Lupin no Shôsoku | ルパンの消息

Par , le 6 janvier 2013

Histoire de bien commencer l’année du côté japonais, quoi de mieux que de se diriger vers la chaîne la plus susceptible de fournir une série convaincante ? Place à Lupin no Shôskoku, un tanpatsu constitué d’un unique épisode d’un peu moins de deux heures, diffusé sur WOWOW le 21 septembre 2008 ; son titre signifie approximativement les nouvelles de Lupin. Il s’agit d’une adaptation du roman du même nom écrit en 2005 par Yokoyama Hideo. À noter que plusieurs œuvres de cet auteur prolifique ont déjà été transposées à la télévision ; malheureusement, peu possèdent des sous-titres. Aucun spoiler.

Un jour avant la fin du délai de prescription, la police découvre que le suicide d’une professeure quinze auparavant n’en était pas réellement un. Une nouvelle équipe de recherche se forme et les questions se multiplient. Qui a donc tué cette enseignante ? Pourquoi ? Quel est le plan Lupin dont on entend parler ? Et quel est le lien avec cette vieille histoire où 300 millions de yens avaient été volés ?

     

Lupin no Shôsoku est un tanpatsu jouant avec son aspect morcelé qui se montre particulièrement efficace. Tout en multipliant les perspectives et en ajoutant de nombreux flashbacks se déroulant à plusieurs époques, les éléments finissent progressivement par s’imbriquer pour apporter une conclusion à l’ensemble de ces deux enquêtes. Car effectivement, ce sont bien deux affaires qui sont remises au goût du jour. La première, la plus amère parce qu’elle n’a jamais eu de résolution depuis près de 22 ans, date de 1968. À cette date, 300 millions de yens furent dérobés sans fracas, grâce à une supercherie parfaitement organisée par un seul homme. Malgré 170 000 policiers dépêchés et de grands moyens mis en place, les indices étaient maigres et l’investigation patina durant des années. Sept ans plus tard, un des inspecteurs en charge, Mizorogi Yoshito (Kamikawa Takaya – Warui Yatsura, Kimi ga Oshiete Kureta Koto, Hanazakari no Kimitachi e) espérait réussir à coincer le dernier et principal suspect, le gérant d’un café, Utsumi Kazuya (Endô Kenichi – Shiroi Haru, Fumô Chitai). Alors qu’il était proche de son but, il dut déclarer forfait pour une raison bien malheureuse : le délai de prescription. Il faut savoir qu’au Japon, pour des infractions de ce type, il y a prescription au bout de sept ans ; pour un meurtre, ce sera quinze ans. Retour au présent. L’action principale de Lupin no Shôsoku se déroule en 1990, soit quinze ans après la mise au placard du dossier des 300 millions de yens. Une piste anonyme révèle que le suicide d’une enseignante en 1975 était en réalité un meurtre déguisé ; trois noms sont donnés. La course contre la montre s’engage étant donné qu’il y aura prescription dans… 24 heures. Ironiquement, Mizorogi doit s’occuper de ce cas qui, inévitablement, lui rappelle des douloureux souvenirs, d’autant plus qu’il retrouve le même commissariat dans lequel il n’avait plus mis les pieds. Plusieurs de ses anciens collègues tels que Kuruwa Kôji (Masana Bokuzou) et le responsable de la division, Fujiwara Iwao (Nagatsuka Kyôzô – Madonna Verde) sont également dépêchés. À vrai dire, il est bien difficile pour Mizorogi de se détacher de ce vieux dossier qui le hante encore puisqu’outre un climat similaire, l’ombre d’Utsumi plane sur ce suicide supposé. Contre toute attente, son nom revient en effet au cours de l’interrogatoire des trois suspects…

Ce qui fait la force de ce tanpatsu est sans aucun doute son écriture sobre et définitivement intelligente. Plusieurs rebondissements parsèment la totalité de l’épisode et rendent le visionnage intrigant et définitivement enthousiasmant. Si certaines révélations sont rapidement éventées compte tenu d’un appui trop marqué de la caméra ou d’indices légèrement grossiers, quelques autres ne le sont pas du tout et s’avèrent surprenantes. Dans tous les cas, l’intrigue est rondement menée avec des détails prenant de l’importance et un aspect poupées russes plus qu’habile. Le scénario n’est par conséquent pas extrêmement complexe mais il sait rester à sa place et profiter à bon escient de ses deux heures. Bien qu’au final, la majorité des scènes se situe dans le commissariat, avec les aveux des hommes a priori en lien avec le meurtre de la prof, l’ensemble se veut vivant et dynamique. Pour cela, l’épisode peut remercier ses flashbacks parfaitement insérés et ajoutant ce qu’il faut pour découvrir peu à peu des indices permettant de terminer ce puzzle aux multiples facettes. Surtout, Lupin no Shôsoku n’oublie aucunement la dimension humaine et réussit de ce fait à impliquer émotionnellement son public. Le meurtre de l’enseignante, Mine Maiko (Machida Shion), est bien plus complexe qu’au premier abord. Femme fatale, elle jouait alors beaucoup avec les autres et n’hésitait même pas à flirter avec ses élèves. Les trois interrogés par la police en 1990 étaient en 1975, amis, et cette prof, qu’ils surnommaient Glamour, leur apprenait l’anglais. Le trio s’est depuis perdu de vue et chacun trace sa route, avec plus ou moins de succès. Il faut avouer que les acteurs ne sont pas très crédibles en tant que lycéens mais cela ne dérange pas réellement. Quoi qu’il en soit, chacun est ici amené dans une salle d’interrogatoire et doit répondre à diverses questions. Incarnés par Okada Yoshinori (Atashinchi no Danshi, Kisarazu Cat’s Eye, Oh! My Girl!!), Arai Hirofumi (surtout visible au cinéma) et Kashiwabara Shûji (Yume wo Kanaeru Zô, Yasha, Guilty ~ Akuma to Keiyakushita Onna), ces trois anciens amis sont encore imprégnés d’une tragédie, et en dépit du mur les séparant, ils demeurent solidaires et profondément loyaux. En fait, les protagonistes sont ambigus car personne ne semble avoir tort ou avoir raison. L’épisode en ressort dès lors très satisfaisant par sa pluridimensionnalité. Le tanpatsu fait preuve d’un certain minimalisme en prônant la pudeur et en évitant les écueils habituels du genre comme un sentimentalisme exacerbé ou une emphase irritante. La fin se veut d’ailleurs dans ce ton et en devient authentique et touchante.

