Rappelons-le encore une fois histoire de ne perdre personne au passage, Hakusen Nagashi est une série assez atypique car elle s’étale dans le temps afin de montrer l’évolution de ses personnages. Il y a tout d’abord le renzoku de onze épisodes puis cinq tanpatsu faisant office d’épisodes spéciaux. Après s’être attardé sur le premier d’entre eux, 19 no Haru, en septembre dernier, passons au second, Hatachi no Kaze, pouvant être approximativement traduit par le vent de nos vingt ans. Il fut diffusé le 15 janvier 1999 sur Fuji TV et dure cent minutes. Aucun spoiler.

Ce qu’il y a d’assez incroyable en débutant Hatachi no Kaze est qu’en quelques secondes, il réussisse à remettre immédiatement dans l’ambiance très particulière de la série. Alors que l’on craint ne pas retrouver le ton ou ce qui nous a plu jusque-là, on est rapidement rassuré puisque la sobriété pudique ainsi que le calme plus que lénifiant du renzoku sont encore une fois présents. Cependant, les défauts sont tout autant nets et ce tanpatsu donne un sentiment légèrement mitigé parce qu’il peine à marquer véritablement. L’écriture a toujours eu ce souci de se montrer assez plate et malheureusement, ce n’est qu’à la toute fin que l’on commence à sentir à nouveau un réel attachement pour ce que l’on voit. En soit ce n’est pas rédhibitoire mais l’ensemble aurait gagné à être quelque peu plus nerveux.

Les mois ont passé depuis 19 no Haru et chacun des amis continue ainsi son existence avec plus ou moins de succès. Ce qui fait grandement plaisir est de voir Sonoko plus sûre d’elle et plus femme. On a quitté la jeune lycéenne campagnarde mal à l’aise à Tôkyô. Elle s’est maintenant adaptée à sa vie citadine ou à l’université et donne désormais des cours privés à Hitomi, une lycéenne jouée par Mizukawa Asami (Yume wo Kanaeru Zô, Nodame Cantabile, Inu wo Kau to Iu Koto, Onnatachi wa Nido Asobu, Last Friends) qui était sacrément jeune à l’époque. C’est sympathique de retrouver l’actrice quasiment à ses débuts. L’épisode donne un rôle assez important à Hitomi mais la situation demeure plutôt convenue. Effectivement, la jeune fille est très intelligente et souffre de l’absentéisme de ses parents ce qui fait qu’elle parle souvent à Sonoko de la mort et de suicide, sans pour autant donner l’impression d’être réellement sérieuse. En réalité, le personnage sert surtout de catalyseur de manière à mettre en avant l’hypocrisie qui est le sujet phare du tanpatsu. À l’instar de 19 no Haru, la petite bande d’amis se réunit à Matsumoto afin de se retrouver et si la situation n’est plus aussi tendue qu’un an et demi auparavant, elle n’est toujours pas tout à fait stable. Chacun d’entre eux a ses propres soucis, qu’ils soient liés à un ancien patron ayant fait faillite dont on se sent responsable, à un père devant assumer ses erreurs passées, à la pression familiale de se marier ou à des rêves au final illusoires. D’autres s’en sortent très bien et cela fait chaud au cœur, surtout lorsque l’on sait à quel point ils ont bataillé pour arriver là où ils en sont. Comme souvent, Hakusen Nagashi parvient à mettre des mots sur des situations banales telles les désillusions, sans faire preuve de sentimentalisme ou de morale. Elle garde une certaine justesse de ton très appréciable. Néanmoins, elle aurait gagné à être sensiblement plus subtile avec cette thématique sur l’hypocrisie quand bien même elle soit intéressante. Elle amène en effet les personnages à réévaluer certains de leurs actes. Par exemple, il arrive parfois que l’on fasse quelque chose pour soi-disant aider son prochain alors qu’en réalité, consciemment ou non, on le fait avant tout pour se protéger soi-même. Quoi qu’il en soit, l’amitié entre les cinq est toujours palpable malgré certains hauts et bas, et la fin est franchement jolie d’autant plus qu’elle fait office de parallèle avec celle du renzoku. Sur une note plus technique, le jeu de certains acteurs – et en particulier celui de Nagase Tomoya – s’est nettement amélioré ; le Johnny’s s’est d’ailleurs franchement décontracté.

 

Au final, Hatachi no Kaze est évidemment à regarder par quiconque ayant débuté et apprécié l’aventure de Hakusen Nagashi. Ce second tanpatsu continue sur la lancée du précédent en montrant de jeunes adultes avançant progressivement et à leur rythme. Bien que l’on puisse déplorer une certaine torpeur par moments, le tout reste très honnête, et surtout, authentique.