Si les vampires de Bon Temps sont actuellement en train de s’amuser sur HBO, il demeure important de ne pas oublier ceux de Mystic Falls que l’on vient de quitter il y a quelques semaines. Place à The Vampire Diaries et à sa troisième saison, composée comme d’habitude de vingt-deux épisodes diffusés entre septembre 2011 et mai 2012 sur The CW. Aucun spoiler.

Malgré sa tendance à s’éparpiller et à ne pas être suffisamment homogène, la saison deux de The Vampire Diaries fut agréable à regarder. Elle avait au moins le mérite de se terminer sur le lancement de l’intrigue principale de la nouvelle et de donner envie d’être présent en septembre 2011. Stefan a donc sombré du côté obscur de la Force, boit de nouveau du sang humain, démembre les corps en bon psychopathe qu’il est redevenu, et suit Klaus comme un toutou. Ou tout du moins, c’est ce qu’il essaye de faire croire à tout le monde depuis deux mois. Techniquement, oui, il massacre tout ce qui bouge possédant un cœur qui bat. En réalité, sa conscience est bel et bien là, mais elle est sacrément enfouie. Un des premiers arcs de la saison concerne dès lors le cadet des Salvatore et la quête des hybrides, les créatures de Klaus. Pour la petite anecdote, un des loups-garous convoités est joué par David Gallagher (7th Heaven). Stefan doit aider son copain l’égocentrique à développer une nouvelle race. Forcément, tout ne se passe pas comme prévu puisque les conditions requises pour multiplier les semblables du vampire-garou ne sont pas toutes présentes. Eh oui, Elena est toujours vivante, cachée à Mystic Falls. Dans la première partie de la saison, une autre intrigue tire la couverture sur elle et est en lien direct avec Jeremy. Comme le season finale de 2011 l’avait déjà montré, il voit le fantôme de ses petites amies depuis qu’il a été ressuscité par Bonnie. Ce don inédit a le mérite de faire revenir certains personnages que l’on avait bien appréciés et qui n’avaient pas beaucoup eu le temps d’être explorés. Cependant, ce n’est pas cette fois que l’on aura tout ce que l’on veut, mais au moins, c’est chouette de retrouver certains visages. Dans le même registre, bien que Jeremy possède désormais une faculté intéressante pour la fine équipe de Mystic Falls, il est peu mis en avant et son potentiel semble loin d’être exploité. Il s’avère toutefois bon de préciser que la nouvelle dynamique entre Matt et lui est excellente d’autant plus qu’elle repose sur des êtres humains sans réel pouvoir. Espérons que la prochaine saison continuera d’approfondir leur amitié plus ou moins virile. Toujours dans la première partie, il est question de Caroline qui tente de montrer à un personnage joué par Jack Coleman (Heroes) qu’elle n’est pas fondamentalement mauvaise, ou encore de Tyler qui… bah, ne fait pas grand-chose. Dans un second temps, Alaric prend le devant de la scène avec une histoire liée à la fameuse bague régénératrice. Si le traitement est parfois laborieux, le moins que l’on puisse dire, c’est que le dénouement se révèle sincèrement émouvant. Ce n’est pas du tout le cas de tout ce qui concerne Bonnie et sa mère dont on se fiche royalement. Bref, en d’autres termes il y a beaucoup de mini-arcs lancés en même temps, certains sont jetés aux oubliettes alors que l’on pensait les voir s’étaler dans le temps (les hybrides, par exemple) et cette année possède en réalité un grand fil rouge qui se dévoile progressivement : les vampires originaux.

Déjà quelque peu amorcée précédemment, l’intrigue sur les vampires créateurs – ceux à l’origine de tous les autres – est davantage exploitée cette année. On découvre leur naissance tragique, avec notamment l’importance prépondérante des liens du sang. La saison est celle de la famille et de l’unité, dont les thématiques reviennent régulièrement titiller certains protagonistes. Si Klaus n’avait pas été particulièrement enthousiasmant jusque-là, il devient bien plus supportable quand bien même Joseph Morgan en fait toujours un peu trop du côté de l’interprétation. Heureusement, pour alléger cela, Klaus est plutôt drôle et ses défauts, comme son aspect grandiloquent et théâtral, sont plus ou moins tournés en dérision. Sa relation atypique et bizarrement décalée avec Caroline est une réussite et mérite d’ailleurs quelques scènes supplémentaires. Elijah, quant à lui, étant retourné dans un cercueil, il n’est pas disponible immédiatement et se montre malheureusement assez peu présent au fil des épisodes. Cela ne l’empêche pas d’être aussi ambigu et difficile à cerner. D’autres Originaux sont dès lors découverts. Honnêtement, sur les six que l’on connaît progressivement, peu tirent leur épingle du jeu. Parmi les nouveaux, Rebekah, incarnée par Claire Holt, est probablement la plus intéressante. Enfermée durant de nombreuses décennies, elle a passé des siècles à fuir et n’a jamais eu de véritable vie. Maintenant qu’elle a une existence légèrement plus stable, elle prend le temps de se poser et de profiter de certains bienfaits humains. Elle en devient assez attachante. Ce n’est pas du tout le cas de Kol qui, en plus d’être interprété comme un pied par Nathaniel Buzolic, n’apporte rien. Finn (Casper Zafer) a au moins le mérite de ne pas irriter et de faire venir la charmante Cassidy Freeman (Smallville) en tant que Sage, une délicieuse créature capable d’attendre neuf cents ans l’homme qu’elle aime. Pour chapeauter tout ça, le second quart de la saison fait la part belle à un chasseur de vampires porté par le toujours aussi plaisant Sebastian Roché (Supernatural), mais qui, encore une fois, est rapidement expédié. Quoi qu’il en soit, la totalité de la saison est dédiée à l’éradication – ou plutôt, à la tentative d’éradication – des vampires originaux. Les opportunités sont présentes si ce n’est qu’évidemment, Elena et ses amis sont confrontés à de nombreux obstacles. Malheureusement, malgré de bons éléments, cet arc est un peu approximatif et brouillon et aurait gagné à être raccourci. Il laisse également un léger arrière-goût de trop peu, car il ne réussit pas pleinement à tirer parti de son potentiel tant seuls deux Originaux sont réellement fouillés.

