Au Japon, les séries se déroulant sur des lieux de travail ont plutôt la cote. Pourtant, il ne me semble pas en avoir vues beaucoup jusqu’à maintenant. Comme le début de ce billet le suggère, le j-drama dont nous allons parler aujourd’hui est à ranger dans cette catégorie. Big Wing, soit en anglais grande aile, comporte dix épisodes de 45 minutes et fut diffusé sur TBS entre janvier et mars 2001. À l’origine, il y a encore une fois un manga. Celui est composé de 18 tomes publiés entre 1999 et 2005. Il fut écrit par Yajima Masao et dessiné par Hikino Shinji. Aucun spoiler.

Yoshikawa Kumiko, la vingtaine, vient d’intégrer les rangs des hôtesses au sol de la compagnie Big Wing, dans l’aéroport international de Tôkyô-Haneda. Pleine d’enthousiasme et d’énergie, elle attendait ce moment depuis des années. En raison de sa nature enjouée et bien trop maladroite, elle finit toutefois par mettre sens dessus dessous l’aéroport. Cela dit, il s’agit là du point de vue des employés car les utilisateurs eux, apprécient son sourire et son sens du dévouement.

Honnêtement, ce n’est pas du tout le synopsis qui m’a donné envie de regarder cette série totalement inconnue au bataillon. Sans surprise, c’est sa distribution qui m’a fait m’y intéresser. Le scénario est classique et repose sur le fameux schéma d’une intrigue par épisode. Ceux qui aiment les histoires au long cours et le côté feuilletonnant seront donc probablement déçus car il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent de ce point de vue là. L’héroïne, Kumiko est effectivement à chaque fois confrontée à une nouvelle situation qu’elle résout à sa manière. Son supérieur n’est pas content de la voir mettre l’aéroport en ébullition, ses collègues râlent parce qu’elles ne peuvent plus se la couler douce comme autrefois, tout le monde finit dans un des bars de l’aéroport et ainsi de suite. En cela, il est assez difficile de regarder Big Wing de manière rapprochée car on arrive vite à saturation. En visionnant un épisode de temps en temps, la pilule passe beaucoup mieux et le renzoku demeure alors plutôt divertissant. Les bons sentiments ne sont pas évités mais se montrent relativement supportables. Ce qui dessert la série, outre son aspect répétitif, est qu’elle cumule les incohérences ou plutôt, les invraisemblances. Par exemple, il est assez peu crédible qu’une hôtesse telle que Kumiko eût la possibilité de garder son poste en se mêlant toujours de tout. De plus, elle semble se trouver à chaque fois au bon moment au bon endroit. À vrai dire, il ne se passe presque rien du côté de la compagnie. Enfin non, c’est faux. De nombreux évènements prennent place dans l’aéroport puisque des enfants sont perdus, une femme doit accoucher, un homme retrouve la femme qu’il a aimé depuis toujours ou encore une orphelin attend sa mère disparue depuis plusieurs années ; mais il n’y a rien de franchement passionnant. Les clichés ne manquent pas et Kumiko et sa bonne humeur tentent toujours de remettre de l’ordre dans ces situations difficiles. En somme, la série est plus que consensuelle, ne sort en aucun cas des sentiers battus et ne possède pas réellement de scénario au long cours. Elle peut heureusement compter sur son ton décalé, léger et humoristique, sa bonne humeur et un duo principal plus qu’agréable. Big Wing gagne en authenticité par ses décors car la série a vraiment été tournée à Haneda et il semblerait que l’équipe travaillait entre le moment où le dernier avion décollait et où le premier de la journée atterrissait. Le générique est travaillé et assez réussi. En revanche, la bande-son est vraiment anecdotique bien que l’unique chanson entendue, Graceful World du groupe très populaire Every Little Thing, soit très entraînante.

