The Take (mini-série)

Par , le 20 février 2013

Ce n’est pas parce que certaines séries sont passées inaperçues du côté de la blogosphère que cela signifie pour autant qu’il faut les oublier. C’est pourquoi, j’ai décidé dernièrement de donner à sa chance à The Take, une mini-série anglaise de quatre épisodes de quarante-cinq minutes ; elle fut diffusée sur Sky1 entre juin et juillet 2009. Il s’agit d’une adaptation du roman de 2005 de Martina Cole, disponible en France sous le titre La Proie. Cette auteure doit probablement dire quelque chose à plusieurs d’entre vous, ce qui est tout à fait normal puisqu’une autre de ses histoires, The Runaway, fut transposée en 2011 à l’écran dans la série du même nom. À noter que The Take est disponible depuis peu en DVD/Blu-ray. Aucun spoiler.

1984, Freddie sort de prison après avoir purgé une peine de quatre ans. S’étant fait des contacts derrière les barreaux, dont Ozzy, le mafieux au bras longs, il compte bien en tirer profit une fois à l’air libre. Prenant sous son aile son cousin Jimmy, il envisage dès lors de grimper les échelons afin d’arriver au sommet. Or, Freddie réalise rapidement que si la gloire suit rapidement, elle peut aussi le quitter tout aussi vite et le plonger dans la déchéance la plus totale.

Les romans de Martina Cole ont la réputation de ne pas lésiner sur la violence, de mettre en avant des femmes au fort caractère et de s’attarder sur le monde des gangsters londoniens. C’est donc sans surprise que cette mini-série reprend tous ses codes propres. Plus que d’être une production sur les mafieux et leur fonctionnement, The Take est un drame familial au cours duquel un élément bien particulier joue le rôle du détonateur. Celui-ci n’est autre que Freddie, incarné par Tom Hardy qui est, comme souvent, magnétique et animé par une force brutale assez fascinante. Le séjour en centre pénitentiaire n’a absolument pas modifié le tempérament de cet homme violent et bouillonnant. Lorsqu’il est libéré, Freddie décide par conséquent de reprendre son existence comme s’il n’y avait jamais eu de pause. Sa femme, Jackie (Kierston Wareing), profondément amoureuse et totalement dépendante de lui l’a attendu et est ravie de le revoir, même si elle sait pertinemment qu’il retrouve rapidement ses aventures extra-conjugales. Ce couple ne tient que sur le fil du rasoir, les enfants se situant souvent entre deux feux et les disputes étant plus que monnaie courante, souvent suivies d’ébats sexuels en guise de réconciliation. L’attitude que Freddie entretient avec son épouse définit plus que correctement ce personnage ambivalent et contrasté. Souvent enragé, impulsif et agressif, il est aussi à fleur de peau et laisse libre cours à ses émotions à des moments parfois inattendus, devenant alors presque pathétique. N’ayant que rarement des remords, il peut passer à l’acte et ne ressentir aucune culpabilité comme il le prouvera à de très nombreuses reprises au cours des épisodes. En d’autres termes, il semble assez évident qu’il possède ce qui s’approche d’une personnalité antisociale et qu’il est donc, incontrôlable. Freddie est incontestablement la bombe à retardement de The Take, lui qui amène un grand nombre de bouleversements dans la vie de ses proches en raison de ses actions irréfléchies. Il est comparé – à juste-titre – à un cancer car il pervertit quiconque s’approchant de lui. C’est d’ailleurs peut-être un des défauts les plus gênants de la mini-série. Autrement dit, les protagonistes deviennent tous à un moment donné détestables et personne ne paraît capable de s’élever au-dessus du lot. De plus, toute figure vue possède forcément un lien avec l’univers des gangsters. Certes, cela pourrait être possible mais ce trait ne fait qu’accentuer l’impression étrange que tout ce monde vit en vase clos. En dépit de meurtres et crimes apparentés, la police n’est jamais vue. D’une certaine manière, il n’est pas possible de reprocher au tout d’être manichéen en raison de la complexité des caractérisations mais de l’autre, la caricature et les clichés ne sont jamais très loin, ce qui fait nettement perdre en substance. Si la série reste globalement crédible, elle n’est en revanche pas réaliste tant avec un comportement aussi déviant, le personnage de Freddie n’aurait jamais réussi à maintenir son statut dans ce monde impitoyable.

