Il est temps de retourner du côté des Lepic et des Bouley en parlant de la quatrième année de Fais pas ci, fais pas ça, la seule série française que je suis assidûment depuis quelques années. Composée de huit épisodes de cinquante-deux minutes, elle fut diffusée en première partie de soirée sur France 2 entre novembre et décembre 2011. La cinquième arrive dès le 7 novembre prochain. Aucun spoiler.

La grande évolution de la saison quatre de Fais pas ci, fais pas ça est que les principaux rôles sont inversés dans les deux familles. Ceux qui se chargeaient alors de leur foyer et qui restaient chez eux finissent effectivement par avoir une vraie carrière dans la vie active. Du côté des Bouley, Denis continue de développer son occupation de coaching qui fonctionne de mieux en mieux, croulant même sous les demandes. D’ailleurs, pour la petite anecdote, la production a créé un véritable site sur sa méthode, comme si le personnage existait vraiment. C’est une sympathique idée et assez novatrice en France. Pendant ce temps, sa femme, Valérie, est toujours au chômage et réfléchit à l’éventualité de chercher un travail dans sa branche ; elle se pose la question de demeurer à domicile ou de se reconvertir, professionnellement parlant. Dans un registre analogue, parmi les Lepic, Fabienne met les pieds dans le monde de la politique comme on avait pu l’apercevoir en fin de saison trois. Proche du maire, elle tente de proposer ses multiples initiatives souvent très farfelues et reste inévitablement bien moins qu’auparavant à la maison, laissant Renaud s’atteler aux tâches qui lui étaient autrefois dévolues. Autrement dit, il coule et passe ses journées à courir à droite et à gauche. Intervertir les rôles dans ces nouveaux épisodes est un excellent point, car cela permet de revitaliser la série et de changer les dynamiques en place, sans qu’elle perde pour autant son identité au passage. De ce fait, l’année est très rafraîchissante et la fiction, existant depuis un certain moment maintenant, ne tourne pas une seule seconde en rond et garde sa créativité.

Depuis ses débuts, Fais pas ci, fais pas ça développe de plus en plus les enfants des deux familles. Si, au départ, ils n’étaient pas systématiquement au centre de la majorité des discours et que leur caractérisation n’était pas très poussée, ce n’est plus du tout le cas. Dorénavant, ils font partie intégrante des intrigues, voire possèdent vraiment les leurs. Là aussi, la saison est plus que satisfaisante puisqu’elle trouve un juste milieu de manière à ne désavantager ni les parents ni leur progéniture. Comme les Lepic et les Bouley passent désormais beaucoup de temps ensemble, il en ressort une sorte de cohésion, la caméra alternant entre les deux maisons avec une très grande fluidité, et les histoires s’étalant généralement dans les deux familles. Forcément, le rapprochement se fait en grande partie grâce au couple très mignon que forment Christophe et Tiphaine, mais quoi qu’en disent les adultes, ils s’apprécient tout de même quelque peu et adorent se critiquer gentiment. Encore une fois, l’alchimie entre les acteurs et l’interprétation sont au diapason, et c’est toujours un plaisir de suivre cet univers riche en couleurs. À l’instar des saisons précédentes, celle-ci s’attarde donc sur ce joyeux petit monde, mais ajoute quelques nouvelles figures comme les Lenoir s’installant à côté de chez les Lepic. Ce foyer est composé de Chris, un agent de football (Anthony Kavanagh), de sa femme Tatiana (Frédérique Bel), et de leurs deux enfants que l’on verra assez peu. Cette famille prend moins d’importance que ce que l’on aurait pu croire, mais elle s’intègre rapidement à l’ensemble et est à l’origine de nombreuses séquences très drôles, notamment en raison de la personnalité futile de Tatiana et des réactions typiques des Lepic. Sinon, d’autres protagonistes apparaissent : le frère de Denis (François-Xavier Demaison), la sœur de Fabienne (Corinne Masiero)… N’oublions pas non plus le retour de certains invités tels que Patrick Bruel, André Manoukian et Isabelle Nanty.

 

Encore une fois, les thématiques abordées font mouche et rappellent forcément au téléspectateur certains épisodes de sa propre vie. La série ne perd en aucun cas sa nationalité française et s’inscrit à merveille dans le paysage du début des années 2010 en y incluant des références et des petites boutades sur ce qui est à la mode ou ancré dans l’actualité. De ce côté-là, ce sont surtout les Lepic les champions avec leur propension à utiliser de l’anglais, voire du franglais, à toutes les sauces, avec les yes, you can, la personnalité très bling-bling de notre ancien président de la République, etc. Autrement, Goldorak, Faites entrer l’accusé, le poker, les nouvelles sociétés dans l’évènementiel, les interférences liées au Wi-Fi ou l’arrivée en masse de la bit-lit (les fameuses histoires de vampires) ont le droit à quelques moments privilégiés. Quant aux sujets évoqués, ils sont donc plus que fédérateurs et parlent des phobies, du chômage des jeunes, mais aussi des quadragénaires, de la parité en politique, de la sexualité de sa progéniture, de la manière de gérer ses enfants majeurs, de la terrible échelle sociale à l’école, de l’amour intergénérationnel, de la difficulté à trouver sa voie, du bac… En résumé, il est très facile de se sentir concerné et d’avoir un reflet – certes, amusant et décalé – de vies françaises. Rien que pour ça, la série fait toujours plaisir, car elle ne cherche en aucun cas à copier ce qui se passe ailleurs et garde ses propres valeurs.

Avec sa quatrième année, Fais pas ci, fais pas ça reprend évidemment sa recette en ne lésinant jamais sur son aspect cocasse. L’humeur joviale est quasi perpétuelle, il y a beaucoup de rebondissements et les répliques sont, dans l’ensemble, savoureuses. L’humour est généralement de bonne qualité, absolument pas consensuel, et il n’hésite pas à devenir très corrosif et noir comme avec la fameuse boîte à cookies transformée en réceptacle de certaines cendres. Les personnages sont franchement attachants à leur manière et chacun réussit à tirer son épingle du jeu. Cependant, si la première partie de la saison est très rafraîchissante, la seconde botte parfois en touche. Rien de bien grave, heureusement, mais l’on y sent une légère baisse de rythme et certains épisodes peinent à se montrer totalement convaincants. Par exemple, celui se déroulant lors de l’anniversaire de mariage des Lepic verse trop dans la caricature et dans la platitude, ce qui semble assez dommage. De même, certaines histoires méritent davantage d’exploitation et donnent par moments l’impression d’être un simple coup d’épée dans l’eau. L’équilibre est par conséquent assez précaire et il suffit de très peu pour que le tout fonctionne moins bien.

En conclusion, la saison quatre de Fais pas ci, fais pas ça est on ne peut plus plaisante à regarder, car elle est généralement enlevée, inventive, drôle, résolument décalée en plus de posséder des dialogues ciselés et sans complaisance. Bien qu’elle souffre de quelques défauts comme une certaine exagération ambiante en fin de parcours et de discrètes facilités ou maladresses, il est aisé de passer outre tant les protagonistes colorés sont attachants au possible et incarnés avec délice par une excellente distribution. Par ailleurs, en révolutionnant quelque peu le schéma familial avec l’inversement des rôles, la série se permet de se redynamiser et d’ouvrir de nouvelles perspectives toujours autant en accord avec sa propre personnalité. Il ne reste plus qu’à patienter pour avoir la suite, en espérant qu’elle continue dans cette veine.