En dépit de la volonté d’Eric Kripke de développer sa série, Supernatural, sur cinq ans, celle-ci dure, dure, dure et dure encore. La septième, composée de vingt-trois épisodes – soit un de plus que d’habitude –, fut diffusée sur The CW entre septembre 2011 et mai 2012. La fiction revient dès la saison prochaine ; Sera Gamble quitte son poste de co-showrunner pour être remplacée par Jeremy Carver, Robert Singer complétant toujours le duo. Aucun spoiler.

Malheureusement, la saison six fut franchement ratée. Tout n’y était pas mauvais, mais en plus d’accumuler un scénario sporadiquement poussif, elle réussissait à ne plus nous faire croire aux frères Winchester, les rendant parfois presque antipathiques. La fin était d’ailleurs assez mal gérée, car Castiel, après être passé par une multitude de changements, devenait… Dieu. Face à tout ça, il était assez difficile d’être pleinement emballé par le retour de Supernatural, surtout lorsqu’on se répétait que la série aurait définitivement dû s’arrêter au moment décidé par Kripke. Et c’est souvent quand on part à reculons que l’on est agréablement surpris. Contre toute attente, cette saison inédite retrouve donc une partie non négligeable de sa verve d’antan et cela plaît. La première bonne nouvelle est que la nouvelle fonction de Castiel, supposé prendre le costume de Dieu, est expédiée dès le season premiere. Ce choix est plus que judicieux et permet de lancer les grands ennemis à abattre qui feront office de fil rouge : les léviathans. Supernatural continue ainsi l’exploration de la religion chrétienne ; après les anges et le Purgatoire, elle s’attaque à ces monstres plus à l’aise dans l’eau que sur terre qui seraient annonciateurs de l’Apocalypse. Histoire de leur offrir une consistance, les épisodes les présentent comme des entités multiples en mesure de se loger dans le corps d’un humain, tout en ayant la capacité de se métamorphoser en n’importe qui, à condition de l’avoir touché. Forcément, ces dons laissent supposer une multitude de retournements de situation, surtout que ces léviathans semblent impossibles à tuer. On a beau leur infliger toutes les tortures inimaginables ou les découper en tranches qu’ils parviennent à retrouver un réceptacle digne de ce nom. N’importe qui peut être un léviathan, même Gwyneth Paltrow ! Ces créatures n’ont en aucun cas peur de Sam et Dean et décident de régner sur le monde, à leur manière, tout en profitant de la superbe nourriture que sont les humains. Comme ils se trouvent en haut de la chaîne alimentaire, ils se fichent royalement des démons, des vampires et autres êtres apparentés. De cette manière, ces monstres sont sans aucun doute le nouveau chemin de croix des Winchester. Un des points forts de la saison, c’est qu’elle réussit à régulièrement intégrer quelques éléments faisant avancer la mythologie dans des épisodes qui donnent parfois l’impression de n’être que des loners. Les léviathans sont organisés, méthodiques et dirigés par Dick, aussi charismatique qu’effrayant à force de sembler tellement parfait avec son côté piranha des affaires. La tension tente d’atteindre progressivement son but, bien que l’on ne la ressente malheureusement pas toujours, la faute à un second degré devenant trop présent. En tout cas, l’issue ne paraît pas si évidente que ce que l’on pourrait imaginer ; ou tout du moins, elle risque de ne pas se conclure en merveille pour tous les personnages… Il s’avère également amusant de constater une certaine critique satirique de la population étasunienne, et plus particulièrement de cette fameuse société de consommation. Si l’ensemble demeure globalement maîtrisé et plus que sympathique à suivre, il est en revanche dommage que le season finale soit si peu dynamique et presque banal alors que la thématique léviathan aurait dû se terminer en apothéose. Quoi qu’il en soit, après l’année précédente où une véritable menace manquait, cette année enraye cet écueil en y intégrant de nouveaux protagonistes supposés dangereux et intelligents. Il faudra que les frères se serrent les coudes et qu’ils comptent sur la totalité des forces de ceux voulant terrasser les léviathans.

