Comme toujours, puisque l’on n’a jamais le temps de tout regarder, il est nécessaire de faire des choix. Parfois on se dit qu’on rattrapera plus tard, parfois on laisse tomber parce qu’en fait, la série ne nous semble pas très engageante. Grâce au livre Les Autres Séries de Critictoo, j’ai décidé de donner sa chance à une production qui ne m’avait pas intéressée lors de sa diffusion : The Middleman. À l’origine, The Middleman est un comic book écrit par Javier Grillo-Marxuach. À noter qu’il est toujours en cours à l’heure à laquelle ce billet est posté. C’est Grillo-Marxuach, connu également pour avoir travaillé sur le scénario de plusieurs épisodes de Lost, Charmed et Medium, qui a lui-même créé et développé sa propre adaptation pour la télévision. Compte tenu des audiences très faibles, la commande des treize épisodes devant constituer la première saison a été réduite à douze d’une quarantaine de minutes. Ils furent diffusés entre juin et septembre 2008 sur ABC Family. Ce n’est qu’en février 2009 que l’annulation de la série fut officielle ce qui fait qu’elle ne comporte donc qu’une toute petite saison. Toutefois, le treizième épisode jamais tourné existe sous la forme d’un comic book, The Middleman : The Doomsday Armageddon Apocalypse, et fait office de series finale. Pour l’occasion, les personnages ont le physique des acteurs. Il n’existe pas de version française du comic à ce jour. J’ai dans l’idée de l’acheter et quand je l’aurai lu, j’en parlerai bien évidemment sur Luminophore. Aucun spoiler.

Wendy Watson, la vingtaine, est recrutée par hasard par une agence secrète combattant les forces du mal, que ces dernières possèdent des super-pouvoirs ou qu’elles proviennent d’une autre galaxie.

Sans aucun doute, The Middleman est une série extrêmement atypique ne pouvant plaire à tout le monde. Ce n’est d’ailleurs que peu étonnant qu’elle n’ait pas trouvé son public tant elle change radicalement de ce qu’il se fait sur les ondes. Il est d’autant plus incroyable que sa chaîne fut ABC Family, celle qui apprécie la morale bien pensante et le paternalisme chrétien. Il est logique d’être moyennement tenté de se lancer dans une série annulée en cours de route. Après tout, pourquoi s’y investir alors que l’on n’aura jamais de réelle fin ? D’une, il en existe une sous format papier pour The Middleman et de deux, la série possède presque des épisodes indépendants reposant à chaque fois sur la même formule. En d’autres termes, si frustration il y a en terminant le douzième épisode, elle provient du fait qu’on aurait aimé en voir plus et non pas car on se ronge les sangs de savoir ce qu’il se passe après. The Middleman ne doit donc pas être boudée pour son avortement hâtif. En plus, nous savons tous que ce n’est pas parce que le couperet fatidique tombe très tôt que la qualité n’est pas au rendez-vous. Les douze épisodes possèdent ainsi un côté formula qui aurait pu se révéler répétitif au fil du temps puisque la mécanique est toujours strictement identique. Cela dit, comme la série n’aura jamais eu le temps de durer, on ne sent en aucun cas l’aspect rébarbatif. Chaque épisode consiste en une enquête très particulière de l’agence secrète où ses membres tentent de lever le voile sur un crime. Tandis qu’ils combattent le mal, ils continuent en même temps de côtoyer leurs connaissances et à la fin des quarante-minutes, le problème est résolu. Bref, on a vu des milliers de séries de ce genre mais ce qui permet à The Middleman de se détacher de la masse est son ambiance et son ton.