L’histoire de The Take est en définitive assez classique. Freddie retrouve dès sa sortie de prison son jeune cousin, le gentil et affable Jimmy (Shaun Evans). Doux, calme et posé, il est en couple avec la sœur de Jackie, la jolie Maggie, interprétée par Charlotte Riley, la compagne à la ville de Tom Hardy – ils ont également joué ensemble dans l’adaptation de 2009 de Wuthering Heights. Tandis que Freddie et Jackie ont une relation conflictuelle et peu enviable en raison des névroses de chacun, celle entre Jimmy et Maggie est à leur image, autrement dit paisible. Ceci jusqu’à ce que Freddie revienne dans les parages et fasse totalement exploser les dynamiques en place. S’amusant comme un marionnettiste le ferait avec ses poupées, il manipule son monde, actionne certains fils et progressivement, ses proches finissent par sombrer et devenir l’ombre de ce qu’ils étaient autrefois. Jusque-là, les deux cousins s’entendaient si ce n’est que la tendance s’inverse et leurs femmes, pourtant sœurs, en viennent de même à se faire des reproches, voire pire. C’est là où la série se détache plutôt des productions sur la mafia car si elle s’aventure sur ce terrain, avec des luttes de territoire et des ennemis à abattre, elle choisit ses armes sur l’intimiste de ce quatuor dont les liens sont inextricables et perpétuellement empêtrés derrière des mensonges et des cachotteries. En prison, le grand ponte Ozzy tire les ficelles et manipule tous ces pions mais évidemment, il ne peut maîtriser tout ce qui se passe… Quoi qu’il en soit, l’écriture de ce groupe est plutôt riche du point de vue de la psychologie et de la multi-dimensionnalité. Creusant les rapports humain, la série axe ses propos sur la loi du plus fort, celui-ci n’étant pas toujours le plus virulent et démonstratif. L’évolution de Jimmy est justement tout particulièrement maîtrisée. À l’exception de Freddie, chacun est partagé entre ce que lui dicte sa conscience, ce qui serait préférable pour la famille au sens large ou ce qu’il faudrait faire pour ses propres intérêts. À chaque drame, les cartes sont redistribuées et le pouvoir change également de mains. Jalousie, colère, loyauté, envie, admiration, ressentiment, amour, cupidité et fraternité se mêlent pour le meilleur comme pour le pire. Grâce à l’efficacité de son rythme fonctionnant presque trop à tambour battant, les évènements s’enchaînent, les drames s’abattent et l’ennui n’a jamais le temps de s’installer. Il est vrai, plusieurs intrigues sont assez prévisibles et ont une odeur de déjà-vu. Malgré tout, la recette fonctionne en raison de l’interprétation sans faille des quatre acteurs de tête et de la tension sourde sous-jacente. Freddie étant un électron libre, personne ne sait quand et de quelle manière il va réagir, provoquant une violence allant crescendo et résultant la plupart du temps dans la tragédie. À ce sujet, une scène bien particulière est assez difficile à regarder par la torture qu’elle inflige et elle n’aurait pas eu moins d’impact si elle s’était montrée davantage suggérée.

Chaque épisode se déroule à une époque différente puisqu’il se passe plus de dix ans entre le début et la fin de la série. Les périodes de transition sont assez brutales et si les enfants ne grandissaient pas, on pourrait croire que tout a lieu en 1984. La reconstitution est en tout cas de qualité et c’est sans mal que l’on se plonge quelques décennies dans le passé. Toujours sur la forme, la mise en scène est stylisée et possède une identité assez franche faisant plaisir. Il existe de plus un intéressant travail sur la musique. Outre le générique avec l’excellent Club Foot de Kasabian, plusieurs chansons sont principalement entendues dans les premiers épisodes. Plus la conclusion approche et plus celles-ci se font discrètes, la bande-originale composée par Ruth Barrett prenant le pas. Les sonorités joyeuses et vivantes laissent place à d’autres plus calmes et orchestrales, comme de la musique d’opéra, reflétant les états d’âme des personnages et les conflits les animant, ceux-ci amenant inéluctablement un point de non retour. L’atmosphère perd ainsi en innocence et gagne en froideur pour en devenir presque glaciale.

En définitive, en quatre épisodes concis et très efficaces The Take installe son drame familial se déroulant entre les années 1980 et 19990 avec intensité. Jouant avec les contrastes en opposant deux cousins, elle se lance dans une spirale interminable où tous les coups sont permis. Bien que l’écriture souffre par moments d’un classicisme et d’une certaine caricature, l’ensemble tient allégrement en haleine et fascine par sa montée en puissance ainsi que par son aspect noir et pessimiste. Avec un rythme soutenu, une solide interprétation sublimée par Tom Hardy, une belle cinématographie et un montage nerveux, le divertissement se révèle alors de qualité et plutôt exaltant à suivre. La mini-série n’est par conséquent pas parfaite mais elle a toutes les clés en main pour plaire à ceux appréciant les tragédies mafieuses plus nuancées que la moyenne ne cherchant en aucun cas l’esbroufe mais la profondeur des liens entre les individus.


