treize épisodes. Oui, le vol plané. Une fois, ça va ; deux fois, on commence à se poser des questions ; trois fois et plus, on en a marre. Voir Morgana lancer les personnages dans les airs avec un ralenti qui va bien finit par irriter. Il y a d’autres moyens pour être mis hors course.

En définitive, la quatrième saison de Merlin est faible et donne l’impression d’avoir rangé son identité au placard. En voulant aborder de manière plus sombre son histoire, elle se perd quelque peu au passage et finit par en devenir ronflante. Par ailleurs, l’absence de réels enjeux, le non-développement des personnages et le surplace de l’intrigue générale sont monnaie courante au fil des épisodes. Le principal reproche serait qu’en fait, en plus de manquer de rythme, la saison est routinière et ne sort que rarement des sentiers battus. Sans être mauvaise ou insupportable, elle déçoit lorsque l’on a en tête la précédente qui était bien plus maîtrisée. Heureusement pour elle, elle se termine sur une bonne note et fait espérer que la prochaine saison réparera ces erreurs et afficher un visage sachant gérer une tonalité plus adulte saupoudrée d’une certaine légèreté et d’une grande fraîcheur.