Si j’ai envie de parler des séries dont il n’a jamais été question sur Luminophore, c’est en partie parce qu’au fil du temps, je me rends inévitablement compte que j’ai oublié ce que j’en pensais. De manière assez égoïste, ce blog me permet surtout de garder une trace de mon propre avis. On aura beau dire, on a parfois tendance à enjoliver ses souvenirs ou au contraire, à ne garder en mémoire que les points négatifs. Ceci pour expliquer en partie pourquoi dernièrement je remets au goût du jour quelques courtes séries vues avant la création de Luminophore.
C’est dans ce contexte que j’ai relancé Blade : The Series alors que j’avais déjà eu l’occasion de la regarder lors de son arrivée aux États-Unis. Derrière ce titre se cache évidemment l’univers de Blade appartenant au gigantesque monde de Marvel Comics. L’anti-héros a toutefois surtout percé lors de la sortie au cinéma des films avec Wesley Snipes. La série a ainsi quelque peu tenté de surfer sur la mode de l’époque des super-héros et sur le personnage de Blade en tant que tel. Afin de garder une certaine continuité avec ce qui avait déjà été montré, elle débute quelque temps après la fin de Blade : Trinity. Ce ne seraient pas les audiences, apparemment satisfaisantes pour la chaîne malgré une baisse, qui furent à l’origine de l’annulation de la série mais davantage le coût de la production. Il n’existe donc qu’une seule saison de Blade : The Series. Celle-ci est composée de douze épisodes de quarante minutes, dont le premier est double, et fut diffusée sur Spike TV entre juin et septembre 2006. À noter qu’à l’origine, Wesley Snipes devait reprendre son propre rôle mais il a eu quelques ennuis d’ordre financier avec la justice américaine l’ayant soi-disant empêché de reprendre le costume. David S. Goyer, le scénariste ayant travaillé sur les trois films, et Geoff Johns, le scénariste des comics, ont sinon collaboré sur cette série. Aucun spoiler.

Blade est de retour à Detroit pour faire ce qu’il sait faire de mieux : tuer des vampires. Désormais associé à Shen, il continue sa traque sans relâche. Alors qu’il tente de s’approcher de Marcus Van Sciver, un vampire centenaire, il rallie à sa cause une jeune femme dont le frère vient de mourir, tué par les vampires. Or celle-ci, finit également par se brûler les ailes car elle devient vampire contre son gré. Blade lui laisse alors le choix, soit elle se retrouve en poussières, soit elle accepte de jouer double jeu et d’infiltrer la maison de Chthon.

Blade : The Series était dans mes souvenirs une série correcte mais franchement dispensable. C’est donc assez peu enthousiaste que je l’ai relancée courant avril. Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, j’ai un gros faible pour les vampires et autres créatures de la nuit. Ce n’est pas étonnant qu’à l’époque de la sortie de Blade au cinéma, et alors que j’étais très jeune, je m’y sois de suite intéressée. En 2006, il fallait donc que la série passe par mon écran. Contre toute attente, cette rediffusion six ans plus tard (déjà !) ne fut en aucun cas douloureuse et fut même agréable.
La série débute sur un double épisode très laborieux et si ceux qui suivent ne sont certes pas autant fastidieux, il est nécessaire d’attendre un petit moment avant que l’on sente le potentiel de cette production américaine. Il faut préciser que passer d’un médium comme celui du cinéma à celui de la télévision ne doit pas être évident. Spike TV est une petite chaîne du câble, a de bonnes idées mais n’a pas les moyens financiers d’en faire des tonnes. Blade : The Series prouve à de nombreuses reprises que le budget est limité, notamment avec des effets spéciaux moyennement convaincants. De même, l’acteur ayant repris le rôle de Wesley Snipes, Kirk ‘Sticky’ Jones, a au départ du mal à s’approprier le personnage de Blade. En plus d’être monolithique et raide comme un manche à balai, il ne paraît en aucun cas avoir le charisme nécessaire pour porter la série sur ses épaules. Arrivé en fin de parcours, le constat est différent, sans être non plus radicalement à l’opposé. Aussi étrange que cela puisse paraître, ce n’est pas vraiment Blade l’élément le plus intéressant et le véritable moteur de la série mais plutôt quelques uns des personnages secondaires gravitant autour de lui. Quoi qu’il en soit, au fil des épisodes il tend à se dérider et réussit à sortir plusieurs répliques sympathiques. Son passé, sa première rencontre avec son mentor Whistler, sa relation avec son propre père ou encore certaines de ses victimes, sont remis au goût du jour. Les puristes noteront peut-être des différences avec les films. De toute manière, autant Blade : The Series a beau travailler son aspect superficiel avec des plans et ralentis suggestifs ou des vêtements féminins très raccourcis, la série montre une réelle volonté d’approfondir la caractérisation de ses personnages et de la mythologie de l’univers. Elle réussit par conséquent à dépasser le cadre des films et à se forger sa propre identité.

