Métal Hurlant Chronicles (saison 1)

Par , le 9 janvier 2013

Quand on apprécie la science-fiction et que l’on voit une production française se lancer dans ce genre, on ne peut qu’être curieux de regarder le résultat. Métal Hurlant Chronicles est une série adaptant quelques histoires publiées dans le magazine français Métal Hurlant, à travers la maison d’édition Les Humanoïdes Associés. Cette revue de bande dessinée fut créée sous la direction de Jean-Pierre Dionnet et a hébergé des nouvelles de plusieurs auteurs connus comme Enki Bilal, Hugo Pratt, Gotlib, Jacques Tardi, etc. Elle est surtout sortie au cours des années 1970 et 1980 et comportait également des commentaires de romans de science-fiction, de disques et d’autres médias. Le succès étant au rendez-vous, plusieurs pays ont acheté les droits et ont mis au point leur propre version ; aux États-Unis, le magazine s’appelle d’ailleurs Heavy Metal et existe encore à l’heure à laquelle ce billet est publié. L’univers des revues françaises et américaines a été transposé en film d’animation canadien, en 1981, sous le titre Heavy Metal ; il fut suivi en 2000 par Heavy Metal 2000, sorte de suite du premier mais pouvant être regardé indépendamment. Quant à ce qui nous concerne aujourd’hui, autrement dit Métal Hurlant Chronicles, il s’agit d’une anthologie de courts-métrages compilant des récits parus dans le magazine français. La première saison, composée de six épisodes d’une petite vingtaine de minutes, fut diffusée sur France 4 en octobre 2012. Une saison deux a déjà été commandée. Contre toute attente, cette série de Guillaume Lubrano est bel et bien française quand bien même elle dispose d’une distribution internationale. La production ne fut clairement pas de tout repos et a dû employer de l’huile de coude. Vendue dans plusieurs pays avant son passage à l’antenne, elle n’a trouvé qu’à la dernière minute un acheteur en France, France 4. Aucun spoiler.

C’est le dernier fragment de ce qui fut un jour une planète vivante. Mené à la destruction par la folie de ses habitants, ce qu’il en reste est condamné à errer à jamais au travers de l’espace et du temps. Hurlant sa peine et son désespoir. Dans la légende et dans les faits, on l’appelle le Métal Hurlant.

Respectant l’esprit du magazine, Métal Hurlant Chronicles propose pour ses débuts six épisodes totalement indépendants. Il est donc tout à fait possible de les regarder dans n’importe quel ordre. Ce concept n’est malheureusement pas dénué de défauts. Les histoires sont effectivement différentes les unes des autres et, si ce n’est leur lien avec la météorite traversant l’espace pour y changer l’existence des personnages, elles peuvent aucunement se ressembler. Le ton désolé et amer revient en revanche assez régulièrement et chaque chronique se conclut sur une chute normalement surprenante. Quoi qu’il en soit, le fil conducteur est bien mince et il aurait été appréciable qu’un protagoniste ou un élément plus prépondérant vienne davantage marquer l’ensemble. Cela dit, cette contrainte est déjà présente dans le magazine donc à la rigueur, elle ne peut être réellement imputée à la fiction qui semble effectuer un travail d’adaptation plutôt fidèle – je n’ai jamais lu la revue. Après tout, d’autres séries conceptuelles de ce type telles que Tales from the Crypt fonctionnaient comme il faut. Ici, chaque épisode dispose ainsi de thématiques et d’une ambiance parfois totalement opposées. La bonne nouvelle est que si une histoire ne séduit pas, la suivante pourra se montrer plus enthousiasmante. Malheureusement, sur les six de cette saison, aucune ne parvient à être une franche réussite. Les épisodes souffrent d’écueils identiques et si certains sont moins déplaisants que d’autres, demeurent de nombreux problèmes. Pour autant, malgré un budget vraiment famélique, la forme se tient en fait assez bien. La série fait preuve d’une direction artistique plutôt sympathique, à condition d’apprécier le genre évidemment et de ne pas être ennuyé par l’aspect kitsch ; plusieurs décors sont relativement jolis. Bien sûr, les effets spéciaux sont assez risibles, mais on ne peut pas dire que ce soit ça si dérangeant que ça. Autrement, la musique composée par Jesper Kyd, grand habitué des jeux vidéo, n’est pas non plus désagréable. Non, si la saison est plus que mitigée, c’est uniquement en raison de son écriture très hétérogène et maladroite. Les BD publiées dans Métal Hurlant étaient à l’époque lapidaires, ce qui fait qu’il est légitime d’opter pour un format raccourci dans Métal Hurlant Chronicles. Néanmoins, en à peine vingt minutes compte tenu du long générique, le scénario ne permet aucun développement digne de ce nom et peine à impliquer le téléspectateur qui se fiche royalement de ces personnages caricaturaux et sans finesse. La conclusion devrait normalement être le point culminant si ce n’est que les rebondissements sont quasiment à chaque fois attendus. Il faut en plus avouer que les situations convenues, les transitions brutales, les dialogues écrits à la truelle et l’interprétation à la qualité très fluctuante ne sont d’aucun secours. À part quelques exceptions comme le 1×06, Master of Destiny, le rythme est plat et la saison manque de souffle, ce qui est franchement rédhibitoire pour une production de cet acabit. Ne le nions pas, quelques bonnes idées subsistent, le ton kitsch et décalé fait parfois mouche, et on y sent une réelle ambition, mais ce n’est pas pour cette raison que tout est acceptable.

