Plus les années passent et moins Misfits ressemble à ses débuts. Tout du moins, si la distribution est radicalement différente, cela ne veut pas forcément dire que le reste n’est plus aussi bon, n’est-ce pas ? Composée de huit épisodes, la quatrième saison de la série anglaise fut diffusée sur E4 entre octobre et décembre 2012. Une cinquième est d’ores et déjà prévue et devrait arriver d’ici la fin 2013. Aucun spoiler.

Naturellement, débuter Misfits sans y voir Nathan, Simon, Alisha et Kelly est très particulier. Des acteurs d’origine, il ne reste plus que le fade et transparent Curtis. Difficile de ne pas tiquer et de craindre de ne plus retrouver ce qui faisait le sel de cette production enlevée. Avec Rudy, découvert lors de la saison trois, Curtis rencontre deux petits nouveaux et un énième agent de probation. Au fil des huit épisodes, ils mènent tous une existence toujours aussi originale donnant l’impression d’appartenir à une dimension parallèle. À la rigueur, que les personnages soient retranchés du monde, que les morts s’entassent sans que personne n’intervienne, et que la série continue de s’amuser d’être sur le fil du rasoir n’est aucunement dérangeant. Après tout, il s’agit de sa marque de fabrique. Jusqu’à présent, Misfits était effectivement parvenue à trouver un juste-milieu entre les idioties en tous genres, le côté extrêmement décalé, la noirceur et une certaine complexité. Sans se prendre au sérieux, elle arrivait à traiter de thématiques parfois graves faisant généralement mouche. Dans beaucoup d’autres séries, ce mélange atypique ne fonctionnerait pas et passerait soit pour kitsch, soit pour fondamentalement stupide, mais ici, non. Malheureusement, cette saison quatre prouve que toutes les bonnes choses ont une fin et qu’à un moment donné, la recette ne touche plus. Sans être mauvais, les épisodes se suivent et se révèlent plus vides qu’autre chose. Ce n’est même pas qu’ils soient inégaux, c’est juste que pas un ne sort vraiment du lot, les répétitions s’entassent et l’absence de direction se fait cruellement ressentir. Aucun véritable fil rouge digne de ce nom n’est mis en évidence, et ce ne sont pas la quête d’un membre disparu pour un protagoniste ou un voyage spirituel qui vont atténuer cet écueil. En outre, l’esprit irrévérencieux n’est guère palpable, l’inventivité fait défaut, ce n’est plus très drôle, les émotions peinent à circuler et, au bout du compte, on s’ennuie grandement. Ça fait d’autant plus mal au cœur lorsque l’on a autant apprécié les deux premières saisons et que quelques bonnes idées – comme les chevaliers à vélo – voient le jour, si ce n’est qu’elles ne sont pas exploitées. Il paraît dorénavant clair que Misfits a totalement perdu son identité et qu’elle semble prête à ne faire aucun effort pour la retrouver. Le visionnage n’est pas si douloureux que ce que ces mots peuvent laisser croire, bien qu’il convienne d’avoir fait auparavant son deuil de la fiction ; sinon, le choc risque d’être brutal. Ce non-investissement dans l’histoire est en plus visible à travers la forme. Où sont donc passées la réalisation aux petits oignons, cette faible profondeur de champ si caractéristique et cette poésie quasi inhérente à la série ? Certes, la bande-son comporte quelques pistes agréables, la photographie est soignée, mais là aussi, il est compliqué de ne pas se sentir lésé.

Avec un scénario tournant quelque peu à vide, cette saison quatre repose en grande partie sur ses personnages. Curtis est égal à lui-même et son unique moment de gloire est totalement raté. D’aucuns pourraient dire qu’il est donc à son image. Le point positif de ces épisodes est que les nouveaux protagonistes, Finn (Nathan McMullen) et Jess (Karla Crome), sont parfaitement intégrés au reste de la maigre distribution. Il leur faut très peu de temps pour faire leurs marques et s’installer dans le paysage. Le constat est tout particulièrement correct pour Finn. Plutôt drôle, il tombe rapidement amoureux de Jess et ne désespère pas de finir un jour par la séduire. La révélation de fin du premier épisode est assez truculente et le montre sous un jour sensiblement détraqué. Quant à Jess, son histoire avec le barman, l’insipide Alex (Matt Stokoe), n’est clairement pas ce que la série a fait de mieux. Cela dit, la jeune femme en tant que telle garde un bon capital sympathie. Plus tard dans la saison, c’est au tour de l’amnésique Abbey (Natasha O’Keeffe) d’arriver. Malgré son état de coquille vide, elle plaît immédiatement et semble avoir toujours été présente. Ajoutons-y Rudy, que nous connaissions déjà et qui continue son petit bonhomme de chemin d’une façon plus que satisfaisante, et le quatuor se montre solide. Concernant Rudy, la fin de saison lui développe un visage jusque-là peu aperçu et le fait d’une jolie manière presque inattendue. Cependant, aussi chouettes qu’ils peuvent l’être, il n’empêche qu’ils ne sont pas attachants comme ont pu l’être Simon, Nathan et les autres. De plus, ce qu’il y a de vraiment dommage, c’est qu’en dépit de l’amitié et des bons moments de camaraderie, les super-pouvoirs sont quasi mis de côté. S’ils sont bel et bien présents en filigrane, personne ne se sert d’eux. La fin de saison tend sensiblement à rompre cette déclaration, mais ce que l’on entraperçoit demeure tout de même très limité. Autrement, pour prendre en charge ses trublions, un agent de probation (Shaun Dooley) est recruté et il se révèle extrêmement particulier. Possédant ce qui s’apparente à une personnalité perverse, il met régulièrement mal à l’aise.

     

En définitive, cette saison quatre de Misfits prouve que la production n’a plus grand-chose à raconter. Accumulant des situations déjà vues et peu enthousiasmantes, elle peine cruellement à se montrer franchement agréable. Bien que les héros soient dans l’ensemble plaisants, l’ennui est bien trop présent au cours de ces épisodes s’enchaînant sans véritable liant ou ligne directrice. L’année précédente l’avait fait craindre, la série commence inéluctablement à perdre son âme et l’esprit délicieusement décalé et rafraîchissant n’est plus. Seul demeure un sentiment de négligé et de bâclé.