Comme le fantastique n’est pas monnaie courante parmi les séries télévisées japonaises, on peut avoir tendance à tester un peu tout ce qui nous tombe sous la main quand on aime le genre, même si cela nous tente moyennement. C’est dans ces conditions assez particulières que Tôkyô Ghost Trip a atterri dernièrement sur mon écran. Comme souvent, à l’origine il y a un manga et dans ce cas précis, un boy’s love de sept tomes écrits par Hashiba Maki entre 2005 et 2008. Ne l’ayant pas lu, je ne pourrai pas émettre de comparaison. À noter qu’il n’est pas disponible en France. La série fut quant à elle diffusée entre avril et juin 2008 sur Tôkyô MX. Elle comporte treize épisodes de 23 minutes. Aucun spoiler.

Setsu et Sôwa appartiennent à la famille Inui, descendante des itako, les fameux shamans ayant supposément la possibilité de communiquer avec les esprits de l’au-delà. Suite à certaines circonstances, ils se retrouvent obligés de reprendre l’affaire familiale et sont aidés par leur grand frère, Kai, prêtre catholique.

Tôkyô Ghost Trip est certes rangé dans les boy’s love en raison de son magazine de prépublication mais il ne semblerait pas que le manga comporte les scènes habituelles au genre. Il serait apparemment davantage à rapprocher du shônen-ai. En tout cas, dans le j-drama il n’y aucune connotation homosexuelle ou même sexuelle et les relations ne sont pas ambiguës pour un sou. Instinctivement, on rapproche ce renzoku de RH Plus car là aussi, à l’origine c’est un boys’s love probablement assez aseptisé par rapport à l’œuvre d’origine. Pour la petite anecdote, Tôkyô Ghost Trip reprend justement le créneau horaire de RH Plus. La comparaison ne donne pas envie, nous sommes d’accord, mais cela ne veut pas dire que ces histoires de fantômes sont moins bien mises en scène que celles des vampires. Bon, en réalité les défauts entre les deux séries sont globalement les mêmes mais l’une s’en sort mieux que l’autre. Ouf.

Les frères Inui vivent tous les trois dans un petit studio et passent leur temps à invoquer des esprits afin de permettre à l’entourage de faire son deuil. Kai, incarné par Kiriyama Renn, est le plus posé d’entre eux et tente de mener ce qu’il juge comme une importante mission. Puisque ses deux petits frères ont un poil dans la main, il est perpétuellement obligé de les manipuler afin d’obtenir leur participation car contrairement à eux, il ne possède pas de réel pouvoir. Honnêtement, on a un peu de mal à croire que Kai soit plus âgé que les deux zigotos car il est beaucoup plus petit mais surtout, il fait bien plus jeune. Qu’importe, ce n’est pas trop grave. Setsu et Sôwa, respectivement joués par Juri et ses jambes de deux mètres de long et Yagami Ren, sont obsédés par la viande et passent le plus clair de leur temps à rêver d’en manger. Enfin non, l’autre partie de leurs journées, ils posent et se la racontent l’air de rien. La viande devient en fait un running gag car elle est constamment au centre de tous propos, dans tous les épisodes. Les frères fonctionnent à condition d’être assurés de pouvoir en dévorer. Tandis que l’un veut du sukiyaki, l’autre pense au yakiniku. En bref, il faut du rouge ! Problème, ils se font à chaque fois rouler dans la farine car leur travail ne leur rapporte pas d’argent. Kai s’amuse d’eux pour la bonne cause et eux, ils n’apprennent pas de leurs erreurs. Si ce côté répétitif pourrait se révéler particulièrement irritant ou monotone, ce n’est pas réellement le cas car les deux personnages sont sympathiques comme tout et possèdent une certaine alchimie à défaut d’avoir une véritable personnalité. Dans le même registre d’idées, les épisodes se suffisent à eux-même et sont tous formés dans le même moule car il n’y a qu’un cas par épisode. Ils pourraient être regardés dans le désordre qu’on ne le remarquerait pas. La fine équipe rencontre quelqu’un dans le besoin, ses membres convoquent les fantômes, tirent profit de leurs pouvoirs psychiques, attendent la viande qui ne vient pas et… c’est tout. Leurs enquêtes paranormales ne sont pas transcendantes et sont agrémentées de bons sentiments typiques de ce genre de production. C’est l’occasion de voir plusieurs invités comme Miura Ryôsuke, Nasubi (Densha Otoko, Atashinchi no Danshi) et Yuge Tomohisa (H2). Cela dit, la série essaye de faire preuve d’une certaine ambition car elle instaure un fil rouge anémique. Effet totalement raté puisqu’il ne rime vraiment à rien si ce n’est à faire ricaner le téléspectateur devant autant d’amateurisme.