Le premier épisode, King’s Crown, met en avant le combat entre plusieurs hommes pour la succession au trône d’un royaume médiéval contrôlé par des robots futuristes. Les deux acteurs Scott Adkins et Michael Jai White maîtrisant les arts martiaux se partagent l’affiche dans ce qui ressemble à une lutte insipide moyennement inspirée. Dans Shelter Me, l’atmosphère est au huis clos anxiogène avec l’histoire d’une femme kidnappée et enfermée dans un abri antinucléaire par son voisin, car la fin du monde aurait eu lieu. En raison d’une certaine torpeur, de réactions peu crédibles et d’une conclusion prévisible, le récit n’est jamais vraisemblable. Il faut quand même avouer que voir James Marsters (Buffy the Vampire Slayer, Angel) fait plaisir et il sait se montrer suffisamment ambigu face à Michelle Ryan (Bionic Woman, Jekyll). L’épisode trois, Three on a Match, s’ouvre sur une séquence de sexe gratuite hautement discutable et verse par la suite dans du space opera non dénué d’ironie. On y voit notamment Dominique Pinon, Eriq Ebouaney et Craig Fairbrass. La quatrième histoire est quant à elle divisée en deux parties bien distinctes : Red Light et Cold Hard Facts. La première est plutôt correcte tandis que la seconde ne laisse aucun souvenir impérissable par son manichéisme. Pledge of Anya met en avant un guerrier (Greg Basso ; oui, Greg le millionnaire) parti assassiner un démon venant de s’échapper et ayant pris place dans le corps d’un humain. Il est conseillé par un ancien supposément sage (Rutger Hauer – Merlin). Difficile de le nier, la distribution est décidément plus qu’hétéroclite dans cette saison ! Enfin, retour au space opera avec Master of Destiny qui montre Joe Flanigan (Stargate Atlantis) et Kelly Brook se dirigeant vers une planète où résident des Tortues Sapiens capables de donner la date et l’heure de la mort de tout être vivant. Sur une note technique, plusieurs acteurs ont été doublés, ce qui accentue parfois le côté ridicule de la chose. Je n’ai aucune idée de ce que vaut la VF par contre puisque j’ai regardé la VO.

