Ce n’était pas parce que Robert Sheehan décidait de laisser tomber le personnage de Nathan que Misfits allait s’arrêter en si bon chemin. D’octobre à décembre 2011, ce sont ainsi huit épisodes de 45 minutes qui furent diffusés sur la chaîne anglaise E4. Parlons donc de la troisième saison de Misfits si vous le voulez bien. Une quatrième est déjà prévue, le tournage a d’ailleurs commencé, mais elle annonce de majeurs changements au niveau de la distribution. Aucun spoiler.

La seconde saison se terminait par une réorganisation de cartes, ou plutôt, de pouvoirs, puisque les héros de la série échangeaient ceux qu’ils avaient autrefois pour de nouveaux. En théorie, il s’agit d’une bonne idée, car cela donne la possibilité à ces épisodes inédits de se renouveler et d’offrir des perspectives différentes. Le dealer d’habiletés, Seth, est d’ailleurs à l’honneur au cours de la saison et, sans prendre la place d’un des misfits, devient un élément important. Ce qui est regrettable, c’est que ces pouvoirs tout frais soient quelque peu mis au placard, à l’exception de ceux de Curtis et de Rudy, le nouvel arrivant. Ceux des autres, Kelly, Alisha et Simon vont certes avoir leur utilité à un moment donné, mais ils ne marquent pas. Ils ne sont plus en lien direct avec leur personnalité comme c’était le cas jusqu’à maintenant. Cela dit, si l’accent n’est pas sur eux, il permet d’être davantage sur les protagonistes en tant que tels, ce qui n’est donc pas forcément un mal. Du moins, c’est ce qui est normalement supposé se passer.

La saison trois s’attarde par conséquent sur Seth, rapidement découvert l’année précédente. C’est via Kelly que ce personnage est d’abord développé. La jeune femme semble effectivement attirée par lui et aimerait concrétiser, mais le dealer a un deuil à effectuer avant de pouvoir aller de l’avant. Cette dynamique sera plus ou moins traitée au long cours et si elle n’est pas foncièrement trépidante, elle permet de dépeindre Kelly sous un jour un peu plus posé, et de rendre Seth un minimum sympathique. Le deuxième arc – si tant est que l’on puisse réellement utiliser ce terme dans Misfits – est en lien avec l’homme mystérieux de l’année passée. Les huit épisodes construisent en effet le futur Simon, celui que l’on avait vu précédemment dans sa combinaison noire sauter de mur en mur. Toujours en couple avec Alisha, Simon aimerait devenir Super Hoodie bien que cela soit plus compliqué qu’il n’y paraisse pour une multitude de raisons. Une des principales est qu’Alisha sait pertinemment qu’en se transformant en superhéros, il la quittera et décédera. Mais s’il ne le fait pas, ne va-t-elle pas mourir ? Misfits avait déjà prouvé auparavant qu’elle ne maîtrisait pas les intrigues s’étalant sur plusieurs épisodes, surtout lorsque la ligne temporelle entrait en compte. Malheureusement, elle ne change pas ici la donne. Le dernier épisode en est le parfait exemple et en plus de manquer singulièrement de rythme, est plutôt décevant, voire légèrement niais. Quand on pense aux conséquences sur la future saison, on a de quoi être dubitatif, ou pire, irrité.

Les scénaristes préférant peut-être ne pas mettre leurs défauts en exergue, ou alors leur volonté étant telle, les épisodes sont presque indépendants les uns des autres. Plusieurs d’entre eux sont axés sur un personnage un particulier, un peu à l’instar de la première année. Le résultat est par conséquent approximatif. Autant certains épisodes sont réussis, autant d’autres sont bien plus faibles et prouvent que la saison a du mal à être homogène. Au final, l’ensemble est brouillon, sans aucune véritable ligne directrice et arrivé à la fin, on ne retire pas grand-chose. Il n’est donc pas très étonnant que beaucoup aient critiqué la saison, car un pan de son identité semble lui avoir été arraché. Bourré d’inepties et totalement incohérent, le 3×04 sur Hitler, se révèle malgré tout délirant et franchement agréable à suivre. Le 3×07 avec les zombies est également à ranger dans le haut du panier de cette saison. Cependant, ce sont généralement les épisodes plus intimistes et humains, traitant au final de la banalité dans un cadre légèrement extraordinaire, qui sont les plus réussis. Le 3×05 avec cette fille dans le coma est dans cette veine. Comme autrefois, et peut-être plus encore, les épisodes fourmillent de références à la culture populaire et de répliques ciselées plus que délicieuses. Le ton est toujours décalé, déjanté, et l’atmosphère aussi particulière. La réalisation assez atypique est également de retour avec notamment une faible profondeur de champ bien qu’elle soit moins accentuée cette année. Dans le même registre, la musique de Vince Pope associée à une playlist variée et moderne fait tout ce qu’il faut pour proposer une bande-son rythmée et plus qu’agréable.

