Il est l’heure de retourner du côté de Bon Temps afin de voir ce que True Blood nous a concocté de sympa cette année. Alan Ball ayant décidé de quitter son poste de showrunner à la fin de la saison cinq, celle-ci fut donc la dernière sous ses ordres directs. Il garde toutefois un œil sur la série et pourra donner des conseils si cela lui paraît nécessaire lors de la sixième, prévue au cours de l’été 2013. À l’instar des précédentes, la cinquième est composée de douze épisodes de cinquante minutes à une heure et fut diffusée entre juin et août 2012 sur HBO. Aucun spoiler, sauf sur le devenir de Tara.

Si beaucoup ne semblent pas avoir apprécié la saison quatre, ce ne fut pas du tout mon cas malgré de nombreuses maladresses qui auraient pu être assez facilement évitées. Elle a au moins le mérite de se terminer sur une note extrêmement enthousiasmante laissant augurer du bon pour la suite. Que les choses soient claires dès le départ, la saison cinq de True Blood est la plus mauvaise de la fiction depuis son arrivée sur la chaîne. Honnêtement, je ne me suis pas du tout ennuyée ni vraiment agacée parce que j’ai un énorme capital sympathie pour elle, mais il s’avère évident que les défauts enfoncent totalement l’ensemble. Ce n’est donc pas du tout étonnant que ceux ayant déjà du mal avec la série aient totalement décroché. Pourtant, la saison comporte de nombreuses bonnes idées si ce n’est qu’elle ne réussit pas du tout à les exploiter.

Sans surprise, le season premiere débute immédiatement là où l’on nous avait laissés. Tara vient de se prendre une balle en pleine tête pour sauver Sookie qui, elle, a assassiné de sang-froid Debbie. Pam passant dans les parages à la recherche d’Eric, Sookie et Lafayette lui demandent de transformer leur amie en vampire. La première réaction que l’on peut avoir est l’affliction. Si Tara devient une créature aux dents pointues, elle ne va donc pas mourir ! Quand bien même on peut avoir apprécié le personnage à ses débuts, les scénaristes ont montré depuis qu’ils ne savent pas que faire avec elle. En dépit de son trépas, elle compter rester encore parmi nous ?! Zut, True Blood n’est décidément pas capable de tuer ses figures principales. Contre toute attente, si Pam accepte en effet de concevoir son premier enfant, le résultat s’avère tout particulièrement réjouissant. Tara en vampire est la meilleure chose qui pouvait lui arriver et c’est aussi l’un des arcs les plus sympathiques de la saison. Bien sûr, comme elle déteste sa nouvelle nature, elle tolère au départ mal sa condition, mais elle finit plus ou moins par s’y faire, essentiellement grâce à Pam et, dans une moindre mesure, à Jessica. La dynamique instaurée entre Tara et Pam est plutôt bien écrite et ne manque pas d’étincelles. La fille d’Eric a toujours été exceptionnelle, notamment à travers sa répartie du tonnerre et son détachement, et la saison développe enfin un minimum son personnage en la montrant sous une autre facette. Son histoire et sa rencontre avec Eric sont mises en scène à travers des flashbacks parfois moyennement intégrés, mais leur contenu permet globalement de passer outre et de faire le parallèle avec ce que vit Tara. Quoi qu’il en soit, tout ce qui se déroule à Fangtasia est agréable, car drôle, enlevé, un tant soit peu mélancolique, presque émouvant et plus que correctement mené. La différence est d’autant plus frappante avec le reste tant maintes intrigues ne riment à rien, patinent et manquent cruellement de rythme. Les amateurs de soft porn seront autrement déçus parce que du sexe, il n’y en a presque pas !

Eric et Bill venant de créer leur propre désordre très sanguinolent, ils sont rapidement rattrapés par l’Autorité. Après entendre parler d’elle durant moult saisons, il était temps que la série nous la fasse connaître de l’intérieur. Découvrir les hautes instances vampiriques est généralement vecteur d’intérêt si ce n’est qu’ici, le résultat n’est pas satisfaisant. Le principal problème est d’avoir inclus une dimension fanatique et parfois totalement grand-guignolesque via l’arrivée de Lilith, le vampire originel. L’arc prédominant distille une connotation religieuse avec cette bible vampirique expliquant qu’avant Adam et Eve, Lilith apparut et les deux humains n’auraient été créés qu’en guise de nourriture. Fondamentalement, les thématiques sont pertinentes et mettent le monde de True Blood en ébullition. De nombreux vampires appelés les Sanguinistes croient dès lors que les humains ne sont plus que du bétail bon à sucer jusqu’à la moelle. Plutôt que de s’intégrer à la société comme le veut l’Autorité, ils doivent régner. Il existe donc une véritable dissension dans la hiérarchie et si l’on y ajoute le grandiloquent Russell Edgington venant de s’échapper de sa dalle de béton, il est facile d’imaginer de l’explosif. Or, ce n’est pas du tout le cas parce que tout tourne au ridicule en plus d’être extrêmement prévisible. De nouveaux personnages comme Salome (Valentina Cervi) sont irritants et d’autres tels que Bill sont à la limite de sortir de leur caractérisation. Nora, la petite sœur d’Eric jouée par Lucy Griffiths (Robin Hood), commence fort pour passer la moitié de la saison amorphe, avant de se réveiller dans les derniers épisodes. De même, si voir Christopher Meloni (Law & Order: Special Victims Unit, Oz) en vampire millénaire extrêmement puissant à la tête de l’Autorité est alléchant, il aurait mérité plus d’envergure. En fait, tous les membres ne servent au final à presque rien, ce qui est d’autant plus frustrant qu’ils sont pourtant parfois interprétés par des acteurs éminemment agréables comme Peter Mensah (Spartacus) et Christopher Heyerdahl (Stargate Atlantis, Sanctuary, Hell on Wheels). Même Russel Edgington n’a pas le droit à un traitement de faveur, ce qui est assez honteux puisqu’on prend le temps de le faire revenir. Cela dit, son association avec le très jeune individu qu’il garde sous son aile est franchement délicieuse. À noter la présence de Tina Majorino (Veronica Mars) en sympathique vampire geek.

