Deux années de plus ! C’est en effet le cadeau (empoisonné ?) qu’a reçu récemment Grey’s Anatomy, la série ayant théoriquement le droit d’aller au moins jusqu’à sa dixième saison. En tout cas, la distribution originale a signé pour deux ans supplémentaires. Avant cela, il serait bon de s’attarder sur celle qui vient de se terminer, la huitième. Composée de vingt-quatre épisodes, dont un double pour le season premiere, elle fut diffusée sur ABC entre septembre 2011 et mai 2012. Aucun spoiler.

Compte tenu de la médiocre précédente saison, c’est moyennement motivée que j’ai commencé celle-ci. Le season premiere reprend très peu de temps avant le dernier season finale. Il replace le cadre, mais peine à se révéler enthousiasmant en raison de nombreuses périodes de flottement et d’une grande catastrophe sortie de nulle part. Heureusement, la suite réussit à se dépêtrer de ce mauvais pas, car les aventures lui succédant sont très sympathiques à regarder. Et à vrai dire, à part quelques-unes moins divertissantes que d’autres, la saison demeure relativement homogène. La septième année était celle des bébés et montrait notamment Cristina et Meredith au pied du mur. Ce n’est pas étonnant que cette nouvelle salve d’épisodes utilise de nouveau cette thématique. Cristina est enceinte et souhaite avorter, ce qu’Owen ne désire pas. De l’autre côté, Meredith et Derek décident d’adopter une orpheline, Zola, mais leur mariage implose suite aux falsifications de la chirurgienne dans l’essai clinique de son époux. Les deux couples sont donc sur la brèche et doivent se modérer s’ils ne veulent pas péricliter. Contre toute attente, et alors que Derek était devenu tout simplement insupportable depuis quelques années, Meredith et lui s’en tirent relativement bien au cours de l’année. Capables de faire des concessions, agissant comme de véritables adultes et amoureux, ils mettent tout en œuvre pour surmonter les obstacles. Cette union se révèle solide et si ce revirement est un tant soit peu rapide, le public remercie les scénaristes de passer à autre chose et de laisser respirer ces deux personnages. Ce duo est effectivement cette année un élément quasi inébranlable parvenant systématiquement à s’en sortir. En revanche, ce sont Cristina et Owen qui vivent des moments très sombres et, là encore, l’écriture des épisodes souffre parfois de quelques longueurs et maladresses, mais l’interprétation et l’alchimie de Sandra Oh et Kevin McKidd transcendent ce que l’on découvre à l’écran. Cristina et Owen traversent leur plus grave crise dont Teddy et sa triste perte ne sont que la goutte d’eau. Lorsqu’on les croit tirés d’affaire, c’est pour mieux couler à nouveau. Les deux font mal à voir et prouvent que l’on peut s’aimer sans pour autant pouvoir construire quelque chose ensemble. Owen est d’ailleurs devenu une valeur sûre de la série et y est diablement charmant. À côté de ça, la dynamique entre Cristina et Meredith n’a jamais été aussi joliment explorée, elles qui sont liées envers et contre tout, mais qui doivent également penser à celui qui partage leur vie. En d’autres termes, ce double duo est à l’origine de multiples rebondissements et de très agréables moments.