Blade est un diurnambule. Il bénéficie de toutes toutes les forces des vampires et évite leurs faiblesses. Il possède ainsi une force extraordinaire, est particulièrement agile mais ne craint ni le soleil, ni l’argent ou l’ail. Il est par contre soumis à la soif de sang si ce n’est que grâce à l’aide de Whistler, il n’a pas à en boire puisqu’il s’injecte un sérum adapté à sa physiologie. Cet être atypique aurait très bien pu décidé d’intégrer le clan des vampires ou créer le sien. Pourtant, il a choisi d’effacer de la carte toutes les créatures aux canines acérées se trouvant sur son chemin, quitte à se placer en paria de la société humaine et surnaturelle. Dans Blade : The Series, il revient à Detroit, sa ville natale, où il compte bien faire tomber Marcus Van Sciver, un haut dirigeant d’une des maisons les plus influentes, celle de Chthon. Pour cela, il peut compter sur deux acolytes. Shen, joué par Nelson Lee (Virtuality), ne travaille pas pour lui, il s’est juste associé à Blade en attendant de mettre la main sur un vampire bien particulier. Au départ on ne voit en ce personnage qu’un petit pro de l’informatique et de technologies plutôt caustique mais pas forcément indispensable. Au final, il se révèle plus que sympathique et la dynamique qu’il entretient avec Blade finit même par être bien menée.
Le diurnambule peut sinon compter sur l’aide de Krista Starr. Revenant d’Irak, elle apprend que son frère jumeau, Zack, est décédé. Ne croyant en aucun cas à la thèse d’un inspecteur véreux, elle décide d’enquêter d’elle-même mais se retrouve piégée. Transformée en vampire, elle ne peut plus faire machine-arrière et accepte d’aider Blade dans sa quête en intégrant la maison de Chthon et en se rapprochant dangereusement de Van Sciver. Les doutes et incertitudes de Krista sont relativement travaillés mais un des problèmes majeurs est que son actrice, Jill Wagner, est malheureusement assez limitée. C’est ainsi que le trio dysfonctionnel mène une guerre souterraine contre les vampires. Un quatrième membre s’ajoute plus ou moins à eux, à savoir un agent du FBI tentant de découvrir ce qu’il se cache derrière de mystérieux meurtres. Il réalise trop tard à quel point le monde qu’il croyait connaître est parasité de l’intérieur.

