Quelque peu à l’instar de Yamikin Ushijima-kun qui n’est d’ailleurs toujours pas sous-titré à l’heure actuelle, j’ai décidé de forcer le destin avec QP en me procurant le DVD HK. Bien mal m’en a pris car les sous-titres sont tout simplement abominables et incompréhensibles. Quand on sait qu’Azuma devient my wife et Ten Ôkami-kai (du moins, je pense ; c’est le nom du gang principal de yakuzas) se transforme en Sirius, il y a de quoi se poser de sérieuses questions. Pour cette raison, je ne peux pas me permettre d’être totalement catégorique quant aux qualités intrinsèques de la série, même si je pense avoir compris la majeure partie grâce à mes maigres connaissances en japonais et mon bon sens. Je ne regrette pas mon achat parce que je doute que QP soit traduit un de ces jours mais bon, ce serait chouette que quelqu’un se lance à un moment donné surtout que je suis persuadée qu’il y a pas mal d’amateurs. Si le j-drama m’intéressait autant depuis son annonce c’est parce que, comme j’ai déjà pu le dire, je suis une très grande fan de Miike Takashi, le réalisateur japonais prolifique appréciant tout ce qui est déviant. Après avoir testé Tajû Jinkaku Tantei Psycho et l’extra Keitai Sôsakan 7, il me paraissait évident qu’il fallait que QP passe par mes écrans comme il en est le réalisateur / superviseur ; il a réalisé lui-même cinq épisodes sur les douze. Derrière ce titre se cache une série japonaise de douze épisodes de vingt minutes. Elle fut diffusée très tard dans la nuit sur NTV entre octobre et décembre 2011. Elle s’inspire vaguement du shônen manga en huit tomes et un one-shot de Takahashi Hiroshi, mangaka à l’origine d’autres œuvres telles que Crows (également adapté par Miike en deux films, Crows Zero), Drop (existe aussi en film avec Narimiya Hiroki et Mizushima Hiro) ou encore Worst. À noter que QP n’est pas édité en France à l’heure où ce billet est publié. Le titre, QP, provient du surnom donné au personnage principal du manga et se prononce kyûpi à la japonaise d’où l’appellation que l’on peut trouver un peu partout sur le net. Aucun spoiler.

Misaki Gen rêvait de devenir un boxeur professionnel jusqu’à ce qu’on lui annonce qu’en raison d’une blessure à la main, il ne pourrait plus combattre. C’est en cumulant les petits emplois ne le satisfaisant nullement qu’il rencontre Azuma Ryô, un yakuza, et qu’il décide de le suivre dans son monde particulier.

   

Miike Takashi a toujours eu un gros faible pour le monde des yakuzas mais aussi pour tout ce qui fait référence à la population nippone quelque peu désabusée et/ou en marge de la société. Il l’a déjà prouvé avec Crows Zero et continue donc sur sa lancée avec QP. Il est légitime d’effectuer de nombreux parallèles entre les deux univers bien qu’ici, le cadre soit nettement plus adulte et violent car ce ne sont plus des lycéens qui se battent avec leurs poings mais des yakuzas aux dents longues prêts à tout afin d’être en haut de la chaîne alimentaire. Ce qu’il y a de franchement bizarre, et qui a peut-être de quoi agacer les fans du manga, est le fait de s’en détacher totalement. Puisque j’ai voulu faire les choses comme il faut, j’ai lu le manga dans son intégralité. Je m’étais aussi dit que si les sous-titres étaient mauvais, ça m’aiderait à comprendre – ce qui fut le cas. Néanmoins, la série reprend seulement quelques personnages comme Azuma Ryô, Hiko, les assassins Tom et Jerry ou les frères Misaki et occulte beaucoup d’éléments. Les huit tomes du manga ne sont vus qu’à travers quelques très rares flashbacks et ce sont vraiment les trois derniers chapitres du one-shot, QP Gaiden, qui servent de point de départ au j-drama. Quoi qu’il en soit, le héros de QP – le manga – Ishida Kotori, est totalement absent. Il n’est même pas cité une seule fois et la fameuse scène de fin du manga (tome huit), expliquant pourquoi Azuma perd la voix et se retrouve criblé de balles, ne prend pas non plus en compte Kotori. Dans la série on voit bien Azuma parler à quelqu’un mais à qui ? Aucune idée si l’on n’a pas lu le manga. De même, la séquence dans le bâtiment désaffecté avec les Smoke-S n’inclut toujours pas Kotori et montre de nombreuses libertés. En résumé, le renzoku s’inspire de l’univers de la version papier, utilise certains protagonistes, prend sa source dans le Gaiden et met en scène sa propre version allongée. Le titre paraît donc quelque peu ridicule et la série aurait plutôt dû être intitulée Azuma alors… De toute manière, pour qui n’en a pas grand-chose à faire du manga ou qui ne le connaît pas, aucun problème ne se pose. Quant à ceux qui veulent comparer les deux, il est juste nécessaire de lire les trois derniers chapitres du one-shot.