Et Nathan alors ? La transition s’est plutôt bien effectuée. Si le premier épisode est approximatif, car assez poussif et laborieux, on ne peut pas dire que l’on ressente un manque. Nathan était un excellent personnage, mais qui prenait beaucoup de place. Comme il n’est plus là, les autres figures ont davantage de temps d’antenne, ce qui n’est pas un mal. On sent une certaine rancune envers le départ précipité de Robert Sheehan, ce qui est normal et mérité puisque la disparition du marginal est rapidement expédiée. Les quelques flashbacks évitent aussi en grande partie habilement sa voix ou son visage, histoire d’enfoncer le clou une bonne fois pour toutes. C’est Rudy, joué par Joe Gilgun, qui vient combler le vide. Rudy et Nathan sont dans le même registre, car le nouvel arrivant est vulgaire, sans complexe, assez lent au démarrage et avec un humour très graveleux. Contre toute attente, il prend assez vite ses marques et se révèle plus que sympathique. L’acteur cabotine un petit peu sans que cela soit foncièrement désagréable. Le pouvoir du misfit lui permet de montrer une facette inédite de sa caractérisation et de contrebalancer sa nature très ouverte et grossière. En définitive, sans avoir les épaules de Nathan, Rudy est un élément intéressant et réussissant à apportant sa propre touche à l’univers de la série.

Si l’on se focalise sur les autres personnages, le constat n’est pas des plus reluisants. Le principal problème est qu’il n’y a que peu de réel développement. Curtis veut courir, Curtis découvre son côté féminin. D’une jolie manière certes, mais cela ne fait pas tout. Alisha… eh bien, elle aime Simon. Ouaw. Simon justement, oui il souhaiterait devenir Super Hoodie, mais entre le 3×03 où un dessinateur réfléchit pour lui et le 3×08, sa progression a été oubliée. On se doute bien que hors antenne, il se passe des choses, d’autant plus que l’évolution de Simon est celle qui est le plus marquante, mais il n’était pas superflu de s’attarder davantage sur lui, surtout qu’il est extrêmement attachant et touchant. Le nouvel agent de probation, drôlement cruel comme il faut est bien utilisé, si ce n’est qu’il doit subir une certaine loi en vigueur dans Misfits. Encore une fois, dommage. Il n’y pas à dire, les héros donnent l’impression de vivre dans une zone retranchée de tout, sans contact avec le monde extérieur et où ils peuvent agir comme bon leur semble sans qu’il n’y ait de conséquences normales.

Au final, cette troisième saison de Misfits n’est pas foncièrement désagréable, mais est surtout anecdotique, voire facile. C’est là que le bât blesse, car les deux premières étaient originales en plus d’être assez irrévérencieuses et bien plus que divertissantes. Ce n’est pas le départ de Nathan qui pose problème, mais le fait que les intrigues soient quasi absentes, sans ambition et qu’il n’existe pas de réel fil conducteur. Le résultat est alors bancal. Reste l’attachement que l’on éprouve pour les personnages, mais malheureusement, s’ils ne sont pas un minimum exploités et cohérents avec leur caractérisation, cela ne suffit pas. Du tout. Néanmoins, malgré le ton presque nostalgique de ce billet, le visionnage n’est pas déplaisant parce qu’il ressort toujours un côté décalé et une ambiance propre rappelant de bons souvenirs. En revanche, la saison quatre sera vraiment un test ; la série n’a plus droit à l’erreur, et c’est très loin d’être gagné.