Comme nous l’avons déjà vu, Hakusen Nagashi a une place quelque peu particulière dans le monde des séries japonaises car en plus de son renzoku de onze épisodes, elle comporte cinq tanpatsu se déroulant à des moments différents de la vie des sept amis. Place au premier d’entre eux, 19 no Haru, pouvant être approximativement traduit en le printemps de nos 19 ans, diffusé sur Fuji TV le 8 août 1997 et durant 120 minutes. Aucun spoiler.

Après avoir terminé le lycée, le petit groupe s’est décomposé et chacun est allé de son côté. Un an s’est désormais écoulé depuis la cérémonie de remises des diplômes et les cheveux se sont sacrément allongés ou raccourcis pour certains. Sonoko emménage à Tôkyô et intègre les rangs d’une fac après avoir raté ses concours ; Wataru, de son côté, travaille à l’observatoire ; Yûsuke est à Kyôto avec Kayano mais passe plus de temps dans les salles de mahjong et de pachinko que sur les bancs universitaires ; Fuyumi n’arrive pas à percer en tant qu’actrice ; Madoka étudie pour devenir infirmière dans un hôpital à Nagoya ; et seul Shinji vit toujours à Matsumoto et exerce en tant qu’apprenti policier. Malgré leurs liens très forts, ces jeunes plus vraiment adolescents mais pas encore tout à fait adultes ne se parlent plus vraiment et tentent de se construire une identité. Pour les fêtes de fin d’année, Sonoko propose à tout le monde de se retrouver enfin mais malheureusement, les choses ne se passent pas aussi bien que cela. 19 no Haru traite en fait de cette période délicate où l’on se rend compte que l’on avait beau être amis au lycée, la vie finit souvent par nous séparer pour des raisons diverses. Les emplois du temps sont parfois incompatibles, la distance géographique n’arrange rien et il existe une sorte de compétition étrange où chacun essaye de prouver à l’autre qu’il s’en sort bien, ou mieux que son voisin. Il faut avoir changé, grandi – mais pas trop non plus. Lorsque l’on se retrouve, on ne sait même plus de quoi parler et tout peut finir à la dispute. Encore une fois, Hakusen Nagashi réussit à mettre des mots sur des maux typiques de cette période et des scènes comme celle dans le restaurant sont tellement criantes de vérité qu’elles en deviennent extrêmement inconfortables. L’épisode est en fait une sorte de réflexion sur la reconstruction nécessaire des liens dans un nouveau mode de vie, sur les efforts qu’il faut faire pour ne pas perdre de vue les personnes qui ont autrefois compté pour nous, mais aussi sur le sentiment d’isolement que l’on peut ressentir quand on est propulsé dans un monde inconnu, sans personne à qui se confier et sur qui compter. C’est la sympathique Sonoko que l’on suit, elle qui est bien consciente de n’être qu’une campagnarde arrivée à Tôkyô qui se sent plus que gênée. Tous les éléments du renzoku sont présents, comme ce rythme très lent, la jolie et tranquille musique et les chansons de Spitz, mais l’ensemble manque quelque peu de caractère pour pleinement convaincre. Comme souvent, le format de deux heures est assez difficile à digérer. Néanmoins, que l’on se rassure car retrouver ses jeunes à 19 ans fait plaisir et donne envie de savoir ce qui va se passer pour eux, à 20, ans surtout que la fin est très belle. L’interprétation s’est d’ailleurs nettement améliorée et cela fait grandement plaisir.

 

Au final, 19 no Haru est ainsi un tanpatsu sur le changement inéluctable dès que l’on quitte le lycée et sur les conséquences qu’il peut avoir sur nos relations passées. En plus d’être aussi calme et reposante qu’autrefois, l’écriture de Hakusen Nagashi fait preuve de sobriété et d’un réalisme criant de vérité.