Une des particularités du manga est de posséder une chronologie assez éclatée. Miike reprend exactement le même fonctionnement dans l’adaptation télévisée et le résultat se révèle au départ déconcertant puis au final, extrêmement enthousiasmant. Il faut en fait patienter jusqu’à la toute fin de la série pour réunir les pièces du puzzle. Admettons qu’un règlement de compte ait lieu et que le gang de yakuza soit séparé, la caméra suivra seulement quelques membres dans un épisode, pour revenir en arrière dans le suivant et retourner voir ce que faisaient les autres pendant ce temps. Dans le même ordre d’idées, le passé de certains personnages comme Tom et Jerry est vu à travers de nombreux flashbacks aléatoires où l’on nous propose d’abord que quelques secondes ; cela pour finir par combler les trous de ce qu’il s’est passé avant / après au fur et à mesure de la progression de QP. Si cela paraît peu clair écrit de cette manière, le visionnage ne l’est pas non plus énormément au départ (surtout lorsque les sous-titres sont très bancals !) et il est vraiment nécessaire d’être plus que concentré durant les épisodes. Ce qu’il y a de plaisant est que l’on ne prenne pas le téléspectateur par la main et que ce soit lui qui doive faire le travail tout seul, de manière à comprendre la totalité de ce qu’il s’est déroulé dans le présent des personnages mais aussi, dans le passé. La touche de Miike est dès lors indubitable d’autant plus qu’il y injecte plusieurs éléments excentriques et d’autres quasi surréalistes comme avec cette espèce de point lumineux vert difficilement interprétable, représentant peut-être le rêve inaccessible de Tom et Jerry. De même, QP bénéficie d’une véritable ambiance absolument fascinante qui ne choquera pas les amateurs des productions de Miike mais qui pourrait consterner certains.

La réalisation participe grandement à cette expérience qu’est QP car outre la méthode de narration particulière, les plans sont soignés et la photographie absolument magnifique. Très rares sont les j-dramas à faire preuve d’une telle identité, qui plus est lorsqu’ils passent en catimini dans la nuit. Tout au long, les épisodes baignent principalement dans ce qui s’apparente presque à du clair-obscur et les lumières sont majoritairement très jaunes et rouges. L’atmosphère gagne immédiatement en intensité et l’on sent facilement la lourdeur et la tension dans l’air contrastant avec une mélancolie pénétrante. Ce rouge constant est à mettre en parallèle avec le sang coulant régulièrement, sans pour autant que cela soit gore. Il est clair que QP n’est pas à mettre entre les mains de ceux évitant la violence. De toute manière, sachant que la série traite sans complaisance du monde des yakuzas, il va de soi que le ton ne peut qu’être dramatique. Pour autant, l’humour est présent si ce n’est qu’il est quasi pince-sans-rire, noir, presque abscons et ce sont surtout certaines situations loufoques et décalées (à la Miike diront les connaisseurs) qui prêtent à sourire. Enfin, difficile de ne pas mentionner la bande-son plus que jouissive mêlant à la fois des tonalités très jazzy mais aussi versant dans le rock / metal endiablé. Composée par Ike Yoshihiro (Keitai Sôsakan 7, Magerarenai Onna, Rebound), elle contient également plusieurs chansons rythmant à merveille ce qu’il se passe. Celle que l’on entend généralement au début, Looking Back on Love de Lenny Kravitz est probablement la moins intéressante mais les deux de Song Riders, Rabbit Foot et surtout, I Don’t Back, groupe que j’ai découvert pour l’occasion, sont totalement stimulantes. Ne parlons même pas de la géniale chanson de fin, Black ¥ Power G Men Spy des tout aussi géniaux MAXIMUM THE HORMONE, parfaisant l’ensemble. Avec tout ça, il est difficile de ne pas en ressortir exalté voire totalement surexcité car lorsque la musique s’emballe, Azuma Ryô se prépare à avancer et l’on sait que ça va faire mal. Très mal.

