Malheureusement pour les amateurs, le genre horrifique n’est pas très régulièrement mis à l’honneur dans les productions télévisées. C’est d’ailleurs peut-être encore moins le cas au Japon sur le circuit habituel. Il y a quelques années nous avions déjà parlé du passable Tajû Jinkaku Tantei Psycho et aujourd’hui, c’est au tour d’Omohinotama Nenju. Également connu sous le titre anglais Prayer Beads, ce j-drama aurait été diffusé en 2003 (cf. Wikipedia) mais impossible de savoir sur quelle chaîne. En tout cas, il est sorti en DVD en 2004. Il s’agit d’une anthologie réalisée et écrite en grande partie par Okano Masahiro qui travaille en règle générale du côté des effets spéciaux. Cette série comporte neuf épisodes indépendants de trente minutes. Sur le papier, elle ressemble quelque peu à Masters of Horror et Tales from the Crypt. À noter que le titre fait référence au nenju, le rosaire bouddhiste contenant normalement 108 perles. Aucun spoiler.

Ayant depuis toujours un grand faible pour les histoires d’horreur, d’angoisse et tout ce qu’il y a de surnaturel, il va de soi que ce sont des ambiances que je cherche à retrouver dans les séries. C’est donc presque normal que ce Omohinotama Nenju m’ait intriguée. Ne sachant absolument pas à quoi m’attendre, je n’avais aucune idée de ce que j’allais y trouver. Sans grande surprise, le budget a dû être plus que minimaliste et ces contraintes se ressentent forcément sur la forme. Les maquillages, effets spéciaux et autres ajouts sont moyennement engageants, et la réalisation n’a vraiment rien d’exceptionnel. Étant donné qu’elle est loin d’être dénuée de défauts, elle fait plus sourire qu’autre chose. Malgré tout, bien que l’ensemble possède un côté kitsch, il ne devrait pas déranger ceux habitués aux productions de ce genre capable de se dépasser et de réaliser des séries intéressantes avec des bouts de ficelle. Ceci pour dire qu’en lançant ce j-drama, il convient de ne pas être trop regardant à ce niveau et de ne pas s’attendre à des miracles. D’aucuns pourraient presque y trouver un certain charme suranné. De toute manière, ce qui importe surtout est que le fond soit, lui, de meilleure qualité.

Puisqu’il s’agit d’une anthologie, les épisodes se suivent et ne se ressemblent pas. Une des lacunes principales dans ce type de production est de ne pas réussir à tirer suffisamment parti du temps offert. Trente minutes, c’est vraiment peu et plusieurs histoires sont bien trop ambitieuses. À peine sont-elles parvenues à installer le cadre et faire sensiblement monter le suspense que la fin est déjà arrivée. Les protagonistes n’ont évidemment pas non plus la possibilité d’être explorés. Il aurait de ce fait fallu soit revoir ses prétentions à la baisse, soit augmenter la durée des épisodes. En outre, la qualité du tout est plus que discutable et manque réellement d’homogénéité. Bien sûr, en dépit de scénarios convenus, ces neuf chapitres ont pour bonne idée d’aborder une multitude de thématiques et de registres ; mais Omohinotama Nenju souffle le chaud et le froid, empêchant d’être pleinement satisfait de ce que l’on y regarde, quand bien même on soit très tolérant. L’interprétation souvent maladroite ne permet pas de se sentir concerné par les aléas fantastiques des personnages. Certaines histoires sont plus calmes, presque douces et tranquilles tandis que d’autres font vraiment dans l’horreur et l’angoisse. Cela étant, il y a très peu de chance que quiconque trouve ces épisodes effrayants. Un humour assez noir est parfois utilisé et se révèle assez réjouissant. Naturellement, la série n’oublie pas d’utiliser à bon escient le folklore et les mythes nippons. Par exemple, les fantômes, les esprits, les créatures comme la Yama-Uba et de nombreux yôkai sont présents au fil des vignettes, celles-ci se terminant souvent par une morale traitée avec un certain côté grinçant.

La première partie, Les perles de prière, met en avant une femme (Kojima Hijiri – Love Shuffle) dont le mari a disparu depuis un petit moment. Son amie, enceinte, cherche à lui remonter le moral mais peine grandement dans sa tâche. Sous fond de fantômes et d’ambiance délétère, les apparences sont clairement trompeuses. Cette entrée en matière est correcte et suffisamment riche en tension pour maintenir en haleine jusqu’à la fin. Cette vignette est indiscutablement celle qui se rapproche le plus des films d’horreurs japonais connus en Occident.

