Sengoku Jieitai ~ Sekigahara no Tatakai (2006) | 戦国自衛隊 ~ 関ヶ原の戦い

Par , le 21 août 2012

Minakata Jin ne fut pas le premier homme du XXIè siècle à se rendre dans le passé japonais. Avant lui il y a eu Iba Akiyoshi et son unité armée dont le voyage particulier a été raconté dans Sengoku Jieitai. En fait, à la base il y a le roman de Hanmura Ryô qui fut d’abord adapté dans un film en 1979 par Saitô Kôsei et où Chiba Shinichi avait le rôle-titre. Il est disponible en DVD en France sous le titre Les Guerriers de l’Apocalypse. Ce film fut suivi en 2005 par un remake, Sengoku Jieitai 1549, avec notamment Eguchi Yôsuke et Ayase Haruka, mais aussi par un manga de deux tomes dessiné par Ark Performance et écrit par Fukui Harutoshi. Et c’est en 2006 qu’est apparue la série télévisée comportant un sous-titre, Sekigara no Tatakai soit la bataille de Sekigahara, pour mieux la différencier. C’est d’elle dont nous allons parler aujourd’hui. Sengoku Jieitai est donc ici un tanpatsu de deux épisodes diffusés les 31 janvier et 7 février 2006 sur NTV. Ils durent une heure chacun. Il n’est pas nécessaire d’avoir vu auparavant les deux autres films ou lu le manga car il s’agit tout simplement d’une autre adaptation plus ou moins libre du roman. Aucun spoiler.

Alors qu’elle est en train d’effectuer quelques entraînements, une unité de forces japonaises d’autodéfense menée par Iba Akioshi se retrouve propulsée dans le passé. Munis de jeeps, de motos, de tanks, d’un hélicoptère et de multiples armes, ces soldats arrivent dans le Japon du XVIè siècle alors qu’une bataille décisive pour l’avenir de leur pays s’annonce.

 

Sengoku Jieitai est en fait une sorte de jeu de mots puisque cette faction armée atterrit dans le sengoku jidai, autrement dit l’âge des provinces en guerre, et jieitai signifie quant à lui forces d’autodéfense. La série ne se perd pas dans les explications car elle envoie immédiatement tous ses personnages à la période Sengoku, à l’aube de la période Edo. On ne sait pas pourquoi et on ne l’apprendra jamais au cours des épisodes. On voit juste une faille spatio-temporelle les aspirer et les transporter à plusieurs kilomètres de là. Alors qu’ils avaient en face d’eux le mont Fuji, ils ne sont plus très loin d’Ôsaka, aux alentours du lac Biwa. Au départ, ces militaires sont perdus et ne comprennent pas ce qui leur arrive, croyant à une drôle de farce. Ce n’est que lorsqu’ils survolent les environs et que leurs ancêtres, en pleine guerre civile, se mettent à les tuer qu’ils réalisent la triste situation. Ils ne pensent guère à leur retour et attendent comme de bons petits soldats qu’ils sont. L’unité est dirigée par Iba Akioshi, incarné par Sorimachi Takashi (Good Life). Il décide de ne pas prendre part à la période trouble dans laquelle ils viennent de pénétrer et de laisser les principaux acteurs agir comme ils sont supposés le faire. Toutefois, ces autochtones, bien curieux de voir des oiseaux de fer et des chars étranges, désirent tirer parti de cette situation particulière et essayent par tous les moyens d’attirer leurs descendants dans leurs filets. En fait, Iba et ses hommes sont à quelques jours près de la fameuse bataille de Sekigahara, celle-là même qui a vu Tokugawa Ieyasu remporter la victoire et débuter le long shogunat qui porte son nom. Pour peu que l’on connaisse un minimum l’histoire japonaise, on a forcément au moins entendu parler de sa chute, d’ailleurs en partie racontée dans JIN, autre série sur le voyage dans le temps. Ici, ce sont donc ses débuts vacillants qui sont le centre du propos. À ce moment, les seigneurs de différents rangs se font continuellement la guerre et la vie est loin d’être reposante. L’unité arrive par conséquent en plein évènement décisif de l’histoire du Japon. Dans ce genre de production, les personnages craignent généralement de changer le cours du temps et n’osent plus faire grand-chose. Ici, pas du tout. Si quelques soldats évoquent la possibilité de voir leur existence ou celle de leur entourage disparaître, la caméra ne se focalise pas là-dessus. C’est même tout le contraire car Shimamura Takuya, joué par Watabe Atsuro (Byakuyakô), ne reste pas passif et souhaite réécrire l’histoire. Pourquoi ? Bonne question. Il veut apparemment marquer sa présence et inscrire son nom dans les livres. Probablement jugé comme charismatique par certains de ses congénères, la bonne moitié de l’unité armée lui reste fidèle et se lance dans la guerre. Oui, tout cela est foncièrement idiot. On ne comprend pas du tout les motivations de ce Shimamura qui passe juste pour un fou. Il pense assassiner Tokugawa Ieyasu et évincer son principal ennemi, Mitsunari Ishida, porté par Takenaka Naoto (Nodame Cantabile, Water Boys, H2), en se faisant passer pour lui. En y réfléchissant, il est difficile de savoir ce que les scénaristes ont voulu inspirer car personne n’a tort dans cette série, même pas Shimamura. Et surtout, que retenir de cette fin particulièrement ubuesque ? Elle a au moins le mérite de laisser circonspect. On pourrait au final y retenir un antimilitarisme ambiant mais ce serait probablement vouloir trop intellectualiser la série. Quoi qu’il en soit, si le premier épisode est plus la période d’une exposition très sommaire du cadre et fait preuve de nombreuses libertés avec l’Histoire, le second est celui des combats. Bien que les soldats parlent des minutions qui pourraient leur manquer, elles semblent pourtant être présentes en abondance puisque l’armée parcoure les environs, mitraille à tout va et ne paraît nullement angoissée quant à son futur.

