Pour une raison inconnue, les tanpatsu mettant la comédie à l’honneur m’attirent moins – et donc, ne passent pas sur Luminophore. Pourtant, quelques-uns semblent particulièrement sympathiques. Est-le cas de Deru Toko Demasho! ? Bonne question. Cet unitaire dure près de cent dix minutes et ne comporte qu’un unique épisode diffusé le 22 septembre 2007 sur Fuji TV. Contre toute attente, malgré un format très court, il s’agit d’une adaptation du seinen manga du même nom en treize tomes d’Inamitsu Shiji, publié entre 2004 et 2007 ; aucune édition française n’existe pour l’instant. Aucun spoiler.

Suite à la liquidation de son entreprise, le père de Kamei Shizuka a abandonné femme et enfants, les laissant sans le sou et à la solde d’usuriers leur réclamant des millions et des millions de yens. Renvoyée de son école prestigieuse parce qu’elle est devenue la lie de la société, Shizuka doit habiter dans un taudis avec sa mère et son frère cadet en espérant de jours meilleurs. Lorsqu’elle rencontre l’avocat Nonaka Hiromu, sa vie amorce un changement, car il sort momentanément la famille de la misère, mais elle demeure tout de même définitivement endettée. C’est pourquoi Shizuka décide d’accumuler les petits boulots et commence à travailler à temps partiel pour Nonaka…

   

Il va de soi que la série ne doit s’inspirer que du début du manga étant donné qu’en même pas deux heures, le récit n’est pas en mesure de raconter grand-chose. La version papier, que je n’ai pas lue, illustre certainement les multiples péripéties de son héroïne dans le cabinet de son patron et ce n’est que l’une d’entre elles – ou un condensé de plusieurs – que l’on voit dans le tanpatsu. Si j’ai eu envie de le visionner, ce n’est pas pour son synopsis peu engageant, mais pour sa distribution, quand bien même l’adolescente est campée par une actrice qui a plutôt tendance à me faire fuir à toute vitesse. Deru Toko Demasho! met ainsi en avant l’existence très mouvementée de la lycéenne Kamei Shizuka. Son père étant un couard, il laisse sa famille gérer ses problèmes financiers tandis qu’il est parti faire on ne sait quoi, on ne sait où. Pour subvenir aux besoins de son entourage, Shizuka décide d’aider Nonaka dans sa tâche, car elle a compris qu’un avocat gagne plus que bien sa vie. Ou plutôt, un avocat tel que Nonaka puisqu’il refuse toute affaire n’ayant pas un minimum d’argent à la clé, et ne cherche en aucun cas à secourir les personnes ne pouvant lui délivrer de beaux billets de banque. Non, lui, ce qu’il veut, c’est pouvoir se payer des figurines de jeunes filles en fleur et admirer leurs… uniformes ! Nonaka est un vrai passionné des vêtements scolaires et pourrait passer toutes ses journées à les regarder, les toucher, les sentir et rêver d’eux. Il en est vraiment obsédé et prêt à tolérer n’importe quoi à partir du moment où il peut s’en approcher. Lorsque Shizuka lui propose celui de son ancien lycée en échange d’un boulot, il accepte ce marché bon gré, mal gré. Enfin, à condition qu’elle se trouve un nouvel établissement et qu’elle porte constamment un uniforme dans le bureau.

La voilà donc dans la place et forcément, tout ne se déroule pas comme prévu en raison de son caractère. Joyeuse, optimiste, mignonne et volontaire, elle est en plus une fieffée gaffeuse doublée d’une maladroite. Persuadée de son bon droit, Shizuka essaye de convaincre Nonaka qu’il est absolument nécessaire d’aider son prochain. Sa personnalité est assez irritante d’autant plus qu’elle pense avoir toujours réponse à tout et en fait beaucoup trop, mais la fraîcheur de celle qui lui offre ses traits, Horikita Maki, permet de ne pas trop avoir envie de lui taper dessus. Effectivement, l’actrice est globalement correcte, ou tout du moins, elle ne dénote pas particulièrement par rapport à l’ambiance du tanpatsu. Deru Toko Demasho! est sans conteste une comédie utilisant le cadre judiciaire pour fabriquer des intrigues convenues et moralisatrices. Shizuka rencontre dès lors des amis et inconnus ayant quelques soucis avec la loi ou avec de méchants manipulateurs ; et elle tente de les sortir du pétrin. Au passage, elle n’hésite pas à lancer quelques grandes leçons de vie pleine de bons sentiments. Le ton est plus que stupide, ne le nions pas. En fait, tout y transpire le ridicule et il s’avère difficile d’affirmer si cela est volontaire ou non. Entre les bruitages, la musique pompeuse intrusive et omniprésente, les grimaces et le surjeu outrancier de la quasi-totalité de la distribution, il y a de quoi avoir des boutons, surtout si l’on attend un semblant de subtilité. Sur une note triviale, il se révèle toujours amusant de reconnaître en fond sonore une reprise d’une chanson de Ri Kôran, artiste vue quelques semaines auparavant dans un unitaire ; et c’est ABBA pour le générique de fin. À condition de se montrer un minimum tolérant devant ces pitreries très japonaises, l’ensemble passe relativement bien puisqu’il est rythmé. En raison de ces situations surréalistes, l’audience ne doit pas espérer de ce récit une quelconque crédibilité et en dépit de quelques moments cocasses, l’épisode demeure surtout franchement idiot. Heureusement, Nonaka permet quelque peu de sauver le tanpatsu du désastre. En effet, si sa caractérisation est écrite avec aussi peu de finesse que le reste, son goût pour les uniformes couplé à sa pingrerie et son manque d’empathie le rendent assez comique. Il faut dire que son interprète, le très charmant Tanihara Shôsuke (Love Shuffle, Magerarenai Onna), prouve encore une fois qu’il excelle dans le registre humoristique. À côté de lui, des figures comme le clerc joué par Nukumizu Yôichi (BOSS) et son assistante (Koike Eiko – Shokuzai) sont plutôt drôles, mais pas foncièrement exaltantes. En revanche, impossible de ne pas mentionner l’apparition du génial Endô Kenichi (Shiroi Haru) en passionné de… eh bien, nous garderons évidemment la surprise. L’avocat véreux (Kabira Jay – Churasan), sacré ennemi de Nonaka, a lui également une obsession très particulière. À vrai dire, il y a pas mal de visages connus puisqu’on y retrouve Kiritani Mirei (Arakawa Under the Bridge) en amie de Shizuka et quelques autres encore.

En définitive, Deru Toko Demasho! s’apparente à une comédie insipide extrêmement classique et consensuelle où les personnages sont de véritables caricatures n’hésitant pas pour certains à nous abreuver de grandes leçons de morale. Le visionnage ne s’avère pas extrêmement désagréable à moins d’avoir la dent dure contre les loufoqueries et l’humour japonais poussif, mais le tanpatsu ne mérite aucunement de s’y attarder, sauf si l’on est un fan indécrottable de Tanihara Shôsuke ou de Horikita Maki, car chacun pourra alors tolérer les aventures idiotes de cette jeune lycéenne sans le sou travaillant pour un avocat égoïste.