Alors que la fin de Skins est communiquée depuis quelques mois – la série revenant à l’antenne pour une septième et dernière saison très spéciale –, la sixième a mis un point plus ou moins définitif à la troisième génération. Composée de dix épisodes, elle fut diffusée entre janvier et mars 2012 sur E4. La suite s’annonce donc assez particulière, car la future saison sept comportera trois téléfilms eux-mêmes divisés en six parties. Il devrait s’agir d’une sorte d’épilogue commémoratif, les anciens personnages croiseraient ainsi les nouveaux. Pour le moment, peu d’informations concrètes circulent à ce sujet. Aucun spoiler.

Malgré les audiences en érosion et les critiques assez négatives à l’encontre de la saison cinq, j’ai beaucoup apprécié l’arrivée de cette troisième version d’adolescents presque adultes. Plus posée et moins dans la surenchère, elle a aisément su s’installer en dépit de quelques lacunes de-ci de-là. Bizarrement, c’est moyennement motivée que j’ai pourtant repris le chemin de Bristol, ayant peut-être peur de ne pas être satisfaite. Le premier épisode de cette nouvelle saison balaye très rapidement les craintes tant il est rythmé, drôle, fun et immerge le téléspectateur dans l’ambiance en deux secondes. C’est avec plaisir que l’on retrouve cette bande d’amis, car c’est bien ce qu’elle est devenue au fil des épisodes. Et si tous ne sont pas intéressants ou particulièrement attachants, il en ressort une bonne humeur et une impression de cohésion. Pour ce retour, l’intrigue est déplacée au Maroc et le cadre permet d’offrir un peu d’exotisme avant de remettre les pieds en Angleterre, dans la grisaille, où la morosité est de vigueur en raison d’un évènement tragique s’abattant sur les jeunes. Dès son arrivée à l’antenne, Skins a injecté un drame dans chaque génération. Pour la première, il y a eu le traumatisme crânien de Tony, mais surtout la mort de Chris, dans la seconde ce fut le massacre de Freddie et ici, ça ne rate pas. Cette année, on évite le ridicule de la saison quatre et ce qui s’y passe est tristement plausible. La bonne idée est de le mettre en place dès le début de manière à montrer le cheminement des protagonistes, eux qui tentent de reprendre le cours de leur vie ou qui, au contraire, préfèrent se laisser plonger. Sans grande surprise, le fil rouge est par conséquent celui du deuil. Deuil revêtant de nombreuses formes comme celui d’un proche disparu, d’une amitié s’étant brisée en mille morceaux, d’un amour volé en éclats, etc. Le gang subit dès lors de multiples difficultés et communique maladroitement, certaines dynamiques étant totalement bouleversées. Les voir aussi blessés fait mal, surtout lorsque certains d’entre eux se lancent dans des relations toxiques. À l’instar des générations passées, l’idée principale est de laisser les personnages faire des erreurs pour mieux apprendre, de manière à ce qu’ils puissent prendre leur envol. La fin est d’ailleurs bizarrement optimiste, voire un tant soit peu malvenue pour la toute dernière scène, celle avec Franky.

 

