Cela faisait presque deux ans que Psych (Enquêteur Malgré Lui en VF) n’avait pas été abordé sur Luminophore, il est donc plus que temps de mettre en avant la saison six. Celle-ci, composée de seize épisodes, fut diffusée sur USA Network entre octobre 2011 et avril 2012 ; à noter toutefois une coupure de deux mois entre le neuvième et le dixième. La série revient sur la chaîne étasunienne pour sa septième année dès le 27 février prochain et il déjà été annoncé qu’elle aura le droit à une huitième qui sera vraisemblablement la dernière. Aucun spoiler.

Si j’ai attendu avant de démarrer la saison six de Psych, c’est pour la simple et bonne raison que j’avais eu quelques difficultés avec la précédente. Je n’y trouvais effectivement plus la verve d’antan et je m’ennuyais plus que je ne riais. Cela me rendait d’ailleurs particulièrement triste en raison de mon immense affection pour cette production, une des très rares comédies que je suis encore à l’heure actuelle. De ce fait, plutôt que de me lancer immédiatement dans les nouveaux épisodes dès leur arrivée à l’antenne, j’ai préféré patienter afin d’être dans la période propice : celle où j’aurais vraiment envie de revoir Shawn, Gus et les figures de Santa Barbara. Finalement, en dépit d’une grande appréhension, il n’a pas fallu longtemps pour que je replonge avec délice dans ce petit microcosme haut en couleur. Sans être du niveau des deux premières années, probablement parce que la découverte n’est plus là et que quelques épisodes sont en dessous de la norme, cette sixième est très sympathique, car elle dispose de savoureux moments, ne laisse jamais sur le carreau toutes ses références à la culture populaire, multiplie les gags et autres aventures rocambolesques, accumule les dialogues ciselés, ne se départit jamais de son côté décalé ou de son autodérision et s’apparente sans aucun doute à un divertissement décomplexé et définitivement fun. Sinon, NBC en prend régulièrement pour son grade, les génériques changent de temps en temps et les paysages de la côte ouest sont encore une fois magnifiques. En bref, c’est léger, frais, drôle et très cool.

La saison cinq se terminait par Lassiter qui dévoilait le pot aux roses, à savoir que Shawn et Juliet formaient un couple. L’excellente idée de ces seize épisodes, c’est que pas une seule fois, la relation entre les deux personnages ne traîne en longueur, ne phagocyte les intrigues ou ne se révèle hors propos. Malgré tout, les scénaristes n’oublient jamais de montrer quelques instants en filigrane, de donner un petit peu de matière aux plus romantiques et, au final, de rester dans l’esprit humoristique de Psych. En fait, que Shawn et Juliet soient ensemble ne change pas foncièrement grand-chose aux aventures et c’est un bon point. Personne ne se focalise dessus puisque, justement, il n’y a pas de raison de le faire. Cependant, cet engagement de Shawn l’amène progressivement vers de nouvelles étapes, lui qui envisage certaines modifications dans son existence d’adolescent dans le corps d’un homme. À travers quelques regards ou gestes, le faux médium prouve qu’il commence presque à mûrir et à devenir un adulte. Ceci étant évidemment très relatif tant il part de loin, nous sommes tous d’accord. Tout au long de ses épisodes, la sixième saison amorce par conséquent une évolution. Juliet, elle, s’accorde toujours aussi parfaitement avec Shawn, Gus, et Lassiter. Elle continue son chemin, sans changer la recette qui lui a réussi jusque-là. Après avoir découvert son frère, c’est son père, incarné par William Shatner, qui arrive à Santa Barbara. Sans grande surprise, il n’est pas tout à fait ce qu’il semble être et il rencontre le petit ami de sa fille. Au bout de six années d’antenne, il paraît clair qu’il convient de se renouveler et Psych y parvient plutôt bien, car elle fait avancer la plupart de ses protagonistes.

