Après s’être attardé il y a une dizaine de jours sur Niji wo Kakeru Ôhi, il est temps de discuter de la seconde partie du programme spécial, à savoir Haruka Naru Yakusoku. Effectivement, rappelons que les 24 et 25 novembre 2006, Fuji TV diffusa deux tanpatsu relatant deux histoires d’amour différentes entre un Japonais et un étranger. Niji wo Kakeru Ôhi met à l’honneur la Corée tandis que Haruka Naru Yakusoku se déroule en grande partie sur le sol soviétique. Cet unique épisode est par conséquent passé sur la chaîne nippone le 25 novembre 2006 et dure 110 minutes. L’histoire est inspirée de faits réels et semble être une adaptation du roman Claudia : Kiseki no Ai de Maruo Yasuko. Le titre peut être approximativement traduit par une promesse lointaine. Aucun spoiler.

Après avoir passé cinquante ans séparé de sa famille et subit de multiples épreuves traumatiques, Hachiya Yasaburô finit enfin par retrouver son épouse, Hisako, et leur fille.

 

Outre ses thématiques très proches, Haruka Naru Yakusoku ressemble beaucoup à Niji wo Kakeru Ôhi sur la forme. Le tanpatsu débute effectivement par la fin pour retourner au début de l’histoire du couple vedette. Il s’étale alors sur plus de soixante ans et alterne entre le Japon, la Corée et l’URSS / la Russie. L’histoire est racontée à travers le spectre d’une journaliste s’intéressant à cette romance particulière, incarnée par Hirosue Ryôko (Shôta no Sushi).
Été 1940, Hachiya Yasaburô se repose dans un hôpital militaire après être tombé malade lors de la guerre en Asie et dans le Pacifique. Tandis qu’il soigne ses problèmes respiratoires, il rencontre Hisako, une jeune infirmière pleine de vitalité. Par sa bonne humeur et son goût pour la musique qu’il partage avec elle car il est passionné d’opéras russes, il reprend goût à la vie. Yasaburô est pourtant toujours contrarié et honteux à l’idée de ne pouvoir batailler auprès de ses compatriotes. Lorsqu’il retrouve finalement un semblant de santé, il ne peut toutefois repartir sur le front car il est désormais bien trop fragile. Quelque temps après avoir quitté l’hôpital, il ose enfin demander à Hisako de l’épouser, ce qu’ils feront en 1943. Ils ont alors 23 et 24 ans. Deux ans après, ils vivent à Pyongyang, en Corée – annexée par le Japon depuis 1910. Là-bas, bien qu’il ne puisse toujours exercer en tant que soldat, Yasaburô travaille dans une usine d’armement et espère ainsi contribuer à l’effort national à sa manière. Alors que l’existence de la famille, désormais agrandie par l’arrivée d’une petite fille, Kumiko, se déroule agréablement malgré l’intensité de la guerre mondiale, le Japon capitule sans condition et met dès lors un terme à la Seconde Guerre Mondiale. Les Soviétiques en profitent pour envahir la Corée, obligeant les Japonais qui y étaient présents d’évacuer la zone le plus rapidement possible. Malheureusement, Yasaburô et Hisako sont rapidement rattrapés et envoyés dans des camps de réfugiés avec de nombreux autres civils. Incapables de retourner dans leur propre pays, ils ne peuvent que patienter en espérant que la situation se décante. Un jour, Yasaburô décide d’aider Yasuoka (Sasaki Kuranosuke – Zettai Kareshi, Waraeru Koi wa Shitakunai, Fumô Chitai), un Japonais affamé ne parlant que très peu, ayant probablement vécu la guerre de très près. Ce sera la perte de Yasaburô. Contre toute attente, un soir les Soviétiques l’arrêtent et le jugent coupable d’espionnage grâce au témoignage de celui qu’il venait de secourir. Pourquoi Yasuoka a-t-il menti ? Personne ne le saura jamais. Si la femme et la fille de Yasaburô peuvent rester dans le camp de prisonniers, lui est envoyé en URSS, dans un goulag où il est condamné à dix ans de travaux forcés.

Difficile de ne pas avoir un important sentiment de familiarité en regardant Haruka Naru Yakusoku tant l’épisode partage de nombreux points communs avec l’excellent Fumô Chitai. Il est effectivement question d’un homme innocent accusé d’espionnage et envoyé dans l’enfer Sibérien suite à la guerre du Pacifique. Le destin de Yasaburô est d’ailleurs bien plus cruel que celui d’Iki Tadashi (ou plutôt de Sejima Ryûzô) car il restera cinquante ans en URSS, devenant ensuite la Russie en 1991. Séparé de sa femme et de sa fille qui grandit, il ne peut même pas les contacter pour les informer qu’il est toujours en vie ou avoir de leurs nouvelles. Non, il est prisonnier dans tous les sens du terme. C’est le sympathique Abe Hiroshi (Shiroi Haru, Kekkon Dekinai Otoko, Yasha) qui lui offre ses traits et comme à son habitude, il nous fait grâce d’une interprétation plus que solide. Yasaburô est un homme attachant car simple, honnête et fidèle à ses valeurs. Plein de ressources et ne vivant que dans l’espoir de retrouver un jour sa famille, il s’accroche à la vie et s’il lui arrive de craquer sous le poids du travail forcé, du manque de nourriture ou encore du froid, il ne fléchit pas. Alors qu’il est un jour libéré du goulag, il ne peut malgré tout quitter le sol soviétique car il est toujours considéré comme étant un espion. Perpétuellement surveillé par le KGB, il finit par dépérir et baisser les épaules. Ce n’est que lorsqu’il rencontre une Soviétique, Klavdiya Leonidovna, avec qui il partage un lourd et tragique passé, qu’il retourne à la vie. Au fil des années, les deux finissent alors par se soutenir et s’aimer, quand bien même Yasaburô ait toujours Hisako dans son cœur. Klavdiya le sait et fait tout ce qui est en son pouvoir pour que le Japonais qu’elle aime puisse un jour la quitter, heureux. C’est l’amour des deux femmes de sa vie qui permet à Yasaburô de vaincre ses propres démons. Le tanpatsu met ainsi en avant ces cinquante ans, jusqu’à ce que Yasaburô réussisse enfin à rentrer chez lui.