Le plus grand atout de Blade : The Series et qui permet à la série de se révéler agréable est la mythologie des vampires et le développement de nombreux protagonistes. Pour peu que l’on soit familier du genre, on ne peut pas dire que les épisodes amorcent des thématiques originales. Il en effet question des maisons de vampires, des différentes castes avec les sangs purs, c’est-à-dire ceux étant nés en vampires, ou encore ceux ayant été changés, etc. Fondamentalement, Blade : The Series n’apporte rien de nouveau mais elle réussit à tirer son épingle du jeu grâce à quelques vampires intéressants et bien mis en valeur. Le premier d’entre eux n’est autre que Marcus Van Sciver. Richissime playboy, il est respecté à Detroit et travaille sa couverture extérieure. En réalité, il est un vampire centenaire ambitieux. Las des sangs purs et de leurs éternelles moqueries et condescendance, il est bien décidé à leur faire payer le prix fort. Pour cela, ses recherches personnelles s’axent sur le projet Aurora, un supposé vaccin ayant pour but de changer la face des vampires. En théorie du moins. Van Sciver est ambigu et charismatique. Immédiatement attiré par Krista, il décide de la transformer en vampire afin de la garder près d’elle. Neil Jackson qui lui offre ses traits et son délicieux accent anglais font tout le reste et il devient alors difficile de ne pas être séduit par ce vampire plus que dangereux. Même constat pour sa grande amie depuis plusieurs décennies, Chase, jouée par Jessica Gower. Blonde, sexy et vénéneuse, elle veille jalousement sur Van Sciver et n’apprécie que peu l’intrusion de Krista dans leur vie. En dépit d’un passé assez chaotique, elle est fidèle à la maison de Chthon et plus particulièrement, à Van Sciver. Où est-ce plutôt l’inverse ? Les épisodes le diront. Si ce sont vraiment ces deux vampires qui tiennent la série à bout de bras, la haute dirigeante de Chthton n’est pas non plus en reste. De sang pur et ayant physiquement l’âge d’une fillette d’une dizaine d’années, Charlotte fait froid dans le dos. Et ce n’est pas uniquement parce qu’elle rafolle du sang des bébés.
Comme souvent, la série commençant en plus à dater, on pourra noter la présence de plusieurs visages connus du sériephile / des séries tournées à Vancouver. On retrouve effectivement Ryan Kennedy (Whistler, Caprica), Ryan Robbins (Battlestar Galactica, Caprica), Andrew McIlroy (Battlestar Galactica), Steve Bacic (Whistler, Stargate SG-1), Colin Lawrence (Battlestar Galactica), Hiro Kanagawa (Caprica, Tower Prep), Kavan Smith (Stargate Atlantis), Fulvio Cecere (Dark Angel), Brendan Penny (Whistler), Lauren Lee Smith (The L Word, Mutant X, CSI), Dominic Zamprogna (Battlestar Galactica), Panou (Caprica) ou encore les habitué des seconds rôles Tom Butler et Robert Wisden. Ça en fait du monde !

Concernant la forme, Blade : The Series possède un style propre ne pouvant être du goût de tout le monde. Il est évident que le public visé est le masculin et multiplie, comme il est noté plus haut, les plans suggestifs. La série semble en outre s’amuser avec des ralentis, des effets de style parfois malvenus, des vêtements qui virevoltent ou encore des contre-plongées histoire de montrer à quel point ses personnages ont une classe ultime. La caméra force ainsi quelque peu le trait mais semble surtout exagérer pour mieux s’en amuser. En d’autres termes, elle utilise tous les codes du genre, en joue et ne se prend pas la tête. Dommage que les combats soient aussi mal mis en scène et qu’ils fassent aussi lourds ou patauds à l’écran. On est loin de ceux des films. En revanche, un soin tout particulier est apporté à la bande-son composée par Ramin Djawadi (Prison Break, Game of Thrones), parfaitement adaptée à ce qu’il se passe à l’écran.

S’il paraît évident que Blade : The Series n’a rien de révolutionnaire et que ses débuts sont fastidieux voire poussifs, elle s’améliore progressivement jusqu’à devenir une série globalement sympathique, créative et divertissante. Pour peu que l’on soit amateur de vampires qui ne brillent pas et que l’on apprécie leur mythologie, cette production américaine peut par conséquent intéresser d’autant plus qu’elle réussit à s’affranchir des films. Il convient en revanche de préciser qu’en raison de son annulation, de très nombreuses questions restent en suspens et qu’en plus, elle se termine sur un cliffhanger. Il y a donc de quoi être frustré surtout lorsque l’on pressent un potentiel qui ne sera jamais exploité. La prestance, le développement et le charme des créatures comme Marcus Van Sciver et Chase ont tout pour plaire en dépit d’un super-héros quelque peu fade, d’un manque de substance et de limites budgétaires. Au final, Blade : The Series est surtout à destination des amateurs du mélange action / horreur / vampires qui ne sont pas dérangés par un traitement relativement superficiel.