QP débute par la rencontre entre Misaki Gen et Azuma Ryô. Le premier, incarné par Hayashi Kento (Arakawa Under the Bridge, Shôkôjo Seira), est un ancien boxeur désabusé ne pouvant plus combattre en raison d’une main blessée. Il essaye tant bien que mal de canaliser sa colère et sa frustration, lui qui a tout donné durant de nombreuses années pour réaliser un rêve envolé en fumée. Puisqu’il doit bien vivre, il cumule les petits boulots. C’est justement dans le restaurant dans lequel il travaille qu’il voit Azuma Ryô et le moins que l’on puisse dire, est que celui-ci lui fait une forte impression. En d’autres termes, Gen lance son torchon à son patron et suit comme un petit chien Ryô, voulant à tout prix faire partie de son gang, Ten Ôkami-kai. À partir de là, il écume les rues de Tôkyô avec Hiko (Taguchi Tomorowo, il a déjà joué dans plusieurs films de Miike), un homme ayant un lourd passif dans le monde des yakuzas. Les épisodes travaillent beaucoup leur relation où Gen prend comme mentor Hiko en dépit de son caractère impétueux et du peu d’appréciation qu’il porte à Ryô. Bien que la série fasse preuve de multiples rebondissements et d’un côté parfois frénétique, elle est l’autre partie du temps très lente. Il n’est pas rare de voir Gen et Hiko aller de restaurant en restaurant, discuter, boire du saké, manger le meilleur ramen de la ville et rencontrer d’autres yakuzas peu recommandables. Hiko a de suite compris que la criminalité n’était pas faite pour Gen, lui qui a un frère aimant n’attendant que son retour, et il tente alors de le lui faire comprendre à sa manière. Leur dynamique est en définitive plutôt jolie et certains passages sont émotionnellement chargés. Les deux, bien que faisant partie intégrante de l’organisation de Ryô, sont quelque peu en retrait du reste de la bande qui elle est au final, bien petite.

Azuma Ryô est le véritable héros de QP. Vêtu de blanc des pieds à la tête, arborant des cheveux blonds et affichant de vilaines cicatrices dont une imposante sur la joue, il ne fait confiance à personne et ne se sépare jamais de ses armes. Normalement, le rôle devait être destiné à Takaoka Sôsuke mais suite à ses déclarations sur Twitter l’ayant amené courant 2011 à quitter son ancienne agence, il aurait demandé à Miike de le laisser souffler. C’est pourquoi Saitô Takumi (vu aussi dans plusieurs films de Miike) reprit le rôle. Alors que personnellement, je me disais que j’aurais préféré Sôsuke, ce n’est en fait pas du tout le cas tant l’acteur choisi est parfait en tant que ce yakuza mystérieux proche du démon ; il se rapproche assez de la version papier en plus. Ryô ne parle plus depuis qu’il a reçu plusieurs balles dont une ayant entravé ses cordes vocales. Il ne cherche aucunement à s’exprimer par d’autres moyens et attend des autres qu’ils le comprennent rapidement. On l’entend toutefois discuter à plusieurs reprises à travers des flashbacks mais également dans l’espèce de petit prologue débutant chaque épisode qui prendra tout son sens à la fin de la série. Il est vrai que Ryô est un être assez difficilement compréhensible si ce n’est que c’est principalement sa nature qui le rend ainsi. Ne vivant que pour les yakuzas, il a fait une croix sur tout le reste. Il n’est pas totalement déshumanisé grâce à des séquences avec son grand-père. Compte tenu de son caractère, il est logique qu’il n’ait pas d’amis et qu’il soit en définitive, très seul. En tout cas, Ryô dégage un certain charisme et inspire une force presque magnétique.