En définitive, cette première saison de Métal Hurlant Chronicles essaye de transposer le monde singulier des nouvelles du magazine Métal Hurlant et met dès lors en avant des histoires autonomes où la science-fiction est reine. Avec ses chroniques poussives, mal jouées, ses dialogues ineptes et l’ennui que les épisodes inspirent, le tout ne parvient jamais à convaincre. C’est d’autant plus dommage que la série est audacieuse et fait preuve d’une certaine passion, mais elle ne peut se dépêtrer de son aspect amateur et de son absence totale de substance. Espérons que la prochaine saison réussira à rebondir et proposer un ensemble bien moins risible.


6 Commentaires

  1. Kerydwen
    Mat• 9 janvier 2013 à 11:32

    Bonjour Kerydwen,

    Je partage tes constats quoiqu’étant un peu moins sévère! Mais clairement, le format est difficile, trop court, trop long selon les épisodes.. Bref, pas évident comme adaptation! Sans doute qu’un format animation court (quelques minutes) aurait mieux convenu, mais aurait été encore plus difficile à vendre!
    Rien à voir, mais j’aime bien la présentation de l’encart « articles similaires », c’est quel plugin qui permet d’avoir ce résultat?

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    • Kerydwen
      Kerydwen• 9 janvier 2013 à 16:03

      C’est vrai que je ne sais pas ce qu’il faudrait pour cette série : des épisodes plus courts, plus longs, plus ceci, plus cela ? L’idéal serait justement peut-être d’avoir un format moins rigide, avec la possibilité de produire un épisode de dix minutes comme un autre de quarante. Après, je me doute qu’en réalité, il faut répondre à certains critères bien spécifiques histoire d’être un minimum vendeur et diffusable. Comme tu le dis, transposer cet univers est loin d’être facile. Même si mon billet est probablement méchant (^^’), je serai de la partie pour la suite mais j’espère que plusieurs soucis auront été réglés.

      (J’utilise l’extension Yet Another Related Posts Plugin qui me plaît bien. Avant j’avais Similar Posts mais il emploie beaucoup de place sur la base de données et ne permet que peu de customisation. Avec YARPP, j’ai pu modifier la feuille de style histoire d’obtenir ce résultat. Je n’ai d’ailleurs pas encore terminé le boulot puisque plusieurs billets n’ont pas d’image – j’y travaille !)

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  2. Kerydwen
    Mat• 9 janvier 2013 à 17:20

    On en reparlera pour la saison 2 alors!!
    Merci pour le plugin, j’aime bien le rendu (c’est l’image à la une qui est reprise dans la miniature ou c’est une image que tu choisi?). J’ai fait un truc codé à la main sur mon site, c’est efficace, mais beaucoup moins sexy que le rendu ici.. Bref, je suis HS.. :-)

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    • Kerydwen
      Kerydwen• 9 janvier 2013 à 20:57

      C’est effectivement l’image à la une qui est reprise dans la miniature, bien que ça puisse être changé via quelques modifications en mettant les mains dans le cambouis. Jusque-là je n’utilisais justement aucune image à la une donc je me coltine tous les billets les uns à la suite des autres histoire d’en mettre une. Je sais qu’il est possible d’insérer automatiquement une image standard pour cette situation, mais j’aime visiblement me compliquer la vie pour des détails ^^;.

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  3. Kerydwen
    Saru• 17 janvier 2013 à 19:59

    J’avais tenté l’épisode 1 et je n’étais pas revenue pour l’épisode 2. Ces discours ridicules pendant les combats, ces mauvais acteurs… non, bon, là je suis plutôt dure, parce que j’étais tombée sur la VF, qui était peut-être en cause.
    Mais j’ai aussi été rebutée par le fait que ce soient des histoires séparées. Mon principal plaisir dans une série est l’attachement que je porte à ses personnages !
    Dommage, donc.

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    • Kerydwen
      Kerydwen• 23 janvier 2013 à 16:00

      Honnêtement, je ne sais pas si la VF est vraiment à remettre en cause. En VO, les problèmes étaient de cet acabit d’autant plus que là aussi, il y a eu du doublage pour certains acteurs. Résultat, c’est difficile de savoir ce qu’il vaut mieux regarder.

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