La saison six avait déjà en très grande partie amorcé le cas Sam et continue sans surprise sur sa lancée. Le cadet des Winchester a certes récupéré son âme, mais Castiel a détruit les murs mis en place par Death censés contenir ses réminiscences de l’Enfer. De manière on ne peut plus logique, le benjamin est perturbé et ne sait plus distinguer ce qui est faux de ce qui est vrai. Histoire de symboliser ses craintes et parce qu’il est le principal acteur de ses tourments, Sam voit Lucifer (Mark Pellegrino) et doit constamment vivre avec sa présence qu’il tente de nier. Cela en tout cas jusqu’à un certain point. Depuis la création de la série, Sam a systématiquement été montré comme le petit frère plus faible, celui à problèmes et qui est différent d’un humain supposément normal. Au fil des années, les scénaristes l’ont fait passer par une multitude d’états, le rendant généralement moins attachant que Dean. Cette année, cette impression se tasse – et heureusement. L’évolution du protagoniste est plutôt réussie et malgré ses propres démons, il prend sur lui et chemine progressivement vers un parfait équilibre. En revanche, Dean finit quelque peu par agacer au fil de ces épisodes. Déprimé et ne désirant pas le reconnaître, il tourne en rond et se révèle légèrement ennuyant. Ses blagues sont régulièrement présentes, mais frisent parfois la lourdeur avec tous ces jeux de mots en lien avec Dick, le léviathan. Tout cela se veut relatif puisqu’il reste encore à Dean moult moments et une personnalité plus qu’agréable. Toutefois, il semblerait judicieux de faire attention à ne pas diminuer l’amour que l’on peut ressentir pour l’individu. À vrai dire, le principal souci est de ne pas suffisamment exploiter la relation entre les frères, ou plutôt d’en revenir sempiternellement à la même chose. Elle mériterait que l’on s’y attarde de manière plus fréquente et que l’on change de la routine d’autant plus que les nombreuses figures secondaires peinent à s’imposer.

Misha Collins n’apparaissant plus qu’en tant qu’invité dans le rôle de Castiel, il devient nécessaire d’ajouter d’autres visages, ou d’en ramener afin de ne pas toujours tout faire tourner autour des Winchester. Évidemment, Bobby est de la partie et égal à lui-même. Supernatural a vraiment eu la bonne idée de développer ce vieux de la vieille assez bourru, mais diablement attachant. Le 7×10, Death’s Door, nous brise alors le cœur en mille morceaux et n’hésite pas en plus à piétiner ces morceaux par la suite. Cela dit, la saison ne va pas encore une fois au bout de ses enjeux, ou tout du moins, ne tire pas correctement bénéfice de la situation, car le dénouement de l’intrigue liée à Bobby est assez décevant. Il aurait été préférable de partir en beauté comme ce que l’on pouvait imaginer au début. Au vu du cliffhanger de Dean dans le season finale, on peut néanmoins se douter que cet arc n’est pas terminé et qu’il devrait profiter d’un nouveau rebondissement dans le futur. La dynamique entre Bobby et ceux qu’il considère comme ses fils est très joliment mise en scène, sinon. Pour en revenir à Castiel, il n’y a pas grand-chose à dire si ce n’est que placer en retrait le personnage est une approche pertinente étant donné que l’on commençait à friser le ridicule. De cette manière, son rôle est réactualisé et assez novateur par rapport à ce que l’on avait déjà vu de lui. À part ces protagonistes, le chapitre illustre le retour de Crowley, toujours aussi retors et diabolique, de Meg ne sachant plus que faire pour sauver sa peau de démone, du shérif Jody Mills, ou encore de Rufus le chasseur et ancien grand ami de Bobby. Elle en profite pour ajouter donc beaucoup d’autres visages. Si l’idée est bonne, elle en devient presque superficielle parce que les aventures ne prennent pas le temps de les développer comme il faut ; ou plutôt, les personnages n’ont pas réellement la possibilité de marquer plus que ça. Il y a pourtant des éléments intéressants comme avec Garth, le chasseur un peu simplet et drôlement sympathique joué par DJ Qualls, ou avec le paranoïaque Frank Deveraux incarné par Kevin MacNally (Pirates of the Caribbean), mais tout cela manque vraiment d’ampleur.