Dans La femme-distributeur automatique, la caméra s’attarde sur un jeune couple en vacances à la montagne, passant la nuit dans un endroit isolé semblant avoir été abandonné de tous. Apprenant que les lieux seraient dérangés par une force surnaturelle, ils décident de ne pas changer leurs plans et de rester à cet endroit. Il va de soi qu’ils vont finir par amèrement le regretter en dépit d’un début très riche en sexualité. Avec une assez grande liberté de ton, un registre cocasse, un humour acéré et des scènes efficaces, cet épisode se montre très sympathique.

En regardant C’est moi, c’est avec étonnement que l’on peut y découvrir Eita (Soredemo, Ikite Yuku, Orange Days, Water Boys, Nodame Cantabile, Voice) et Matsushige Yutake (Kodoku no Gourmet, Don Quixote, Bloody Monday). Morishita Yoshiyuki (Saru Lock) est aussi présent dans un rôle plus secondaire. Sans conteste, cet épisode est un des plus réussis en raison de son atmosphère d’abord intrigante puis douce-amère, et de sa parfaite intrication entre les thématiques yakuzas et la religion bouddhiste.

Le quatrième épisode, Réel, est nettement moins bon car beaucoup trop lent et profondément ennuyant avec ce scénario se basant sur un chirurgien en devenir au bout du rouleau, abattu par les migraines et prêt à tout pour les arrêter. Quelques bonnes idées subsistent comme l’ajout de la science-fiction mais le traitement aurait mérité davantage de soin. À noter que l’on peut y voir Takenaka Naoto (Nodame Cantabile, Taiyô no Uta, Sengoku Jieitai) et Shimada Kyûsaku (Bloody Monday).

Le chapitre cinq, La chasse aux champignons, est bien plus satisfaisant avec cette vignette sur la rencontre entre trois internautes, dont un joué par Takaoka Sôsuke (Saru Lock), se retrouvant entourés de champignons qui ont de fortes chances de changer radicalement leur existence. La fin possède en plus un très sympathique retournement de situation.

     

L’épisode suivant, Eddie, est assez étrange bien que non dénué d’intérêt. Lui aussi joue beaucoup sur les apparences avec ce phoque, Eddie, plus angoissant que mignon, et sur ce petit garçon ressemblant un peu trop à Damien Thorn, le fameux Antéchrist de The Omen. Fukikoshi Mitsuru (Yasha, Lupin no Shôsoku, Wild Life) y incarne un journaliste prêt à tout pour avoir un bon scoop. La relation entre l’enfant et son grand-père est joliment retranscrite à l’écran.

En revanche, Échos, le septième épisode est tout particulièrement médiocre avec ce scénario traitant des capacités psychiques et ce n’est pas Odagiri Joe qui change quoi que ce soit.

L’avant-dernier, Dupe, est dans cette lignée et se montre très moyen. Toutefois, là aussi des éléments intéressants subsistent au cours de ce scénario se focalisant sur un enfant ayant des difficultés à l’école comme à la maison. L’association avec des passages animés est plutôt sympa.

Enfin, le neuvième épisode, Appartement, s’apparente surtout à une sorte de mélimélo reprenant un grand nombre des figures vues précédemment, toutes étant venues assister à la dégringolade d’un père de famille ayant visiblement de graves problèmes psychologiques.

Au final, l’anthologie d’histoires d’horreur Omohinotama Nenju n’est pas foncièrement mauvaise mais elle peine à divertir en raison de la qualité fluctuante de ses épisodes qui, d’ailleurs, penche plus vers la médiocrité en règle générale. Si sa forme désuète et son budget anémique ne l’aident clairement pas à élever le niveau, la série se regarde cependant assez facilement pour peu que l’on soit amateur d’ambiances mystérieuses faisant la part belle à la mythologie japonaise. Grâce à des genres différents mais toujours en lien avec l’angoisse, elle a en plus pour elle de pouvoir plaire à un plus vaste public. Ceci étant, ce j-drama n’est clairement pas indispensable et mérite absolument de rester aussi peu connu.