   

Comment dire… l’idée de base est vraiment originale et attirante. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai eu envie de regarder ce tanpatsu. Malheureusement, l’ensemble est tellement simpliste, mal écrit, bourré d’incohérences et fondamentalement stupide que l’on finit par s’agacer sérieusement devant ces deux épisodes. Le format est peu judicieux car comme souvent dans ce genre de situation, il aurait été préférable de diviser en quatre parties d’une heure et non pas deux de deux heures. Le rythme est effectivement plus que vacillant et si en plus les multiples défauts viennent parasiter tout le reste, on ne s’en sort plus. Le premier problème est le scénario très confus où rien n’est expliqué et où tous les personnages contemporains se ressemblent. L’unité est effectivement composée de nombreux soldats qui n’enlèvent que rarement leur casque. Il est très difficile de les reconnaître d’autant plus qu’ils ne possèdent pas de caractérisation propre. Une fois qu’une bonne partie a été tuée, c’est plus aisé car l’histoire s’attarde un tant soit peu sur eux, en leur ajoutant des interactions niaises et caricaturales avec les habitants des environs. On pourra notamment y reconnaître Ikeuchi Hiroyuki et Nakamura Shunsuke (Zettai Kareshi) en tant que soldats et Iwasa Mayuko (TROUBLEMAN, Hanazakari no Kimitachi e) comme une des habitantes. Le point positif est d’avoir inclus deux femmes dans les militaires mais elles n’ont évidemment pas une teneur plus dense que leurs congénères. Seul le personnage d’Iba est un tout petit peu plus poussé. Il se lie d’amitié avec celui qui est jugé comme traître et lâche dans l’histoire japonaise, Kobayakawa Hideaki (Fujiwara Tatsuya – Kimi ga Oshiete Kureta Koto), car il a changé de camp au cours de la bataille, offrant dès lors la victoire à Tokugawa. Montré comme assez jeune et fidèle à ses principes, il veille sur sa sœur jouée par Shiraishi Miho (Densha Otoko, Shiroi Haru, Asukô March!) et sa petite nièce, portrait craché de la fille d’Iba. Vous l’aurez compris, celui-ci se prend d’affection pour le sosie de celle qu’il a quittée au XXIè siècle et s’y ajoutent pas mal de pathos et des bons sentiments à en vomir.
Du côté des figures historiques, à part Tokugawa Ieyasu et sa personnalité très particulière qui sont un tant soit peu mis en avant, ce n’est pas le cas des autres daimyô, les gouverneurs féodaux, et rien n’est explicité. Cette superficialité pourrait déranger mais ce n’est pas le cas car Sengoku Jieitai est tellement approximative que l’on finit par ne plus être surpris ou ennuyé par quoi que ce soit. On a juste envie d’en finir. Vite. Si l’on souhaite découvrir un peu mieux cette bataille, autant s’aventurer sur le net ou dans un bon ouvrage spécifique. De toute manière, le but de ce tanpatsu semble surtout être de tirer partout dans tous les sens sans chercher à crédibiliser un minimum ses propos.