Parmi tout ce méli-mélo d’histoires subsiste une phagocytant The Vampire Diaries depuis presque ses premiers pas. Il s’agit bien sûr du triangle amoureux. Elena est désespérée de voir Stefan devenir méchant et cruel. Damon traînant dans les parages et étant en plus gentil et attentif comme il faut, elle commence à avoir du mal à démêler ses sentiments. Il est dommage que ce triangle tourne autant en rond durant la totalité de ces aventures inédites. La saison tente de faire plaisir aux shippers, qu’ils soient plus versés sur le Elena/Stefan ou vers le Elena/Damon. Les deux hypothétiques couples ont leurs qualités comme leurs défauts et les épisodes possèdent quelques jolies scènes leur étant dédiées. En résumé, les scénaristes semblent ne pas savoir se décider. Cela dit, si la jeune femme fait son choix dans le season finale, il lui en aura nécessité du temps pour y arriver et elle a perdu de la sympathie au passage. En raison de l’excellent cliffhanger, il paraît évident que rien n’est en plus acquis. À ce sujet, la seconde moitié de l’ultime épisode est parfaitement gérée et donne encore une fois envie de se projeter en septembre pour découvrir la suite. Une chose est certaine, Elena ne pourra plus vivre comme autrefois et il devrait y avoir un important renouvellement des dynamiques en place. Bien que le trio soit un peu usant, les deux vampires sont nettement plus avenants que l’année passée. Stefan devient drôle avec son côté désabusé qui se fiche de tout ; Damon laisse tomber ses jérémiades sur le fait qu’il faut absolument oublier sa partie humaine, et est toujours présent pour des répliques d’enfer. En développant leur relation, la saison gagne également en intérêt et en justesse. Bon, en revanche il convient encore de composer avec les yeux écarquillés d’Ian Somerhalder.

Pour faire simple, à l’instar de la dernière saison – le constat étant peut-être même ici davantage véridique –, celle-ci est un fouillis incommensurable. Les épisodes s’éparpillent beaucoup trop afin de garder un rythme effréné. Bien sûr, on apprécie que l’intrigue ne fasse pas du surplace et que l’ennui ne pointe pas le bout de son nez, mais parfois, on aimerait que la série n’hésite pas à se poser et à se stabiliser. C’est d’autant plus clair que les obstacles, twists et maints éléments du genre sont présents à un niveau assez incroyable. Alors que l’on voit en venir un, il y en a en fait un autre par derrière, puis encore un pour la route ! Oui, c’est amusant, mais quelque peu exagéré. Le résultat en devient au final presque risible. Néanmoins, tous ces retournements de situation permettent à la totalité des protagonistes d’évoluer et de renouveler constamment le scénario. En ça, The Vampire Diaries est perpétuellement rafraîchissante.

En définitive, bien qu’encore une fois cette troisième saison n’évite pas les mêmes écueils que la seconde, elle demeure on ne peut plus divertissante et relativement agréable à suivre. La série devrait toutefois essayer de ralentir les rebondissements et de recentrer son intrigue parce que l’ensemble manque de solidité et d’homogénéité. Cela ne sert à rien de lancer des idées dans tous les sens et de donner l’eau à la bouche si ce n’est pour aller au bout de quoi que ce soit. Ne boudons pas notre plaisir, car les cliffhangers sont très bien maîtrisés et illustrent la grande inventivité générale. Évidemment, certains personnages paraissent dispensables, mais les scénaristes ont globalement réussi à les rendre supportables ou à diminuer leur temps de présence à l’antenne. Si le triangle amoureux commence à sérieusement montrer des signes d’usure, il est clair qu’avec le cliffhanger de fin de saison, toutes les cartes seront redistribuées, et The Vampire Diaries devrait alors repartir sur de nouvelles bases plutôt stimulantes. Espérons cette fois-ci que la série saura capitaliser son potentiel et devenir plus aboutie.