Au printemps 2011, la médiocre Umareru. ne fut pas la seule nouvelle série japonaise à traiter de la grossesse des cinquantenaires. Il fallait aussi effectivement compter sur Madonna Verde. Composée de six épisodes de quarante-sept minutes, elle fut diffusée entre avril et mai 2011 sur NHK. La série est une adaptation du roman homonyme de Kaidô Takeru. À noter qu’il s’agit de la suite de Gene Waltz, du même auteur, également transposé au cinéma avec Kanno Miho dans le rôle de l’héroïne. Il n’est en aucun cas nécessaire d’avoir lu ou visionné ce dernier pour regarder Madonna Verde ; je ne l’ai personnellement pas fait. Kaidô Takeru, en plus d’être romancier, est médecin et à l’origine d’autres œuvres comme Team Batista no Eikô, multi-adapté en films et séries (tanpatsu et renzoku). Pour la petite anecdote, on l’aperçoit au cours d’une séance de haïku dans un des épisodes. Aucun spoiler.

Alors qu’elle est enceinte de quelques mois, Sonezaki Rie, la trentaine, découvre qu’elle souffre d’un cancer utérin. Elle n’a pas d’autre choix que d’avorter et de subir une hystérectomie. Désirant avoir un enfant plus que tout, elle demande alors à sa mère de porter son bébé pour elle. Or, cette pratique est totalement illégale au Japon et Rie ne le sait que trop bien puisqu’elle est gynécologue-obstétricienne…

 

C’est son synopsis qui m’a donné envie de m’intéresser à Madonna Verde. Il laisse supposer une certaine critique non consensuelle du milieu médical nippon manquant par exemple grandement d’obstétriciens, différents points de vue sur les mères porteuses, sur la grossesse des femmes âgées ou sur la maternité au sens général, etc. En d’autres termes, avec un tel sujet pareil le potentiel est très important et donc inévitablement source de curiosité pour qui apprécie ces thématiques propices à en dire long sur la société. Au final, je dois vous avouer que je ne sais vraiment pas ce que j’ai pensé de cette série. Je me suis ennuyée, ça c’est certain, mais je ne peux pas dire si j’ai trouvé ça foncièrement médiocre. Le principal problème est peut-être lié aux sous-titres anglais qui sont extrêmement mauvais. C’est la même personne s’étant occupée de Kôkôsei Restaurant qui s’est aussi chargée de ce j-drama. Sans surprise, nous retrouvons encore une fois de très nombreuses coquilles, des fautes d’orthographe, un style très bancal, des phrases incompréhensibles, de véritables fautes de transcription (sensei qui devient sensai à je ne sais combien de reprises), des pans entiers de dialogues non traduits et j’en passe. Au vu de tout ça, on peut se poser la question de la qualité de la traduction en tant que telle. Ne parlant pas japonais, je suis incapable de dire si elle est erronée ou pas mais en tout cas, elle n’est pas du tout claire. Nous sommes tous d’accord, le travail de sous-titrage est bénévole, souvent ingrat et fastidieux. Pour autant, si l’on a du mal, de faibles compétences ou pas le temps / l’envie de le faire, on ne le fait pas. Cela ne sert à rien de produire des torchons pareils car ça ruine la possible crédibilité d’une série. Tous les sous-titres ne se valent clairement pas mais c’est bien la seule fois où j’ai autant tiqué alors que l’anglais n’est évidemment pas ma langue maternelle. Bref, loin de moi l’idée de m’acharner sur cette personne. Je tenais juste à préciser que l’on passe probablement en partie à côté du message de Madonna Verde et quand bien même l’ensemble ne soit clairement pas dénué de défauts, il n’est pas aisé de différencier ce qui est de la faute du scénario de ce que l’on peut comprendre à travers la traduction.