Outre ces petites vignettes de vie se déroulant dans un des grands aéroports de Tôkyô, Big Wing s’attarde heureusement quelque peu sur ses personnages. L’héroïne, Yoshikawa Kumiko est ainsi une jeune femme franche, naturelle et toujours très souriante. Le cœur sur la main, elle donne sans compter et est fondamentalement incapable de rester en place à ne rien faire. Elle est plus qu’attachante même si elle fourre systématiquement son nez partout. Ce personnage doit notamment son capital sympathie à sa pétillante interprète, la jolie Uchida Yuki (Hana Yori Dango 1995). À noter que cette actrice à la voix particulière était extrêmement connue au Japon durant les années 1990. Elle a fini par disparaître à la fin de cette série pour mieux revenir il y a quelques années. Kumiko aime Big Wing à la folie. Depuis toute petite, elle rêvait d’intégrer les rangs des hôtesses et ne vit désormais que pour son travail. Elle a ses raisons que l’on découvre au fil des épisodes. Contrairement aux apparences, son exubérance est surtout là pour compenser sa grande solitude. Elle vit dans un immeuble appartenant à la compagnie, avec l’ensemble des autres hôtesses. La caméra ne quitte donc jamais réellement Big Wing. Forcément, en raison de sa manie à se mêler de tout, la jeune femme se met rapidement à dos ses collègues qui sont pour la plupart unidimensionnelles et superficielles. Une seule d’entre elles tire son épingle du jeu, à savoir sa supérieure directe, la douce et toutefois inflexible Egashira Saeko, jouée par Sakai Maki. Celle-ci est discrète et sa relation avec le médecin de l’aéroport est compliquée. La série est très minimaliste concernant ce couple qui n’en est pas vraiment un et il s’agit là d’une réussite tant les deux personnages tentent justement de ne faire aucune vague personnelle ou professionnelle.
Comme souvent, la série est l’occasion de repérer, dans des rôles plus ou moins tertiaires, quelques visages connus tels qu’Endô Yûya (Voice, Shiroi Haru, Nodame Cantabile, Churasan, Yasha) que je vais finir par voir davantage enfant / ado qu’adulte, Toda Keiko (Churasan, Umareru.), Ikewaki Chizuru (l’héroïne du joli film Joze to Tora to Sakanatachi), Aoki Shinsuke (Itazura na Kiss), Jinbo Satoshi (Yasha, Asukô March!, Bloody Monday) ou encore Ishida Ayumi, très connue dans son pays depuis une bonne trentaine d’années.

Si le cadre de la série est celui d’une entreprise quelque peu particulière, à savoir celle d’une compagnie aérienne, cela ne l’empêche pas d’y intégrer un autre genre. Big Wing est effectivement une sorte de comédie romantique légère. Difficile de le nier, là aussi il n’y a pas de matériel conséquent. Kumiko se fait remarquer dès son premier jour par son supérieur principal, Kuriyama Takeshi. Ce dernier est joué par Kashiwabara Takashi (Itazura na Kiss, Hakusen Nagashi, Gotaisetsu, Hachimitsu to Clover, Byakuyakô, Shikei Kijun) qui n’a jamais été aussi charmant que dans cette série. Persuadé que l’arrivée de cette nouvelle recrue est annonciatrice de l’Apocalypse, Kuriyama n’a qu’une envie, celle de la mettre à la porte. Il est freiné dans son élan par la general manager, Hanamura Shôko (Nogiwa Yôko) qui voit en elle une version féminine de Kuriyama lors de son arrivée. Le téléspectateur, devant sa télévision, comprend immédiatement que les deux sont faits l’un pour l’autre. Évidemment, ça ne rate pas. Si Kuriyama passe au début beaucoup de temps à critiquer Kumiko et à la traiter d’idiote, il tombe progressivement sous son charme et devient plus coulant. Kumiko quant à elle, étant obnubilée par son amour pour Big Wing, elle ne se rend compte de rien. Ce duo est rafraîchissant et mignon comme tout. Les deux acteurs possèdent beaucoup d’alchimie et font des étincelles ensemble comme séparément. Autour d’eux tourne le personnage incarné par un Hiromasa Taguchi (JIN, Keitai Sôsakan 7) tout en folie et en surjeu. Que l’on ne s’inquiète pas, il est très drôle à s’imaginer des choses, lui qui est amoureux de Kumiko. Ou de Kuriyama ? Bonne question !

Si l’on accepte les limites de Big Wing et que l’on n’y voie qu’une production calibrée pour du pur divertissement et uniquement cela, elle se laisse agréablement regarder. Il est clair qu’elle est prévisible, répétitive et qu’elle manque de densité scénaristique. Cependant, l’entrain du couple phare et leur alchimie ou encore l’aspect gentillet des intrigues compensent les défauts pour ne pas la rendre ennuyante ou insipide. Cela ne l’empêche tout de même pas de demeurer banale et inoffensive. Ce j-drama est par conséquent largement dispensable à moins de se sentir faible face à Uchida Yuki et/ou Kashiwabara Takashi car de ce côté-là, il s’avère assurément à tester.