Alors qu’elle s’ennuie durant son travail de réceptionniste, Wendy Watson, une artiste accumulant les boulots alimentaires pour vivre de son art, est recrutée par The Jolly Fats Wehawkin Temp Agency, une organisation secrète ayant décelé chez elle la capacité de rester calme face à des situations extraordinaires. Pour faire simple, si jamais il lui arrive de se retrouver face à un monstre venu d’on ne sait où, elle ne crie pas et fait preuve de détachement. Sans trop savoir comment, elle devient le sidekick de The Middleman, un homme arborant un costume de nazi d’Eisenhower combattant le mal pour que nous, nous n’ayons pas à le faire. Véritable super-héros des temps modernes, il ne se passe pas une journée sans qu’il ne brave le danger. N’ayant rien à perdre et étant curieuse de nature, Wendy accepte ce poste très secret dont elle ne doit parler à personne et pénètre dans ce monde risqué mais aussi, définitivement coloré et excentrique. The Middleman aurait pu être une série extrêmement sérieuse où la Terre s’apprête à exploser toutes les secondes à grands renforts d’effets dramatiques. Or, elle prend totalement le téléspectateur à contre-pied car si notre planète peut être à tout moment au bord de l’explosion, pas une seule fois le scénario en devient tragico-catastrophique. C’est même tout le contraire. En multipliant les situations improbables voire totalement ubuesques, en appuyant ses délires excessifs via la mise en scène et la bande-son, en utilisant les stéréotypes et autres caricatures pour les détourner ainsi qu’en y insufflant un registre humoristique pince-sans-rire truffé de références omniprésentes à la pop culture, le résultat est totalement décalé et presque surréaliste. Là où la série devient brillante est qu’elle ne se prend pas une seule fois au sérieux et est quasi voire totalement parodique. Wendy rencontre dès lors un boys band extraterrestre, des zombies, des succubes, des truites assoiffées de chair fraîche, des fantômes, des vampires-marionnettes, un singe-savant passionné de cinéma noir ou encore des luchadors. Les méchants sont parfois très méchants ou stupides et bien sûr, ils sont systématiquement vaincus. Chaque épisode, en plus de porter un titre extra dans son genre (The Ectoplasmic Panhellenic Investigation, The Obsolescent Cryogenic Meltdown, The Manicoid Teleportation Conundrum, etc.), est dédié à une thématique spécifique faisant appel à des univers connus des fans de science-fiction et de fantastique. Sur certains points, l’ensemble ressemble assez à Men in Black (ou à Dr. Horrible’s Sing-Along Blog dans une certaine mesure) même si ici, le kitsch est fort présent et totalement assumé. Ajoutons-y des dialogues débités à toute vitesse, des savoureuses expressions inventées, des gros mots bippés ou encore des informations écrites à l’écran favorisant le second degré et il est facile d’être charmé – à partir du moment où l’on apprécie l’excentricité et la loufoquerie, bien sûr. The Middleman utilise en fait les codes des comics books et réussit parfaitement à les intégrer à la télévision. Au final, les épisodes sont définitivement fun à regarder étant donné que le rythme est très enlevé, les répliques croustillantes à souhait et parce que l’on ne voit jamais le temps passer tant on rit, on s’amuse face aux gimmicks (My plan is sheer elegance in its simplicity !) et on se plaît à tenter de déceler le maximum de références.

Outre son atmosphère kitsch et décalée, The Middleman propose une galerie de protagonistes principaux et secondaires bien développée et plus qu’attachante. Si la série porte son nom, The Middleman n’est pas réellement le héros mais dans le cœur des téléspectateurs, il a tout pour devenir un des chouchous. Il est devenu Middleman après avoir été choisi par l’ancien Middleman et tout comme ce dernier, il ne sait rien de l’organisation, O2STK (Organization Too Secret To Know), qui lui offre tous ses gadgets super sophistiqués – attendez, ils avaient Internet dans les années 1970 ! Droit, fidèle, patient et véritable gentleman, le Middleman actuel semble impossible à corrompre et prend son travail très au sérieux. Après tout, le sort du monde repose sur ses épaules et il faut bien remplir le cahier des charges habituel. Toujours habillé de son costume tiré à quatre épingles, il compte sur son assistante, la grincheuse Ida (Mary Pat Gleason) qui est en réalité… un androïde ! Comme tout héros qui se respecte, il a sa Middle-mobile, son Middle-gun, sa Middle-watch et une vie très mystérieuse puisqu’on ne sait rien de lui. Ah si, il adore le lait. C’est Matt Keeslar qui lui offre ses traits et il effectue un excellent travail rendant son personnage adorable. The Middleman décide ainsi de recruter son successeur et son choix se porte sur Wendy, devenant par la suite sa partenaire de choc. Artiste, elle semble être l’opposée du Middleman étant donné qu’elle est impétueuse et a tendance à fonder dans le tas avant de réfléchir. Natalie Morales l’incarnant la rend à la fois sexy, futée et intelligente. Le point éminemment positif et rafraichissant de la série, celui qui fait vraiment un bien fou, est que pas une seule seconde le scénario n’installe une dynamique amoureuse entre les deux. Il n’y a absolument aucune ambiguïté. Veillant l’un sur l’autre, ils finissent par s’apprécier grandement, devenir de vrais amis voire plus car l’un voit en l’autre une petite sœur et l’autre un père. Ils sont très touchants et délicieux à leur manière.