Celui qui fait tout une montagne du couple tout neuf n’est autre que Gus. Las d’être toujours célibataire, il drague tout ce qui bouge, se ridiculise souvent en beauté et donne l’impression d’être encore plus déjanté que jadis. Naturellement, associé à l’écriture solide de son personnage, à l’alchimie palpable avec Shawn et au talent de Dulé Hill, il est irrésistible et amène énormément d’excellentes séquences. À l’instar des saisons passées, les épisodes mettent en avant la formidable relation entre les deux amis, eux qui ne peuvent jamais se séparer l’un de l’autre et qui n’en ratent pas une pour accumuler les gaffes en tous genres. Psych prouve encore une fois qu’elle comporte une des plus belles bromances de l’histoire des séries télévisées. Lassiter est, de son côté, aucunement oublié, bien au contraire, et le voir autant survitaminé distille une sacrée dose de peps et de bonne humeur. S’il dit toujours détester Shawn, il va de soi que l’on réalise que ce n’est plus le cas et qu’il râle plus pour la forme. Les épisodes n’hésitent pas à approfondir sa caractérisation et à développer sa vie personnelle d’une façon assez inattendue. Henry, lui, n’a pas le droit à grand-chose avant le season finale qui se termine sur un cliffhanger qui fait son petit effet, quand bien même on se doute que comme d’habitude, la fiction sauvera la situation d’une pirouette amusante. Enfin, si jusqu’à présent le médecin légiste Woody n’était entraperçu que de manière ponctuelle, il est bien plus présent et c’est une excellente idée. Loufoque, il participe aux stupidités et parvient aisément à s’intégrer à cette ambiance pétillante. En bref, la saison six trouve un juste milieu entre ce que ses principaux héros peuvent apporter ensemble comme séparément et ses enquêtes policières, peu dramatiques et farfelues.

Parmi les épisodes les plus réussis, les parodies figurent généralement en tête de liste et la série illustre sans mal que côté créativité et imagination, elle se distingue. Le 6×02, Last Night Gus, où les compères de la police de Santa Barbara se réveillent sans aucun souvenir de leur nuit de débauche est tout particulièrement drôle en plus de proposer un rythme enlevé. This Episode Sucks, l’épisode sur les vampires avec des répliques à la True Blood de Gus, continue sur la lancée des franchement plaisants. Il ne faut pas non plus oublier celui mettant à l’honneur les comics (The Amazing Psych Man and Tap-Man, Issue #2), la parodie humoristique de One Flew Over the Cuckoo’s Nest (Shawn, Interrupted), le 6×11 (Heeeeere’s Lassie) où les fantômes et le surnaturel font la loi, etc. À vrai dire, il y a beaucoup d’épisodes très solides et, systématiquement, les multiréférences et autres éléments font mouche. Ajoutons-y une impressionnante galerie d’invités tels que Polly Walker, Malcolm McDowell, Jessica Lucas, Tom Lenk, Michael Trucco, Mekhi Phifer, Jason Priestley, Jennifer Finnigan, Sara Rue, John Rhys-Davies, Greg Grunberg, Rob Estes, etc., et chaque nouveau visage paraît connu. D’autres sont de retour comme le gentleman cambrioleur Despereaux, toujours joué par Cary Elwes. Let’s Doo-Wop It Again marquant le retour de Blackappella est légèrement ennuyant sinon, tout comme Shawn and the Real Girl, version féminine du Bachelor, qui est parfois sensiblement poussif en dépit de délires appuyés et sympathiques.

     

En conclusion, après avoir traversé une petite période moins convaincante, Psych est revenue en forme avec sa saison six. Grâce à des scénarios riches en idées saugrenues, un soin du détail, un savoir-faire évident dans la comédie, une complicité palpable entre l’intégralité des personnages et plus particulièrement entre les deux héros absolument attachants et extraordinaires, le visionnage est un plaisir. C’est d’autant plus vrai que des apports pourtant souvent dangereux comme le couple entre Shawn et Juliet sont abordés avec finesse et subtilité, évitant donc les écueils habituels. Bien que certains épisodes soient plus faibles que d’autres, l’ensemble se tient et démontre que de l’énergie et de l’inventivité, la série en a plus qu’à revendre pour notre plus grande joie. Plus que de répéter inlassablement la même formule, l’écriture se renouvelle constamment et ne favorise en aucun cas la paresse. Cela va s’en dire que la suite est attendue avec beaucoup d’enthousiasme, et espérons qu’elle soit aussi ridiculement déjantée et vectrice de bonne humeur.