Dans l’ensemble, la saison se regarde par conséquent sans déplaisir parce qu’elle parvient à multiplier les histoires indépendantes au demeurant non désagréables, tout en n’oubliant jamais l’arc principal. Certains épisodes sont moins solides que d’autres et l’ambiance est peut-être moins horrifique qu’auparavant, bien que l’atmosphère assez cool permette toujours à la série de garder son identité. Parmi les réussites assez légères, on peut penser au 7×05, Shut Up, Dr. Phil, qui devrait sans aucun doute amuser les amateurs de Buffy The Vampire Slayer/Angel puisqu’il réunit James Marsters et Charisma Carpenter, tous deux faisant preuve d’une alchimie plus que palpable. Le 7×08, Season Seven, Time for a Wedding!, avec la fan numéro 1 de Supernatural, Becky, est plutôt pas mal dans le genre non plus. Tout comme le 7×20, The Girl With The Dungeons and Dragons Tattoo, avec Felicia Day dans le rôle de Charlie, une geek douée en informatique passionnée d’imaginaire, même si les scénaristes ont légèrement trop poussé les références à la pop culture. En y réfléchissant, on réalise assez rapidement que si les épisodes se laissent facilement regarder, ils ne sont pas marquants, et c’est peut-être le point le plus triste, car on se sent moyennement concerné par ce que l’on voit. Supernatural a certes sept années au compteur, mais on ressent parfois de plein fouet son côté mécanique bien huilé et il semble important de donner un grand coup de frais avant de finir par ennuyer. Ce constat est autant valable pour les loners que pour les pérégrinations plus ancrées dans l’arc principal. La bande-son tend aussi à être en retrait et les chansons hard rock habituelles sont trop rares. Comme souvent, la saison accumule les invités. Outre ceux déjà cités on peut y reconnaître Michael Hogan (Battlestar Galactica), Jewel Staite (Firefly, Stargate Atlantis) en Amy Pond (et une référence à Doctor Who !), Dmitry Chepovetsky (ReGenesis), Gary Jones (Stargate SG-1), l’habitué des seconds rôles Ian Tracey, Jason Dohring (Veronica Mars, Moonlight), Nicholas Lea (The X-Files, Whistler), le maire de Sunnydale (Buffy the Vampire Slayer) Harry Groener, Brendan Penny (Whistler) ou encore Sara Canning (The Vampire Diaries).

Au final, la septième année se veut rassurante après les déboires de l’année passée. Si elle manque de consistance et qu’elle ne convainc pas systématiquement comme elle le devrait, elle a au moins le mérite de développer la mythologie sur le long cours de manière relativement satisfaisante et de la relancer sur de nouvelles thématiques. Malgré une bonne volonté, un duo toujours aussi efficace bien que moyennement densifié et une ambiance sympathique, les épisodes souffrent d’une absence de prise de risque et d’une certaine répétition du côté de la psychologie des frères. De même, l’atmosphère fantastico-horrifique est moins prégnante qu’auparavant et ne répond pas suffisamment à l’appel. Il est vraiment nécessaire que la fiction retourne à ses anciennes valeurs tout en réussissant justement à approfondir des intrigues sur la durée. Que l’on ne se trompe pas, cette saison sept est donc décente, car plutôt solide, mais on ne peut s’empêcher d’en vouloir un peu plus quand on sait que la série a tout pour être davantage ambitieuse.