The Middleman s’attarde certes sur les intrigues interstellaires et galactiques mais la série n’oublie aucunement la dimension plus personnelle de Wendy, la véritable héroïne de la série. Elle développe grandement les sentiments, le fait parfois à grands renforts de propos gentillets, mais comme le tout est entouré d’une folie ambiante, ce n’est pas un problème. À vrai dire, l’ensemble est définitivement mignon. N’arrivant jamais à détacher sa vie professionnelle de la personnelle, Wendy amène souvent ses problèmes de boulot chez elle et réciproquement. Naturellement, le résultat s’avère quelque peu chaotique. Elle vit dans un loft avec sa meilleure amie, Lacey Thornfield, jouée par la jolie Brit Morgan à mille lieues de son rôle dans True Blood. Celle-ci surnomme Wendy Dub-Dub ou Dubbie, appellation que reprennent la plupart des personnages. Pétillante et campée sur ses positions, Lacey n’hésite pas à se placer en hors-la-loi pour manifester son mécontentement face à la non-protection des animaux. L’amitié entre les deux est très joliment mise en scène et se révèle être un moteur plutôt important des épisodes. Lacey finit par ne plus trop se poser de questions en voyant sa meilleure amie s’envoler vers son travail à toute heure du jour et de la nuit. Il faut dire qu’elle est tellement sous le charme du Middleman, qu’elle surnomme Sexy Boss et Pillow Lips, qu’elle se laisse assez facilement apprivoiser. Et quant au Middleman, Lacey ne le laisse clairement pas indifférent… Les deux jeunes femmes sont amies avec Noser (Jake Smollett), le guitariste nonchalant cachant un terrible secret susceptible de ruiner sa crédibilité. À côté de tout ça, quelques autres figures apparaissent régulièrement et sont toutes hautes en couleur telles que Pip, le fils du propriétaire de l’immeuble n’en ratant pas une pour être méchant, les différents Interrodroid ou encore Tyler (Brendan Hines – Lie to Me) qui prendra de l’importance vers la fin. Ajoutons-y plusieurs invités dans des rôles truculents et désopilants comme Mark Dacascos (The Crow : Stairway to Heaven) en tant que Sensei Ping, Kevin Sorbo (Hercules : The Legendary Journeys), Todd Stashwick (The Riches) ou encore Mark Sheppard (Supernatural, Battlestar Galactica).

Au final, The Middleman est une série possédant une vraie identité avec son univers coloré, très fantaisiste, jouant totalement la carte de l’excentricité et du kitsch assumé. S’il est clair qu’elle n’est pas à destination de n’importe qui, ceux appréciant les mondes franchement décalés faisant preuve de second degré et n’hésitant pas à inclure des références à la pop culture absolument partout devraient être charmés par cette curiosité inventive. Grâce à son dynamisme, ses attachants personnages, sa sincérité, ses dialogues ciselés et son humour quasi perpétuel, cette production rapidement avortée s’approprie totalement l’univers des comics pour s’en amuser. Difficile alors de cacher sa joie devant l’entrain de ces agents secrets prêts à sauver le monde des monstres en tous genres sortis tout droit de l’univers SF et fantastique. Ce coup de cœur personnel est à consommer sans modération !