Le pire dans la saison, c’est qu’elle offre à chaque personnage sa propre intrigue et qu’elle s’éparpille par conséquent absolument partout. Bien sûr qu’on apprécie les habitants truculents de Bon Temps, mais il est nécessaire de condenser tout ça et se limiter. Ce problème est loin d’être nouveau dans True Blood étant donné que la série a toujours été très brouillonne, attendant le dernier moment pour faire rejoindre les différents arcs. Sauf que cette année, ce gloubi-boulga ne parvient jamais à donner un sentiment d’unicité délirant. Franchement, qui en a quelque chose à faire des loups-garous ? Alcide a beau être attachant à sa manière, son passé et ses aventures avec sa meute – qui n’est pas sa meute, mais dont il ne peut se détacher – sont laborieux. Ce n’est pas parce qu’on nous montre que son père est joué par le génial Robert Patrick (The X-Files) que ça change quoi que ce soit. Même constat pour les réminiscences brûlantes de Terry empêtré avec le retour de son camarade incarné par Scott Foley (Felicity, Grey’s Anatomy) et leur Ifrit venu d’Irak. Sam et Luna ont quant à eux la malchance de devoir composer avec un gang d’Obama qui a ses hauts et de nombreux bas. Ajoutons-y la petite fille de Luna, sa grand-mère loup portant les traits de Dale Dickey (My Name is Earl), les déboires amoureux et cosmétiques de Hoyt et l’on a vraiment trop de choses inutiles sous les bras. En revanche, Lafayette n’a rien de particulier à se mettre sous la dent et c’est tant mieux surtout qu’il fait toujours preuve de classe et d’humour à toute épreuve. Le voir est quasi assuré d’en ressortir satisfait. Chaque épisode prend systématiquement le temps de montrer ce qui se déroule chez tout le monde et l’ensemble en devient mécanique et lourd. Le rythme n’arrange rien puisqu’il est très lent. C’est assez incroyable d’arriver aux trois quarts de la saison et de ne pas avoir l’impression qu’elle a vraiment commencé.

Dans tout ça, qu’en est-il de Sookie ? Le point assez étrange est que pour la première fois, la blondinette n’a que très peu de scènes avec Eric et Bill. C’est un soulagement puisque cela permet de laisser de côté un triangle amoureux finissant par s’engluer, mais aussi cela donne la possibilité à l’héroïne de ne pas être vue qu’à travers la romance. D’ailleurs, elle n’est pas la seule, car Eric retrouve enfin de sa superbe après avoir été trop domestiqué précédemment. Finalement, Sookie en a fait du chemin depuis sa première rencontre avec un vampire. Malgré l’omniprésence de son petit côté ingénu, elle est devenue plus que plaisante au fil des années. Au cours de la saison, elle passe beaucoup de temps avec Jason, ce qui est une excellente chose. Les épisodes mettent effectivement en avant leur relation, le font avec tact et juste ce qu’il faut d’amour familial pour la rendre crédible et sincèrement touchante. Jason et Sookie vont ainsi de découverte en découverte concernant la véritable cause de la mort de leurs parents et il semblerait que la suite continue cet arc rapidement amorcé ici. Sinon, Sookie a de nouveau affaire aux fées et à la plus vieille d’entre elles (Erica Gimpel – Veronica Mars, ER), tout comme le fantastique Andy qui se retrouve bien embêté une fois devant un certain fait accompli. Bref, tout ça est catastrophiquement désordonné.

En définitive, la cinquième année de True Blood multiplie les intrigues pour finir par s’en étouffer. Avec un rythme très lent et un arc principal avançant à la vitesse d’un escargot asthmatique, elle manque totalement d’homogénéité et d’intérêt. Forcément, en raison d’une écriture aussi instable, de délires extrémistes, de propos inutiles et de très nombreuses maladresses, voire d’incohérences, l’ensemble paye le prix fort et pas une seule fois, la saison demeure globalement correcte. Les épisodes ne réussissent pas suffisamment à insuffler la folie d’antan qui permettait de camoufler à sa manière le côté brouillon par sa verve et son aspect ironique et presque décadent. Cette saison cinq, en plus d’être très chaste, est bien trop bavarde et, surtout, très plate. Restent quelques passages plus qu’engageants et la sympathie que l’on peut porter à la série, mais il va de soi qu’à ce rythme, cela ne durera pas éternellement…