Sonezaki Rie partage son travail de gynécologue-obstétricienne entre l’université et une petite clinique privée. Passionnée par sa profession, elle se donne corps et âme à ses patientes et s’emploie à contrer du mieux qu’elle peut l’infertilité. Alors qu’elle rêve depuis des années de tomber enceinte, elle découvre au cours de sa première grossesse qu’elle est atteinte d’un cancer utérin. Si elle veut survivre, elle est obligée d’être opérée afin qu’on lui retire son utérus et que, par voie de conséquence, on mette fin à la vie de son fœtus. Tandis que de nombreuses femmes chercheraient une autre solution comme l’adoption ou feraient leur deuil d’un enfant, Rie met au point un plan tout à fait différent. Ayant en effet cryogénisé ses ovules et les spermatozoïdes de son mari, elle demande à sa mère de bien vouloir porter son bébé. Rie profite donc de ses compétences et du cadre de la petite clinique au bord de la fermeture dans laquelle elle exerce pour réaliser son souhait. Comme les mères porteuses ne sont pas tolérées au Japon, elle demande à sa mère de garder le secret et de ne jamais révéler leur filiation ou même de dire à qui que ce soit – en dehors du personnel de la clinique – qu’elle est enceinte. C’est ainsi qu’après un certain temps de réflexion, sa mère, Yamazaki Midori, tombe enceinte de son petit-enfant. Rie est une femme très froide et extrêmement antipathique. Quasi obsessionnelle, elle agit en plus telle une petite fille gâtée voulant à tout prix son jouet pour des raisons au final très troubles. Effectivement, bien que l’on puisse comprendre qu’une femme désire un enfant, le cas de Rie est ambivalent car elle milite plus ou moins activement pour que la gestation par autrui soit autorisée au Japon. Elle souhaite également réveiller l’obstétrique japonaise qui se sclérose, mission d’autant plus importante que le taux de natalité est en chute libre depuis quelques années. En d’autres termes, a-t-elle un désir sincère d’avoir un enfant ou veut-elle tout simplement montrer que l’on peut avoir recours à cette méthode sans qu’il n’y ait de risques ? La personnalité de la jeune femme n’est pas réellement creusée et elle demeure très plate. La moindre des choses serait d’avoir de l’empathie pour elle, ce qui n’est pas du tout le cas. Son actrice, la pourtant d’habitude agréable Kuninaka Ryôko (Churasan, Kekkon Dekinai Otoko, Tumbling, Shiawase ni Narô yo), n’aide en rien et prouve qu’elle n’est certainement réellement compétente que dans un registre plus léger. Ce n’est pas tant le fait que Rie soit détachée qui soit agaçant mais plus le fait que l’on nous explique rien. Comme on pouvait l’attendre, la grossesse ne se passe pas exactement de la manière telle que Rie l’espérait…

Midori, la mère de la femme médecin, a 55 ans et est veuve depuis de très nombreuses années. Elle vit une retraite épanouie et sort régulièrement avec ses amis pour notamment se rendre à une activité de haïku où l’animateur, Maruyama, semble avoir un petit faible pour elle. Bien qu’elle ne soit pas d’accord dans un premier temps, elle finit par accepter de porter l’enfant de sa fille. Si elle se résigne, c’est parce qu’elle aime Rie et qu’elle pense voir que c’est ce qui lui manque pour que son bonheur soit parfait. C’est Matsuzaka Keiko (Natsu no Koi wa Nijiiro ni Kagayaku) qui offre ses traits à cette grand-mère en devenir et le moins que l’on puisse dire est qu’elle participe à l’agacement que procure ce personnage. Midori est tout simplement la femme japonaise parfaite en tous points. Douce, altruiste, compréhensive, excellente cuisinière, mère aimante, amie fidèle, veuve émérite, belle-mère bienveillante, elle donne des frisons d’horreur en raison de sa retenue et de son rôle très lisse. Et comme elle n’a pas de vie sexuelle, elle devient la madonna verde, madonna comme la Madone – la Sainte Vierge – et verde comme vert (midori en japonais)… Heureusement, la jolie relation d’amour chaste qu’elle entretient avec Maruyama, parfaitement incarné par Nagatsuka Kyôzô que je ne connaissais pas du tout, lui donne un tant soit peu de densité et d’intérêt. Elle s’embarque ainsi dans cette grossesse très particulière et naturellement, au bout d’un moment elle finit par entrer en froid avec sa fille. Le lien entre les deux aurait gagné à être davantage développé car si elles s’affrontent sur certains points liés au bébé, il n’y a par la suite aucune répercussion sur l’histoire ou sur leurs propres conceptions. La faute en partie à Rie qui garde tout au fond d’elle et qui n’explicite jamais clairement sa pensée. En fait, à l’exception de la dynamique entre Midori et Maruyama, toutes les autres ne sont que plus que superficielles et sans aucun intérêt.

Afin d’être suivie dans sa grossesse, Midori se rend donc dans la petite clinique privée où Rie travaille seule en compagnie d’une sage-femme à l’allure très sévère. L’établissement doit prochainement fermer en raison de difficultés liées à la mort d’un patient du fils de la directrice, gravement malade. Rie s’occupe dès lors des quatre dernières patientes, dont sa mère. Les autres femmes sont de vrais clichés comme la jeune malpolie plus occupée par sa manucure voulant à tout prix avorter et qui, naturellement, finira par devenir agréable. Madonna Verde ne sort pas du tout des sentiers battus de ce côté-là et n’évite pas les écueils habituels comme du sentimentalisme à outrance et un aspect caricatural. Quoi qu’il en soit, la grossesse de Midori aurait pu se passer de manière plus ou moins tranquille si une lettre anonyme n’était pas parvenue au chef de Rie à l’université, l’avertissant qu’il se pourrait bien que celle-ci ait eu recours à une mère porteuse. Cette ficelle scénaristique est grosse et franchement facile. Et c’est donc ainsi que Rie se retrouve surveillée par son mentor incarné par Katsumura Masanobu (Asukô March!, Taiyô no Uta). Les protagonistes sont loin d’avoir des réactions crédibles ou un minimum réalistes ce qui participe au climat plus que particulier qu’entretient Madonna Verde.
Et d’en tout ça, quid de Shinichirô (Katagiri Jin – The Quiz Show), l’époux excentrique de Rie ? Il est quasi absent et vit à l’étranger. Véritable génie, il se plonge dans le travail et entretient une relation particulièrement étrange avec sa femme. En revanche, il communique de manière plus que fréquente avec Midori par lettres. D’ailleurs, cette dernière lit régulièrement ses courriers et le résultat n’est pas particulièrement heureux tant il semble déjà plus que curieux mais aussi presque pompeux.