Fondamentalement, la saison est assez routinière et souffre peut-être d’un côté mécanique. Il faut dire que Grey’s Anatomy a déjà huit longues années au compteur et, mine de rien, on commence quelque peu à tourner en rond. Les cas médicaux ne sont pas particulièrement mémorables et lorsqu’il y a moyen de les exploiter un minimum comme avec cette fille jouée par Vanessa Marano (Gilmore Girls, Without a Trace, Dexter), kidnappée il y a de nombreuses années, il ne se passe rien. En somme, ces intrigues peuvent donc être presque frustrantes. Quelques invités viennent plus ou moins longtemps tels que Danny Strong (Buffy the Vampire Slayer), Alfre Woodard (Desperate Housewives), Summer Glau (Firefly, Terminator: The Sarah Connor Chronicles, The Cape) ou James LeGros (Ally McBeal). Les épisodes ont surtout tendance à se focaliser sur les liens entre les protagonistes, ce qui devrait faire plaisir à ceux qui sont davantage avides de ce pan de la série. Et, de manière opposée aux années précédentes, on ne peut pas dire que certains arcs soient irritants. C’est même tout le contraire. Par exemple, Callie, Arizona et Mark étaient devenus insupportables avec leur bébé et au cours de cette année, ils sont drôles et attachants. Callie et Arizona forment un couple pétillant pour qui tout va bien et qui poursuit son chemin. Mark, de son côté, s’insère parfaitement dans cette relation et essaye de se construire sa petite existence. Dans un registre plus ou moins identique, Bailey a plus de temps d’antenne et si sa romance avec l’anesthésiste paraît parfois légèrement forcée, elle amène le personnage à se dérider et à injecter un soupçon d’humour. Concernant les autres médecins, Lexie est assez peu présente en début de saison, ce qui est dommage, mais elle finit par se rattraper vers la fin et prouve encore une fois qu’elle est très lumineuse et sympathique. En accusant Meredith, Alex s’est immédiatement mis tout le monde à dos, mais il remonte rapidement en selle et continue d’attester qu’il est loin d’être aussi insensible qu’à première vue. Son évolution est vraiment jolie et le fait qu’il s’entende si bien avec Arizona, en pédiatrie, procure du plaisir. Quant à April et Avery, ils étaient plutôt fades jusque-là et parviennent à prendre leurs marques pour s’avérer autant agréables que leurs collègues. La dynamique entre Avery et Mark est, d’ailleurs, une des réussites de l’année, car elle est drôle et légère. Même Webber devient chouette, lui qui laisse de côté certaines de ses fonctions et qui montre une grande joie à naviguer parmi ses comparses en n’hésitant pas à diriger, l’air de rien, ceux qui ont besoin d’un conseil, à les taquiner ou à lancer quelques répliques croustillantes. C’est lui la révélation de cette saison ! Si son intrigue avec sa femme souffrant d’Alzheimer a toujours le don de m’embêter (déformation professionnelle oblige), elle est plus tolérable que lors du cru 2010/2011. Quoi qu’il en soit, bien que certains protagonistes soient un peu plus absents que d’autres, aucun n’est désagréable sur du long terme. On se plaît vraiment à les suivre et l’on retrouve une unicité qui n’avait pas été présente depuis bien trop longtemps. C’est peut-être en partie parce que les résidents réalisent qu’ils s’apprêtent à passer une épreuve difficile orientant leur carrière future qu’ils sont aussi posés et, au final, adultes.

Dernière étape avant d’être titulaires, les médecins doivent effectivement sortir vainqueurs d’un concours avec un taux de réussite assez faible. Chaque jour obligés d’étudier tout en continuant de sauver des vies, ils savent qu’il faut tout donner, en espérant également qu’un hôpital voudra bien d’eux. Pour parvenir à leur but, ils décident de se serrer les coudes et bûchent ensemble. Les titulaires, quant à eux, n’ont aucune envie de voir leurs poulains s’envoler sous d’autres cieux et font ce qu’ils peuvent pour les garder… L’excellente idée de la saison, c’est de déplacer le cadre à San Francisco le temps de quelques épisodes. Quitter l’établissement injecte un grand coup de frais et permet de revitaliser la série qui a tout de même tendance à ronronner. On en revient effectivement à un point évoqué plus haut, cette année possède un rythme tranquille et ralentit les évolutions. En la regardant sur une période assez courte et non pas lors de sa diffusion, l’appréciation est probablement différente. C’était pour ma part la première fois que je suivais Grey’s Anatomy après qu’elle ait fini sa course, et je suis persuadée que je n’aurais pas été aussi charmée si j’avais repris le mode de fonctionnement étasunien. De cette manière, quand bien même l’histoire avance peu d’un épisode sur l’autre, on subit moins cette stagnation parce que l’on enchaîne assez rapidement. L’humour est également un grand revenant et procure un bien fou, car si l’ambiance est souvent allégée, elle ne perd aucunement en intensité quand cela est crucial. C’est même plutôt l’inverse. Dans les moments plus atypiques, on oubliera le très mauvais et dispensable 8×13, If/Then, qui emploie le fameux et si… qui, en plus de couper l’année dans son élan, n’évite pas la caricature. Le traditionnel crossover avec Private Practice est, comme d’habitude, raté. (Et je dois avouer être ravie de ne plus visionner cette petite sœur bancale et clichée.) Quid du final ? Il faut tout simplement que Shonda Rimes arrête de croire qu’il s’avère nécessaire de fabriquer de toutes pièces des évènements sortant de l’ordinaire, surtout si l’émotion n’est pas aussi palpable qu’elle devrait l’être. Il ne parait pas possible de réitérer l’épilogue de la saison six ad vitam æternam.

En conclusion, la saison huit de Grey’s Anatomy possède un rythme très tranquille, trop peut-être parfois, car elle souffre de quelques périodes de relâchements. Cependant, elle demeure dans l’ensemble convaincante. Avec ses personnages attachants et cette volonté de travailler les dynamiques les liant, elle choisit de mettre quelque peu en retrait les cas médicaux. Bien que des rebondissements dramatiques soient toujours présents, l’humour revient en force et permet à ces épisodes d’obtenir le parfait mélange, chose qui n’arrivait que de manière bien trop sporadique ces derniers temps. En fait, la série donne vraiment l’impression de retrouver une bonne partie de son atmosphère et de son identité d’antan, ce qui fait éminemment plaisir, et elle n’hésite pas ici à y insuffler une tonalité plus adulte. Espérons maintenant que la suite ne retombe pas dans les travers passés.