Le point fort de Haruka Naru Yakusoku est le fait qu’il véhicule beaucoup d’émotions par l’histoire personnelle qu’il raconte. Difficile de ne pas être touché face au triste destin des Hachiya, perpétuellement séparés et dont l’existence tend à être parsemée de terribles embûches. C’est aussi le pouvoir de l’amour qui est mis en avant ou encore le fait que malgré les années, les sentiments soient vivaces comme au premier jour, l’incertitude que l’autre soit toujours en vie ou qu’il pense encore à soi, etc. Car effectivement, si Yasaburô subit une véritable torture physique au départ puis psychologique par la suite, il n’est pas le seul à être quelque peu esseulé. Son épouse, Hisako, finit par retourner au Japon et doit élever sa fille d’elle-même. Tout le monde l’exhorte à se remarier mais non, elle tient bon et croit toujours que son mari est vivant, quelque part, même si on lui affirme le contraire. Cet espoir sans failles est tout simplement magnifique. Le personnage est une vraie force de caractère et Kuroki Hitomi (Suitei Yûzai) qui l’incarne y insuffle beaucoup d’énergie et une certaine dose d’humour. De manière régulière, le tanpatsu se déplace donc au Japon pour montrer son cheminement et celui de Kumiko, leur petite fille qui grandit inévitablement sans père ; sa version adulte est jouée par Konno Mahiru (Alice in LIAR GAME, Don Quixote). Si la magie des sentiments fonctionne de cette manière c’est en grande partie parce que l’épisode évite habilement les écueils du genre en ne sombrant jamais dans les travers des mélodrames avec le pathos et la surenchère à outrance. C’est même tout le contraire en raison de la personnalité des personnages et de l’écriture plutôt solide. Le tanpatsu aurait tout de même gagné à posséder davantage de nuances, le traitement étant parfois assez manichéen.
Si l’on pense immédiatement au déchirement de la séparation entre Yasaburô et Hisako, l’autre histoire d’amour, celle entre Yasaburô et Klavdiya n’est pas non plus en reste bien qu’elle soit d’une autre teneur. Le Japonais ne profite pas de la Soviétique mais, on peut le comprendre, il a besoin d’affection et a de toute manière fait une croix sur son retour au Japon depuis de nombreuses années. Au final, en plus de la tragédie ambiante toujours mesurée et de la tristesse mélancolique, il ressort de cet ensemble une grande pudeur typique des productions japonaises.

Si le fond est dans l’ensemble enthousiasmant en raison de sa richesse dramatique, la forme l’est un peu moins. Il est vrai qu’il est nécessaire de prendre en considération le probable budget famélique mais par exemple, les scènes dans le goulag sibérien ne font franchement pas crédibles. C’est d’autant plus frappant lorsque l’on a regardé récemment Fumô Chitai. De même, le vieillissement (ou le « jeunissement ») des personnages est très perturbant. Ainsi, Yasaburô a la petite vingtaine au début et est joué par Abe Hiroshi. Soixante ans plus tard, c’est toujours le même acteur si ce n’est qu’il a une très vilaine perruque et un maquillage moyennement réussi. Fondamentalement, ce sont des défauts non rédhibitoires mais qui empêchent d’être pleinement satisfait. L’épisode utilise sinon quelques images et photos d’archives afin d’appuyer à bon escient ses propos. Bien que la réalisation en elle-même fasse preuve de classicisme, la bande-originale est très intéressante. Elle utilise en effet des tonalités slaves lorsque le personnage principal se trouve en URSS. À noter toutefois qu’un thème musical ressemble très étrangement à une composition de Howard Shore pour The Lord of the Rings (Le Seigneur des Anneaux)…

En définitive, Haruka Naru Yakusoku narre la superbe et puissante histoire d’amour de deux personnes séparées durant un demi-siècle ayant toujours espéré se revoir un jour en dépit des obstacles. Celle-ci est inextricablement liée au destin d’une femme Soviétique acceptant de laisser partir l’homme qu’elle aime pour qu’il puisse retourner un jour auprès des siens. À l’instar de Niji wo Kakeru Ôhi avec lequel il se partage l’affiche, le tanpatsu utilise sa dimension historique afin de donner corps à l’ensemble bien qu’il soit avant tout une histoire personnelle. Quoi qu’il en soit,  il ressort de cet ensemble une grande richesse émotionnelle associée à une atmosphère quelque peu douce-amère et inévitablement mélancolique. Si l’on apprécie les productions de ce genre, le visionnage paraît par conséquent plus que conseillé.