Après Le Destin de Rome et Empire, il est temps d’aller voir ce qui se déroulait en Égypte aux alentours de 44 av. J.-C. Pour cela, direction le règne de Cléopâtre VII avec Cleopatra, la mini-série germano-américaine. Composée de deux épisodes d’une heure et demie chacun, elle fut diffusée en mai 1999 aux États-Unis. En France, elle est passée le 28 décembre 1999, sur France 2 si mes souvenirs sont bons. À noter qu’il existe un DVD regroupant la totalité de cette production Hallmark Entertainment, devenue depuis Sonar Entertainment. Cette compagnie est aussi à l’origine d’autres mini-séries comme Dinotopia, The 10th Kingdom, Tin Man, Merlin, ou encore plus récemment, Neverland. Cleopatra est une adaptation assez libre du roman The Memoirs of Cleopatra (Les Mémoires de Cléopâtre) de Margaret George. Spoilers inévitables.

Cléopâtre VII, reine légitime d’Égypte, est en exil tandis que son frère Ptolémée XIV et sa sœur, Arsinoé IV, s’approprient le trône. Elle tente par conséquent le tout pour le tout en cherchant l’appui de Jules César présent à ce moment sur le continent africain. En s’alliant à Rome, elle dirige alors son propre pays et sa vie vers leur fin.

Comme j’ai déjà eu l’occasion de le répéter, je suis une grande passionnée d’Histoire depuis que je suis en âge de réfléchir, mais plus particulièrement d’Antiquité. L’Égypte fut très longtemps mon terrain de jeu privilégié, donc je peux dire que je m’y connais assez. Je ne porte pas un amour fou à la dynastie lagide toutefois ; je préfère très nettement le Nouvel Empire, par exemple. Néanmoins, la période trouble entre Rome et Cléopâtre VII a toujours eu mes faveurs, probablement parce je suis tout autant férue de la Rome antique. Ceci pour poser le contexte comme quoi je regarde forcément ce genre de productions d’un œil très critique, et que j’attends une véracité historique assez précise ou, dans le pire des cas, des libertés peu dérangeantes. J’avais déjà visionné Cleopatra au cours de sa diffusion en France. Je n’étais qu’une adolescente et je me souvenais avoir trouvé ça vraiment très agréable. Je souhaitais depuis quelques années la revoir et ce n’est que dernièrement que je m’y suis plongée, alors que je possède le DVD depuis 2005 ou 2006.

Ce qui marque en premier lieu dans Cleopatra, c’est sa réalisation. La mini-série fait preuve d’un véritable sens de la mise en scène avec une magnifique photographie, de superbes plans sur des endroits paradisiaques et des vêtements à couper le souffle. Les couleurs sont extrêmement chatoyantes et le cadre baigne souvent dans des levers et des couchers de soleil envoûtants. La grandeur de l’Égypte pharaonique et de Rome est parfaitement retranscrite à l’écran grâce à des décors, des bijoux, des parures et autres objets inspirant l’opulence. De ce côté-là, les épisodes démontrent un budget assez conséquent et très appréciable. En revanche, les effets spéciaux sont risibles au possible et tendent généralement à décrédibiliser ce que l’on y voit. Il est légitime que la série ait eu besoin d’y avoir recours, mais parfois, il vaut mieux ne rien montrer plutôt que de tenter quelque chose de bancal. La musique composée par Trevor Jones (Dinotopia, Merlin), bien qu’un tant soit peu imposante, participe à l’ambiance majestueuse et offre à la production une véritable identité. Du point de vue de la reconstitution de l’époque, les anachronismes sont présents et souvent inévitables. En définitive, la forme est dans l’ensemble relativement correcte malgré plusieurs maladresses.

Cleopatra commence par la rencontre entre Cléopâtre VII et Jules César en 48 av. J.-C. pour se terminer par le suicide de cette dernière, en 30 av. J.-C. Étant donné que la fiction n’est qu’une adaptation d’un roman, on peut craindre les erreurs factuelles. Malheureusement, cette frilosité se vérifie tout au long de ces épisodes. La mini-série réécrit effectivement l’Histoire à sa manière. À la rigueur, qu’elle ne détaille pas la généalogie égyptienne assez complexe ou qu’elle ne fasse pas référence au premier mari de Cléopâtre et frère, Ptolémée XIII, peut être plus ou moins tolérable. A contrario, transformer Cléopâtre en une capricieuse femme enfant ne possédant que son physique ne passe pas du tout. C’est bien simple, le portrait de cette fascinante reine n’a ici rien de fascinant. C’est même tout le contraire parce qu’elle se veut détestable. Il est vrai qu’il s’avère difficile de savoir quelle fut sa personnalité tant les écrits se contredisent et que, de toute manière, Auguste s’assura par la suite de propager sa bonne parole. Cependant, tout le monde s’accorde avec l’idée qu’elle était brillante, réfléchie, courageuse et éminemment puissante, à tel point qu’elle était crainte dans le bassin Méditerranéen. La mini-série ne s’embarrasse pas de nuances en mettant en avant une reine insatiable aveuglée par ses sentiments. Cléopâtre n’était pas forcément belle, mais elle séduisait par son charme, sa voix ensorcelante et son intelligence. Elle ne donne pas du tout ici cette impression, car elle est uniquement hystérique. Son interprète, Leonor Varela, est magnifique, mais extrêmement mauvaise. En fait, elle n’inspire rien si ce n’est de l’agacement face à un jeu aussi théâtral. Cleopatra n’est pas une série désirant éclairer sur la situation géopolitique de l’époque ou dépeindre une période historique au final assez connue. Non, son but est simple, c’est d’utiliser tous les codes du soap opera afin de raconter deux romances tragiques. En d’autres termes, la tension dramatique est plus que préfabriquée, les scènes de je t’aime, moi non plus se révèlent omniprésentes, les dialogues sont niais et creux, et l’alchimie absente. Compte tenu des multiples répétitions et du rythme parfois bien trop lent, la mini-série aurait facilement pu être raccourcie. Le résultat s’avère donc excessivement ridicule tant en plus tout y est très sérieux.

