Hercules | Hercule (mini-série)

Par , le 4 mars 2013

Après avoir suivi les pérégrinations de Xena: Warrior Princess, il fallait bien aller faire un tour chez Hercule. Cela dit, je n’ai pas osé m’aventurer du côté de la série Hercules: The Legendary Journeys ; j’ai préféré opter pour la mini-série Hercules (Hercule en VF), produite par Hallmark Entertainment. Cette fiction réalisée par Roger Young est composée de deux épisodes de soixante-quinze minutes chacun diffusés en mai 2005. À noter qu’en France, les deux parties ont été compilées pour former un téléfilm de longue durée. Aucun spoiler.

Alcmène, la princesse de Thèbes, attend patiemment le retour de guerre de son mari. Suite à un stratagème, Zeus se fait passer pour ce dernier et la contraint à avoir des relations sexuelles avec lui. Or, de ce viol naît deux enfants dont Hercule, haï de sa propre mère et de l’épouse de Zeus, Héra. Cette déesse n’aura de cesse de piéger et de manipuler le jeune homme qui commet alors de tragiques actes. Pour expier ses crimes, il accepte d’accomplir douze travaux particulièrement difficiles et dangereux.

Étant naturellement attirée par tout à ce qui a trait aux mythologies, il est évident que l’histoire d’Hercule – ou plutôt d’Héraclès si l’on souhaite être précis – m’intéresse. Regarder cette mini-série le mettant à l’honneur me donnait donc particulièrement envie. C’est d’autant plus vrai que je n’avais jamais rien lu à son sujet et que je suis assez bon public devant les productions de Hallmark Entertainment. Tout le monde connaît forcément les exploits d’Hercule, mais sa naissance, les meurtres qu’il a perpétrés sous la folie engendrée par Héra et son récit dans sa globalité sont généralement bien moins présents dans la mémoire collective. Dommage, d’ailleurs, car son parcours est plus que dramatique et fait sans aucun doute partie de ces tragédies grecques complexes et irriguées par un souffle épique et bouleversant. Malheureusement, Hercules semble avoir justement oublié de rendre ses épisodes vibrants puisque la mini-série ne fait que succéder des séquences les unes à la suite des autres en ne cherchant jamais à impliquer émotionnellement son public. De ce fait, il n’est pas étonnant que tous ses défauts sautent alors à la figure étant donné que l’on passe tout son temps à regarder sa montre tant l’ennui est prégnant, celui-ci n’étant qu’amplifié par le cruel manque de rythme.

Généralement, les fictions s’attardant sur le mythe d’Hercule ne mettent en avant que ses fameux travaux. Le point positif de cette mini-série est qu’elle ne les oublie évidemment pas, mais qu’elle prend aussi la peine d’expliciter ses tourments et tout ce qui l’a amené à parcourir la Grèce pour s’amender. Dans une première partie, il est dès lors question de sa naissance, de son lien inextricable avec les dieux, de la haine tenace de Héra, du dédain de sa propre mère, de l’amour sans condition de son père adoptif et de l’attirance qu’il ressent pour Mégara, la fille aînée du roi de Thèbes, Créon. S’il s’avère fort appréciable que cette fiction s’échine à expliciter les fondements de la légende, elle n’évite pourtant pas les maladresses, la précipitation et un montage brouillon. Impossible de comprendre pourquoi Zeus, Héra et leurs fidèles se déchirent. Il va de soi que si l’on ne connaît pas un minimum les tenants et les aboutissants, l’intrigue peut par conséquent paraître très confuse. En quinze minutes à peine, tout le cadre est posé, qu’il concerne la rivalité au panthéon divin, les luttes intestines pour le pouvoir thébain, les nombreuses figures aux ambitions tout aussi multiples, etc. Bien que l’on y ressente un effort de caractériser tout ce monde et les dynamiques les liant, le traitement est forcément superficiel et peu concluant. De même, la réécriture du mythe laisse parfois plus que dubitatif, même si certains pans comme le massacre des enfants ne sont pas oubliés. En fait, il s’agit d’une sorte de résumé condensé avec moult changements incompréhensibles. Alcmène devient par exemple une cruelle femme manipulatrice et Déjanire est une nymphe. D’aucuns pourraient dire que de toute manière, l’histoire d’Hercule n’est techniquement pas réelle et qu’elle peut être retravaillée comme on le souhaite. Certes, sauf que cela ne signifie pas qu’il convient de tolérer n’importe quoi. Néanmoins, ce qu’il y a d’assez pertinent et original ici est l’absence des dieux. Ils sont bien sûr rappelés à plusieurs reprises et ne quittent jamais le devant de la scène, mais ils n’apparaissent pas et leurs supposés actes peuvent être facilement assimilés à des coïncidences fortuites. Cela laisse donc le doute sur leur véritable existence. Hercules est assez moderne dans son fond grâce à plusieurs parallèles avec des thématiques universelles.