8 Comments

  1. Caroline
    Saru• 20 février 2013 at 18:36

    Tu m’as eue à la photo de Tom Hardy.^^ Non, bon, peut-être pas, parce que je ne suis pas très branchée « histoires de gangsters », et tu ne sembles pas si enthousiaste…
    Mais c’est vrai que cette mini-série est passée complètement hors de mon radar !

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    • Caroline
      Caroline• 21 février 2013 at 21:16

      Je comprends pour Tom Hardy, c’est en grande partie pour lui que j’ai regardé cette série ^^;. L’acteur est assez fascinant dans son genre et je l’ai rarement trouvé mauvais, ou même moyen (je me plais à penser que Minotaur était une exception dans son parcours et qu’il a voulu être en accord avec l’horreur dudit film).

      Oh, je ne semble pas si enthousiaste que ça ? Pourtant, j’ai beaucoup apprécié le visionnage. Vers la fin j’ai quand même quelque peu commencé à tiquer alors que le début m’avait énormément plu. C’est peut-être pour ça que je suis aussi critique. En tout cas, je la conseille à tous ceux ayant un petit faible pour Hardy parce qu’il y est clairement extra.

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      • Caroline
        Saru• 24 février 2013 at 15:36

        La question importante est : voit-on le dos de Tom Hardy dans cette série ?
        Pardon, c’est non-pertinent, mais j’ai une certaine fascination pour son dos !^^

        Bref, plus sérieusement, ce n’est pas que tu n’es pas si enthousiaste, c’est que maintenant que j’ai vu Soredemo, Ikite Yuku, j’imagine que presque inconsciemment, je ne vais chercher que tes sérieux coups de cœur. C’est le problème avec les très très bons trucs : après, il faut vivre avec les bons-mais-malgré-tout-un-peu-moins-bons trucs ! :)

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        • Caroline
          Caroline• 24 février 2013 at 15:46

          Je n’en suis pas certaine mais il me semble qu’on voit son dos. Je crois qu’il se balade à plusieurs reprises torse nu et la caméra doit forcément mettre en avant à un moment donné ce que tu recherches :D.

          Ah, forcément, après une série comme Soredemo, Ikite Yuku, beaucoup d’autres pourtant très solides peuvent faire pâle figure. Après, je pense que si l’on part dans des registres opposés, il y a peut-être moins de risque d’être « déçu ». Et puis si The Take ne fut pas un coup de cœur, elle est quand même efficace et a toutes les possibilités d’être le coup de cœur de quelqu’un d’autre – toi, par exemple ^^.

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  2. Caroline
    Carole• 22 février 2013 at 19:11

    Le casting est une bonne raison de la regarder. Je la trouve plus satisfaisante que The Runaway, plus que moyenne dans ses débuts. Par contre, dans cette dernière, Alan Cumming était vraiment excellent.

    Enfin, retour à The Take, Tom Hardy est vraiment bon dedans, et cela fait longtemps que je l’ai vu, mais au final, je crois que Shaun Evans se distingue particulièrement (il excelle plus ou moins dans ce genre de rôles).

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    • Caroline
      Caroline• 24 février 2013 at 15:26

      The Runaway est sur mon programme donc je te dirai ce que j’en pense une fois vue ^^.

      Effectivement, Shaun Evans est très bon ici et réussit parfaitement à faire évoluer son personnage, cela avec beaucoup de nuances. Je ne connaissais pas du tout l’acteur (eh oui !) et j’ai été plutôt agréablement surprise. La série possède une solide distribution de toute manière.

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  3. Caroline
    marilou• 24 février 2013 at 22:13

    Je crois bien que je vais jeter un coup d’oeil à cette série, juste parce que j’ai eu un mega coup de coeur sur l’homme aux yeux et à la chemise bleu dans la première série d’images de ton article x).
    Oui, bon, chacun ses raisons… xD

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    • Caroline
      Caroline• 25 février 2013 at 22:22

      Il s’agit de Shaun Evans ^^. Ça tombe bien pour toi, il a un rôle très important. Et puis il n’existe pas de mauvaises raisons pour regarder une série donc ne te prive absolument pas ;).

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