Le premier épisode est consacré à la rencontre entre Cléopâtre et César. Puis, il s’attarde sur leur idylle qui dure quelques années, sur la naissance de Césarion – leur supposé fils – et sur le voyage de la reine à Rome, pour se terminer sans surprise sur l’assassinat de César par les sénateurs, en 44 av. J.-C. Le dictateur est incarné par un Timothy Dalton (James Bond) plutôt convaincant et réussissant à insuffler de la prestance et une grande dignité à son personnage. Cet acte représente l’occasion d’expliquer grossièrement les instances romaines en place malgré de nombreux oublis et erreurs. Il y en a tellement qu’il serait fastidieux et inutile de les répertorier. Quoi qu’il en soit, puisque le thème de la mini-série est l’Égypte, la caméra reste la majeure partie du temps dans cette région et tend à dépeindre une Cléopâtre perdue lorsque son amant n’est pas présent et voulant à tout prix le retrouver, quitte à ruiner son pays. Encore une fois, la reine n’inspire que du mépris tant elle ne semble raisonner que comme une adolescente futile. Il n’empêche que cet épisode est probablement le plus plaisant des deux, car il réussit encore plus ou moins à demeurer crédible en raison de César et de son imposante personnalité.

Le second fait suite aux Ides de Mars avec l’installation des guerres civiles romaines. La bataille de Philippes est réduite à peau de chagrin et se montre tellement navrante et faussée que l’on se demande s’il s’agit bien de celle-là. Cléopâtre retourne rapidement en Égypte et cherche par conséquent un nouvel allié : Marc-Antoine. La recette est la même que lors des quatre-vingt-dix minutes précédentes. En résumé, pas une seule fois le scénario n’essaye d’expliquer l’importance pour Cléopâtre de soutenir son pays ou ne densifie son personnage afin de le rendre plus pondéré. C’est tout le contraire. De l’autre côté de la Méditerranée, c’est peut-être pire étant donné que la rivalité entre Marc-Antoine et Octavien ne rime strictement à rien. De toute manière, Octavien est assimilable à un affreux individu couard en quête d’on ne sait quoi et préférant critiquer à tour de bras au lieu d’aider ceux qu’il doit admirer et respecter. Sans faire référence aux erreurs factuelles, il aurait été judicieux de le faire jouer par un acteur bien plus jeune plutôt que par Rupert Graves (Sherlock) ou d’offrir au futur Auguste une personnalité plus proche de ce qu’on lui connaît. Marc-Antoine n’est guère mieux loti et ce n’est pas l’interprétation désastreuse de Billy Zane (Titanic) qui le sauve de la catastrophe. Bref, durant l’épisode, Cléopâtre et Marc-Antoine s’aiment, se déchirent, pleurnichent et finissent par mourir. D’ailleurs, Marc-Antoine n’est en aucun cas décédé de cette manière, mais la vérité étant bien moins héroïque, elle devait probablement faire tache dans le décor. Leurs enfants ne naissent ici jamais et il n’y en a que pour Césarion. Pour l’anecdote, c’est avec surprise que j’ai cru entrapercevoir Richard Armitage dans les dernières minutes et j’ai bien eu la confirmation quelques instants plus tard comme quoi il incarnait effectivement l’un des soldats d’Octavien, avant que Cléopâtre ne se suicide. On peut sinon remarquer Oded Fehr dans un tout aussi petit rôle proche de la reine.

Au final, Cleopatra est une mini-série plus que moyennement engageante, car ne cherchant aucunement à tirer parti de l’Histoire ou du personnage dont elle s’inspire. Si privilégier l’intimité n’est en soi pas une tare, il convient alors de le faire avec émotions, alchimie et crédibilité, voire, si possible, en y injectant un souffle épique. Or, les deux épisodes préfèrent accumuler tous les poncifs de la romance tragique et finissent surtout par irriter par leur aspect mélodramatique sirupeux et leurs nombreuses libertés historiques. Pour autant, malgré un scénario inepte, tout n’est pas mauvais puisque les décors et la mise en scène permettent de sauver la production du naufrage total. Celle-ci laisse tout de même un goût très amer et la reine que fut Cléopâtre méritait bien plus que d’être assimilée à une gamine capricieuse incontrôlable.