Ten Ôkami-kai comporte sinon un yakuza ne sortant guère des quatre murs de l’organisation, l’italien Mario (KENCHI d’EXILE) et le duo de tueurs Tom et Jerry. Oui, oui, comme comme le dessin animé. Ces deux-là se sont rangés du côté d’Azuma Ryô quelques années auparavant. La série exploite énormément leur lien indestructible, eux qui sont comme les doigts de la main depuis qu’ils sont petits. Alors que le manga ne racontait pas forcément grand-chose les concernant, ce n’est pas du tout le cas ici et c’est vraiment agréable de voir que le renzoku tente d’exploiter comme il faut leur psychologie avec nuance et émotions. Tom et Jerry sont respectivement incarnés par Kaneko Nobuaki (Buzzer Beat, Piece Vote, Samurai High School et évidemment, Crows Zero II) et Watabe Gôta (Saru Lock). Chacun possède une caractérisation propre et Tom est probablement le plus instable. Le j-drama ne se limite alors clairement pas au genre spécifique qu’est celui des yakuzas car il fait la part belle à d’autres sujets et interrogations comme celles en lien avec ces deux assassins.

L’intrigue principale de QP est en réalité très simple malgré les nombreux détours qu’elle peut donner l’impression de prendre. Une autre organisation criminelle de la ville, Yokomizo, cherche à devenir la plus importante et pour cela, elle doit faire imploser Ten Ôkami-kai de l’intérieur. S’en suivent de nombreuses manipulations, des malversations, des meurtres et des yakuzas toujours prêts à tout pour avoir le pouvoir ultime. La série évite habilement l’écueil du manichéisme et teinte l’ensemble de plusieurs nuances de gris. Ainsi, les méchants sont difficiles à cerner et personne n’est jamais tout blanc. Au sein de Yokomizo, le personnage retors joué par Shiina Kippei (Zeni Geba) ne s’embarrasse pas des trahisons et compte sur son bras-droit (Watanabe Dai – vu aussi au ciné avec Miike !). La question est donc de savoir dans quelle mesure Azuma Ryô et son équipe instable vont s’en sortir, si tout du moins ils y parviennent… En tout cas, la toute fin de la série est très jouissive. Pendant ce temps, la police cherche naturellement à mettre de l’ordre dans tout ça et une autre organisation, plus sage et mesurée où l’on peut voir Yabe Kyôsuke (Yamikin Ushijima-kun), essaye d’éviter que la ville ne sombre dans le chaos total. D’autres figures tirent leur épingle du jeu comme Eiji, le petit jeune vendant des informations et se révélant absolument désopilant ; il a en plus pour lui de porter les traits du chouette Kubota Masataka (Keitai Sôsakan 7). Comme on peut rapidement s’en rendre compte, la patte Miike est clairement partout avec des thématiques qui lui sont chères, un traitement typique de ses productions, de nombreux acteurs qui ont déjà tourné pour lui mais aussi parce qu’il s’octroie un super cameo dans l’épisode cinq.

En conclusion, QP sonne assez traditionnelle pour tout ce qui a trait au bas-fond de la société nippone mais la forme très soignée et la prestance de certains personnages cassent totalement le classicisme de l’histoire. C’est d’autant plus vrai que l’on se prend rapidement au jeu grâce à une tension à couper au couteau et une ambiance à la fois nostalgique et intense. Tout en faisant preuve de contraste avec une lenteur contrebalancée par des scènes très vives, elle dresse un constat non consensuel et nuancé des yakuzas. La série est clairement à regarder par quiconque appréciant les travaux de Miike Takashi car elle reflète parfaitement sa touche avec une chronologie éclatée se laissant difficilement apprivoiser, un délicieux mélange des genres, une quasi absurdité et un humour tour à tour noir et loufoque. Quant aux autres, elle est tout autant recommandée à condition d’avoir un faible pour les univers désabusés et violents n’hésitant pas à mettre en scène des émotions et une dose d’excentricité. Ce fut pour ma part un petit coup de cœur et ce serait franchement fantastique si quelqu’un se lançait dans de bons sous-titres…