 

La mise en scène est particulièrement théâtrale et le fait que les acteurs soient tous moyens n’aide en rien. Côté réalisation, les scènes d’action sont très mal filmées et le reste n’est pas non plus particulièrement réussi. Quant à la musique composée par Senju Akira (Suna no Utsuwa, Kimi Ga Oshiete Kureta, Koto, Kôkô Kyôshi 2003), elle possède un côté orchestral très dérangeant et extrêmement pompeux. Les deux chansons de fin chantées par Satomi, Love to Stay et Yesterday, ne s’intègrent pas du tout dans l’univers de cette série en plus d’être assez médiocres. Le résultat est ainsi vraiment curieux car tout y frise le ridicule. On pourrait en fait prendre ce Sengoku Jieitai comme un véritable navet tant il multiplie les maladresses et tout ce qu’il convient d’éviter dans une série. Peut-être que les amateurs d’armes seront contents car on en voit un certain nombre mais n’y connaissant absolument rien, je serai incapable de dire si c’est réaliste ou intéressant de ce point de vue-là.

En bref, ce n’est pas la peine de s’attarder davantage sur Sengoku Jieitai au risque de finir par s’énerver car le tanpatsu est mauvais. Mal écrit, mal monté, mal joué, il accumule les incohérences, les approximations et maximise son aspect caricatural et grandiloquent. Tout simplement consternant.


7 Commentaires

  1. Dramafana• 28 août 2012 à 11:23

    C’est marrant, parce que je crois avoir vu des extraits de ce film le week-end dernier et il m’avait semblé suffisamment chelou pour que je m’y intéresse. J’avais cru reconnaître Haruka Ayase. Est-ce qu’elle a un rôle ou est-ce un autre film?

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    • Caroline• 29 août 2012 à 16:40

      Comme je l’ai écrit dans le premier paragraphe (:p), il existe bien un film récent avec Ayase Haruka qui est adapté de la même histoire. Ici, la série est une autre version du roman. D’ailleurs, il paraît que ce film est mauvais. Je ne sais pas s’il vaut ce tanpatsu en terme de nullité par contre, haha.

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      • Dramafana• 29 août 2012 à 17:08

        Oh… pardon, je crois que je me suis méchamment mélangée les pinceaux. Je pense que je vais emprunter le film, pour voir…

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        • Caroline• 29 août 2012 à 21:58

          Attention, il existe deux films. Je ne crois pas que le second, celui avec Ayase Haruka, soit sorti en France. Enfin, l’utilisation de ton verbe emprunter n’est peut-être pas à prendre au pied de la lettre ^^;.

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        • Dramafana• 30 août 2012 à 10:21

          Alors, il s’agit peut-être d’un tout autre film, alors. C’est bizarre quand même… je veux en avoir le coeur net. Bon, je vais demander le DVD aux gens chez qui j’ai vu des bribes de ce film et dès que j’en sais davantage, je te fais signe! (^^)

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  2. Katzina• 4 septembre 2012 à 6:58

    Ha, donc c’est si mauvais que ça ! C’est dommage quand même, le thème avait du potentiel. Je l’avais mis en réserve récemment, mais c’est pas ça qui va me faire regretter d’avoir oublié mon stock de tanpatsu en France dans la précipitation du départ ! Merci d’avoir souffert pour nous ! :p

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    • Caroline• 5 septembre 2012 à 22:10

      Oui, c’est archi mauvais même. Je suis tombée dessus il y a quelques mois et, intriguée, je me disais que c’était étonnant que ce tanpatsu ne soit pas du tout connu. Tu parles. Je sais pourquoi maintenant. C’est d’autant plus décevant que le thème avait, comme tu le notes, du potentiel. Je ne risque pas d’essayer les deux films même si techniquement, on n’est pas dans la même veine.

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