Dans la première partie, Hercule est principalement un adolescent cherchant envers et contre tout l’aval de son entourage. Assez benêt, maladroit et peu aimé, il souffre quelque peu de solitude et ne peut même pas compter sur son demi-frère jumeau, Iphiclès (Luke Ford). Il ne sait alors pas encore qu’il serait le fils de Zeus et croit descendre de son père adoptif, Amphitryon, incarné par un Timothy Dalton (Cleopatra) tout à fait correct. Le jeune garçon passe ainsi son temps à faire des bêtises involontaires, étudier sous les conseils du centaure Chiron et rêver de conquérir un jour Mégara qui se fiche pourtant royalement de lui. Tout change le jour où il tue par mégarde le poète Linos, porté par un Sean Astin (Terry Pratchett’s Colour of Magic) plus que médiocre. De là, il se retrouve banni de Thèbes et son destin commence progressivement à prendre place. Accompagné de la nymphe Déjanire (Leelee Sobieski) au teint artificiellement doré, il tente de se racheter une ligne de conduite, mais finit sempiternellement par réitérer de lourdes erreurs, toujours manipulé par sa mère, Alcmène (Elizabeth Perkins – Weeds) et Héra. Ce n’est qu’adulte qu’il suit les demandes d’Eurysthée afin de se repentir. Le héros mythique porte alors les traits de l’armoire bodybuildée Paul Telfer qui n’a aucun charisme en plus de mal jouer. À vrai dire, la direction de la mini-série semble surtout reposer sur les clivages au sein de la société et sur les difficultés pour Hercule de se sortir du cercle infernal dans lequel il se trouve bien malgré lui. Victime de sa propre nature, il ne peut que continuer son chemin, en espérant essayer de compenser ses actes passés. À une époque où les augures sont prépondérants, le devin aveugle Tirésias (Kim Coates – Sons of Anarchy) ne se lasse pas de prédire l’avenir, lui qui serait en contact direct avec les dieux. La dimension familiale est de ce fait perpétuelle. La romance n’est non plus jamais oubliée et se veut même trop présente. Les malversations, la haine de Mégara (Leeanna Walsman) donnant des airs de caricature au personnage et l’amour de Déjanire font très convenus en plus de disposer de dialogues niais.

Quoi qu’il en soit, la seconde partie de la mini-série retrouve le mythe plus connu, avec les exploits d’Hercule. Contre toute attente, au lieu de montrer les douze, elle se limite à seulement six d’entre eux, et encore, le dernier est à moitié achevé. Le héros tue les oiseaux du lac Stymphale (qui sont plus ici des harpies), le lion de Némée (ou plutôt, un sphinx…), capture le taureau crétois, dompte les juments de Diomède où il rencontre Jason, se charge de la biche de Cérynie, et il s’occupe très brièvement du Cerbère. Ses travaux sont en plus dessinés avec grossièreté et sans le soupçon extraordinaire et épique qu’il conviendrait de leur insuffler. Il faut aussi préciser que les effets spéciaux sont tellement laids à l’écran qu’il est encore plus ardu de se sentir concerné par ce que l’on regarde. La série a beau dater de 2005, elle fait définitivement kitsch. Ce n’est pas parce que l’on montre les superbes paysages de la Nouvelle-Zélande sous toutes les coutures, justement à l’instar de Xena: Warrior Princess ou The Lord of the Rings, que l’on en devient subitement charmés en dépit de costumes tout à fait honnêtes. La musique composée par Patrick Williams tend aussi à ressembler à celles de Howard Shore, mais l’envergure lui fait tellement défaut que le résultat est encore une fois assez grotesque. Naturellement, il serait possible d’être moins tatillon et d’y voir là un effort d’offrir une atmosphère mâtinée d’aventures, d’héroïsme et de gloire désintéressée, mais à moindre d’être vraiment très peu regardant et de ne pas avoir de moyens de comparaison, ce Hercules donne seulement l’impression d’être une resucée insipide. Ce n’est pas parce que cette mini-série est à destination de la télévision qu’il faut pour autant être moins critique.

Au final, Hercules illustre une partie de la vie du courageux fils de Zeus et d’une mortelle, en n’omettant jamais de dépeindre les moments moins reluisants du héros mythique. Bien que la mini-série fasse preuve d’ambition et cherche à approfondir ses personnages et les liens les unissant, elle ne réussit jamais à se révéler enthousiasmante en raison d’une absence de souffle épique. Cette épopée tragique ne touche aucunement son public qui ne peut que rester insensible face à cette réécriture brouillonne, maladroite et parfois très malvenue de cette légende normalement riche en émotions et en aventure. L’interprétation assez fluctuante, le rythme soporifique, les effets spéciaux risibles et la forme certes, assez soignée, mais limitée, ne font dès lors qu’accentuer la fadeur de l’ensemble. En d’autres termes, cette fiction n’est pas particulièrement mauvaise, mais elle ne fait jamais preuve d’une réelle identité ou d’un charme véritable, ce qui l’empêche grandement de s’apparenter à un honnête divertissement. Dommage.


2 Comments

  1. Caroline
    mabo• 5 mars 2013 at 0:25

    Le « Sam Astin » était-il voulu ? C’est excellent :p
    Hum bref oui donc ça donne vraiment pas envie ce Hercule à part si on veut se regarder un nanar :p

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    • Caroline
      Caroline• 5 mars 2013 at 12:45

      Haha, pas du tout ^^;;;;. C’est une énième preuve de mon étourderie habituelle. On voit que je pensais à Sam Gamegie en écrivant ce billet, ce qui est quelque peu normal tant l’acteur reprend justement toutes les caractéristiques du personnage du Seigneur des Anneaux pour son rôle dans Hercules. C’est d’ailleurs pour ça qu’il y est particulièrement médiocre : il ne fait aucun effort. Bref, merci de m’avoir indiqué cette erreur que je vais corriger immédiatement.

      Et mabo, bienvenue sur Luminophore~

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