Qualitativement, le seul épisode nettement en dessous des autres est le second, celui sur Rich. Le protagoniste était probablement à l’origine du meilleur lors de la saison précédente, mais ici, ce n’est malheureusement pas le cas. Ce n’est pas tant que Rich ne soit pas intéressant ou attachant, c’est même tout le contraire. Non, c’est parce que l’épisode est bien trop maladroit, car on réalise dès le départ ce qui s’y déroule réellement, que tout n’y est pas particulièrement vrai, mais tout comme le métalleux plus si chevelu que ça, on ne veut guère le croire. La fin rattrape heureusement le tout, avec cette magnifique scène sur les escaliers. Sinon, tous les autres chapitres sont franchement sympathiques, voire extrêmement enthousiasmants. Le meilleur est peut-être le 6×04, sur Franky, qui aborde sans demi-mesure la violence dans un couple et qui met très mal à l’aise tant certains passages sont crus et osés. Le personnage de Luke fait d’ailleurs froid dans le dos et ce phénomène est amplifié par le regard dérangeant de son acteur. Ce qu’il y a de quelque peu décevant, c’est justement l’écriture de Franky. Difficile de blâmer l’interprétation de Dakota Blue Richards tellement elle y fait preuve d’un sacré magnétisme, mais son héroïne est par moments assez agaçante, elle qui avait tout pour fasciner par son originalité jusque-là. Sa caractérisation est assez surprenante tant la Franky de cette saison est différente de la précédente. La voir jouer ainsi avec certains, devenir aussi égocentrique et devoir subir ce triangle romantique bancal ne fait pas plaisir. Et en plus, tout cela dure trop longuement. Pourtant, il y avait moyen de composer une jolie histoire avec celui qui tombe un peu comme un cheveu sur la soupe. En d’autres termes, ce qui dessert la jeune femme est qu’elle passe beaucoup de temps à papillonner, et si ses doutes et convictions quant à une relation amoureuse peuvent résonner avec ceux du téléspectateur, ils finissent par la rendre presque antipathique. Il en va de même concernant sa quête identitaire et ses névroses qui tirent en longueur. Elle méritait mieux. Ce n’est pas non plus la fin avec Mini et cette petite virée qui la feront remonter en selle. En dépit d’un personnage abouti, on ne peut qu’y voir comme un gâchis. La saison marque autrement l’arrivée d’un nouveau membre, Alex. À première vue agréable, il déçoit un peu parce qu’il préfère passer plus de temps à s’amuser qu’à réellement prendre en considération certains de ses amis comme Liv. Quoi qu’il en soit, il se déroule de nombreux évènements et si certains sont plus pertinents que d’autres, ils demeurent globalement bien mis en scène et écrits avec une certaine finesse, bien qu’on puisse parfois espérer davantage de profondeur comme celui concernant le petit problème de légalité d’Alo. Une chose est toutefois sûre, c’est qu’on ne ressent que davantage les limites du format de Skins au fil des épisodes.

 

Une des particularités de la série a toujours été de dédier un épisode à un personnage en particulier. On le suit donc au cours de ses pérégrinations, ne voyant que ce qui lui arrive à travers ses yeux. Si cette pratique a eu ses faiblesses, elle a vraiment montré cette année qu’elle pouvait diminuer l’impact d’une histoire. Effectivement, c’est la première fois où l’on ressent vraiment un manque ; il s’avère trop fréquent que certains personnages soient totalement occultés durant de nombreux épisodes. Rich, par exemple, devra attendre très longtemps après la fin de son intrigue avant d’avoir un matériel conséquent. Et encore, il se limite généralement à quelques séquences bienvenues, mais peut-être trop minimes. On peut y voir une métaphore de sa solitude, lui qui se retrouve seul, car les autres le fuient consciemment ou non, mais cette explication n’est pas suffisante. Des protagonistes sont bien trop sur le devant de la scène, tandis que d’autres demeurent dans l’ombre. La saison a tendance à privilégier la vision féminine, les garçons étant plus mis sur la touche. L’ensemble se révèle alors peu homogène et pas suffisamment approfondi. Cependant, que l’on ne s’y trompe pas, on se plaît toujours autant à suivre les aventures de ces jeunes. Leurs doutes sont encore une fois parfaitement dessinés, et s’ils passent par de nombreux bas, ils forment un sympathique groupe d’amis quelque peu atypique, mais qui, justement, gagne en authenticité. À noter que les comportements extrêmes sont davantage prégnants que lors de la saison cinq, ce qui devrait faire plaisir à ceux qui trouvaient la génération trop sage. Ajoutons-y la jolie réalisation, la belle photographie, la fantastique bande-son et le côté mélancoliquement désabusé, et sans aucun doute, la recette Skins fonctionne toujours aussi bien.

Au final, la sixième saison de Skins conclut ainsi les aventures de Franky et des autres à l’écran. Si les épisodes souffrent d’un isolement un peu trop présent en raison des contraintes du format, ils se révèlent dans l’ensemble convenables parce qu’ils ne manquent pas de rythme et n’hésitent pas à plonger en profondeur dans les blessures de l’âme de ces adolescents. Après un début très réussi, il est dommage que la saison finisse un peu par s’enliser avec un triangle amoureux assez dispensable et peu satisfaisant. Néanmoins, il en ressort un sentiment positif grâce à une ambiance particulière et toujours aussi hypnotique, des personnages relativement charmants, et une capacité à mettre en scène avec un certain brio cette tranche de la population qui ne tend qu’à se construire. Bien que je doute qu’il s’agisse d’une opinion partagée, ce fut sans conteste ma génération préférée, car en plus d’être équilibrée, elle a su apporter une touche plus adulte en gardant son essence fantaisiste. Croisons les doigts pour que la saison sept ne vienne pas tout gâcher.