Il faut savoir qu’au Japon, la gestation pour autrui n’est techniquement pas autorisée. Ou tout du moins, sans qu’il existe de loi l’interdisant, elle n’est normalement pas réalisée par qui que ce soit. Admettons donc que quelqu’un la fasse, il ne sera pas condamné par un tribunal. Ce pays considère que la mère est celle qui porte l’enfant, quand bien même génétiquement parlant, elle n’ait aucun lien avec le bébé si ce n’est celui de lui offrir son utérus pour qu’il puisse se développer. Madonna Verde traite ainsi d’un sujet assez épineux, très controversé que ce soit au Japon mais aussi dans tous les pays, et qui n’a certainement pas fini de faire la une des journaux. Rie elle, est totalement pour la maternité de substitution, ne serait-ce que parce que c’est désormais le seul moyen pour elle d’avoir son vrai bébé ; mais sa conviction est inébranlable car c’est aussi parce qu’elle voit de nombreuses femmes sur son lieu de travail souffrant de stérilité et qui auraient ainsi une chance de tenir un jour leur propre enfant. La série essaye très vaguement de montrer différents cas de figure en mettant en avant les points positifs et les négatifs concernant cette pratique. Bien que le renzoku soulève de nombreux questionnements, ne serait-ce que par les détournements dont on entend assez régulièrement parler, mais aussi sur tout ce qui entre en compte concernant la gestatrice, ils ne sont que du ressort du téléspectateur car le scénario n’en parle pas. Dans ce j-drama, l’éthique est grandement malmenée et bien trop absente des propos des personnages. Rie utilise sa mère en guise de mère porteuse ! Qui plus est, elle est médecin donc elle sait très bien ce qu’elle fait et n’hésite pas à transgresser la déontologie médicale. La future jeune mère est déjà peu agréable mais si en plus ses pensées ne sont en aucun cas explicitées et qu’elle n’hésite pas à détourner sa profession et mettre la vie de sa mère en danger, elle n’a vraiment plus aucun moyen d’être appréciable. Bien évidemment, avoir un enfant à 55 ans est extrêmement risqué et Rie en est tout à fait consciente. De même, si l’on peut concevoir l’envie de Midori de redonner le sourire à sa fille, on ne comprend pas vraiment pourquoi elle accepte cette situation dangereuse pour sa santé mais aussi illégale. Même la grossesse d’une femme âgée n’est pas une seule seconde exposée dans ces épisodes. Au lieu de faire réfléchir sur ces thèmes, la série préfère s’attarder sur des éléments triviaux comme les autres femmes de la clinique ou les séquences de haïku plus que laborieuses. Madonna Verde n’exploite en aucun cas le matériel à sa portée et n’insuffle aucune émotion dans la maternité, moment qui pourtant doit être plus que riche. De même, la dimension financière n’entre pas une seule fois en compte. Le point de vue masculin est en plus totalement écarté à l’exception du personnage joué par Miyake Hiroki (Don Quixote, Kaibutsu-kun) vu uniquement quelques minutes. Une grande partie du scénario donne par conséquent surtout l’impression d’être hors propos puisque l’on nous montre que le Japon est un pays monstrueux refusant aux femmes stériles la fantastique chance de procréer en ne tolérant pas la maternité par substitution envers et contre tout.

En dépit d’un scénario a priori dense et de six épisodes supposés être consistants, la série manque de rythme et se déroule extrêmement lentement. Pire, dans le premier épisode la réalisation est mauvaise avec une caméra tremblotante donnant l’impression d’avoir mis un amateur aux commandes. Heureusement, ce défaut se tasse par la suite. La photographie n’est pas non plus faramineuse car très sombre. Sinon, la musique de Muramatsu Takatsugu (Shôkôjo Seira) n’est pas mauvaise à écouter seule mais elle se montre bien trop souvent intrusive et donc, pénible. En revanche, la chanson du générique de fin, Madonna Verde, interprétée par le chœur anglais Libera est tout simplement magnifique.

Compte tenu du contexte de visionnage avec des sous-titres de mauvaise qualité, il est assez complexe d’être affirmatif concernant Madonna Verde. Néanmoins, il est évident que le j-drama passe totalement à côté de son sujet controversé qui est celui d’une cinquantenaire acceptant d’officier en tant que mère porteuse de sa propre fille. L’idée aurait été d’exploiter la grossesse à cet âge, de dresser un certain état des lieux de la gestation pour autrui ou encore de parler de l’éthique médicale et de l’obstétrique nipponne. En définitive, il n’y a presque rien de tout ça car on se focalise sur la mère par substitution afin de montrer à quel point la maternité lui sied. L’ensemble sonne alors plus que désincarné car il ne parvient même pas à insuffler un tant soit peu d’émotions et de sentiments. En manquant en plus grandement de nerf et en n’étant que moyennement crédible, la série se révèle donc plus que décevante et peu recommandable.