Autrement, la musique participe à cette ambiance quelque peu mélancolique, nostalgique et en définitive, douce-amère. Il en va de même concernant la réalisation qui, en plus de jouer avec quelques symboles et de posséder une photographie soignée, est sans excès. Enfin, avec une absence de surjeu et un côté dépouillé, l’interprétation est de qualité ; la distribution comporte en outre de nombreux noms plutôt connus auxquels il est possible d’ajouter quelques autres visages ayant leur importance tels que Satô Megumi (Taiyô no Uta, Hana Yori Dango), Fukikoshi Mitsuru (Yasha), Tsuda Kanji (Kaibutsu-kun, Keitai Sôsakan 7), Nakamura Yasuhi (Yamikin Ushijima-kun), Shiomi Sansei et Miyaji Mao (Water Boys). Pour la petite anecdote, un des personnages s’appelle Kita Yoshio ; forcément, si l’on a regardé l’excellent Ashita no Kita Yoshio, on y voit une coïncidence amusante !

Pour conclure, Lupin no Shôsoku est un tanpatsu efficace mettant en avant une course contre la montre où chaque seconde compte. Plutôt que de s’apparenter à un puzzle cherchant avant tout l’esbroufe, le scénario préfère opter pour la pondération et demeurer modeste. Ainsi, l’épisode exploite avec succès des personnages forts et attachants par leur humanité et leur complexité. L’ensemble réussit à se montrer solide à la fois dans le domaine de l’investigation mais aussi du côté de son effet papillon avec les dommages collatéraux ayant bouleversé l’existence de plusieurs personnes. Grâce à un jeu en finesse ainsi qu’une écriture nuancée, le visionnage est très intéressant et prouve que les tanpatsu avec petit budget peuvent définitivement mériter le déplacement.


4 Comments

  1. Caroline
    Dramafana• 14 janvier 2013 at 12:12

    Je viens de le noter sur ma liste. Je ne le regarderai pas dans le court terme, mais tu m’as convaincue de le tenter. Je suis séduite par l’intrigue et la manière dont elle se développe. En outre, voir des acteurs qui ne donnent pas trop dans le surjeu me fera un peu de vacances! (^^)

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    • Caroline
      Caroline• 15 janvier 2013 at 13:29

      Généralement, les productions de WOWOW sont assez mesurées et les acteurs ne surjouent pas. Après, il y a évidemment des ratés mais on sent une grande différence avec des séries davantage dirigées vers le grand public. Parmi tous les tanpatsu que j’ai regardés en 2012, je pense que Lupin no Shôsoku figure parmi mes favoris.

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  2. Caroline
    Katzina• 28 février 2013 at 7:38

    Quand je vois le nombre de tanpatsu qu’il existe, ça me décourage ! A chaque fois que tu partages une bonne découverte comme celle-ci, je me dis qu’il faudrait vraiment que je m’y mette, mais il y a déjà tellement de boulot avec le reste. Il faudrait quand même que je suive plus la programmation de la télé japonaise car contrairement aux renzoku, il n’y a pas le problème de louper la diffusion d’un des épisodes vu qu’il y en a qu’un ^^.
    J’ai découvert Kamikawa Takaya dans Shiroi kyoto et je n’ai pas vraiment eu l’occasion de le revoir depuis mais je devrais remédier à ça car il m’avait vraiment fait bonne impression.

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    • Caroline
      Caroline• 5 mars 2013 at 12:25

      C’est vrai qu’il y a beaucoup, beaucoup de tanpatsu. Et encore, pour nous (comprendre ceux qui ont besoin de sous-titres), l’offre est plus limitée. Ce n’est pas toujours évident de savoir quoi regarder et de faire le tri dans tout ça. Du coup, je pars souvent en aveugle et il m’arrive parfois de jolies surprises comme avec celui-là. Et puis comme tu le dis, pour toi qui es actuellement au Japon, il n’y a que rarement des contraintes puisque la norme est de réaliser un unique épisode.

      Je commence à avoir regardé pas mal de séries avec Kamikawa Takaya et je l’aime bien. Il ne figure pas parmi mes chouchous mais il possède un jeu solide et a pas mal de productions sympathiques à son actif.

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