 

Chaque épisode se termine sur un homme habillé en noir donnant l’impression de manigancer dans son coin et avec un compte à rebours affichant son décompte. Il ne manque plus que le rire narquois et la contre-plongée. Ah mais non, attendez, on a aussi le droit à ça ! De plus, histoire de faire monter la pression, le méchant prend sa voix grave et lance quelques phrases cryptiques. Sauf qu’une fois qu’il se fait connaître des personnages, il se révèle un véritable pétard mouillé. Le gang n’a aucun mal à le battre, on se fiche royalement de ce qu’il apporte et on pourrait se sentir floué si l’on espérait plus que du divertissement de bas-étage. Les quelques autres personnages gravitant autour des frères comme le cousin, l’esprit dans-le-coma-mais-parmi-nous ou les employés du bar n’apportent pas non plus grand-chose à l’intrigue. En outre, l’interprétation est moyenne dans son ensemble. Pour faire simple, on ne sait rien de tout ce monde. À vrai dire, tout dans Tôkyô Ghost Trip est superficiel. Les histoires sont survolées, les protagonistes n’ont le droit à aucun réel développement et lorsqu’il y a une volonté d’en dire un peu plus comme avec Setsu, ça ne vole jamais très haut. Il y aurait eu moyen d’approfondir les pouvoirs des Inui, la relation fusionnelle des frères, le rôle de ces itako et de pousser le domaine du surnaturel mais à l’instar d’un RH Plus qui n’utilise que peu le cadre des vampires, ce j-drama emploie quelques ficelles fantastiques histoire d’être un peu moins creux. C’est tout, ce n’est pas la peine de chercher plus loin que ça.

La série date de 2008 et fait quand même datée avec une réalisation assez kitsch et voulant s’offrir une tonalité plutôt moderne grâce à des musiques parfois rock lors de quelques scènes de combat. À ce sujet, si l’on se montre très bon public, ceux-ci sont plutôt sympathiques car rythmés. Tout transpire le petit budget comme les effets spéciaux à mourir de rire si ce n’est qu’en raison de l’ambiance légère et de l’absence totale d’enjeux et d’implication, on ne se focalise aucunement là-dessus. C’est en partie pour ce côté décomplexé que l’on passe outre l’écriture confuse et la mise en scène peu élaborée. La chansons du générique, Jonetsu My Soul par surface, et surtout celle de fin, Pray de little by little, sont franchement agréables sinon.

 

En conclusion, Tôkyô Ghost Trip semble parfaitement coller à cette case horaire de Tôkyô MX. Il y est question de jeunes garçons plutôt pas vilains sachant se battre et n’hésitant pas à utiliser les fantômes pour soulager des personnes endeuillées. Le tout se fait sans aucune prétention, dans un registre de comédie assez décalée en évitant d’approfondir le sujet car le but est probablement d’en mettre plein la vue aux jeunes filles en fleurs. L’ensemble, assimilable à un banal formula show, n’est pas foncièrement mauvais, il est juste ridiculement drôle et franchement dispensable.