Le printemps vient techniquement d’arriver mais si vous le voulez bien, nous allons encore rester parmi les paysages blancs et les températures peu clémentes avec 27 Sekundmeter, Snö. Également connue sous son intitulé français Vertiges, ou anglais 27 Meters per Seconds, Snow, cette mini-série suédoise peut être approximativement traduite par 27 mètres par seconde, neige. Elle est composée de deux épisodes de 90 minutes qui sont d’abord sortis en DVD en Suède en décembre 2005, avant d’être diffusés à la télévision les 6 et 7 janvier 2006. En France, il sera possible de la regarder sur Eurochannel dès le 13 avril prochain. Rappelons que cette chaîne est soit accessible en VOD sur leur site, soit via les bouquets de SFR (chaîne 101), Free (chaîne 130), Bouygues (chaîne 139) et Virgin Mobile (chaîne 194). Attention à ne pas confondre cette production avec la série québécoise Vertige. 27 Sekundmeter, Snö est une adaptation du roman de 1939 écrit par Kjerstin Göransson-Ljungman ; il n’existerait pas à l’heure actuelle d’édition française. À noter que la fiction a été réalisée par Tobias Falk que certains amateurs de jeux vidéo connaissent peut-être étant donné qu’il s’est occupé par la suite du développement de Battlefield : Bad Company. Aucun spoiler.

En 1939, un groupe d’individus se retrouvent piégés dans une cabane perdue au milieu des forêts des montagnes suédoises alors qu’une tempête de neige s’abat sur eux. Quand l’un des leurs est sauvagement assassiné la première nuit, la jovialité offre rapidement sa place à la paranoïa.

     

Si la scène ouvrant 27 Sekundmeter, Snö laisse quelque peu dubitatif tant elle paraît n’avoir aucun rapport avec le reste de la série, elle finit par rapidement montrer qu’au contraire, elle illustre parfaitement l’atmosphère y régnant. Durant les deux premières minutes, la caméra s’attarde effectivement sur un couple, dans une voiture, en proie à une dispute. La femme demande à son mari de signer les papiers du divorce tandis que lui, il ne le souhaite absolument pas. L’éclairage est contrasté, l’obscurité prend le pas sur le reste, la pluie tombe sur le véhicule, et la musique parfait cette ambiance digne d’un film noir. Cette courte séquence est en réalité issue du long-métrage Så Vit som en Snö réalisé par Jan Troell en 2001. Sauf que ça, on ne le sait pas forcément en débutant la série. Après un interlude où un train suit sa route nocturne parmi les arbres, la lumière apparaît soudainement. La caméra s’arrête dans un restaurant où deux personnes attendent tranquillement l’arrivée de six autres avant de partir marcher dans les montagnes enneigées. Comme tous les ans depuis un certain temps, ils organisent une petite expédition de ce genre à cette époque de manière à profiter des paysages et de l’air frais. Ils ne se connaissent pas tous puisque de nouveaux visages participent désormais à cette activité, mais ils procèdent rapidement aux salutations d’usage avant de quitter la chaleur de leur point de rendez-vous. Une fois leurs skis chaussés, ils se lancent ainsi dans leur voyage pimenté cette fois-ci de quelques difficultés pour normalement s’amuser davantage. L’ambiance y est assez guillerette, presque cocasse en fait, si ce n’est que quelques discrets éléments ternissent progressivement le tableau. Le téléspectateur a beau voir ce comité prendre visiblement du bon temps, il ne peut qu’avoir un curieux pressentiment. Malgré la bande-son à ce moment-là facétieuse, les sourires de façade, les blagues et autres ronds de jambe, ces protagonistes ont l’air pour certains particulièrement guindés, embarrassés, ou alors ils donnent l’impression de cacher aux autres leur véritable nature. Le temps passe et contre toute attente, le ciel finit rapidement par s’assombrir ; le groupe se retrouve pris au piège dans une tempête de neige. Suite à quelques disputes sur ce qu’il convient de faire, ils décident de trouver refuge dans une cabane dans laquelle loge Frida (Gunilla Abrahamsson), la propriétaire des lieux. Connaissant bien le guide et médecin de l’expédition, Sven (Jacob Ericksson), elle accueille d’autant plus vite cette compagnie inattendue dans son chalet chauffé et bien douillet pendant que dehors, les éléments naturels se déchaînent. La soirée bien entamée, chacun décide de dormir et de prolonger ce qui s’apparente presque à la sortie d’une colonie de vacances. Le lendemain matin, ils devraient tous être reposés et qui sait, ils pourront reprendre leur chemin. Or, ils découvrent au réveil avec stupeur l’un d’entre eux, poignardé. En raison du contexte, le meurtrier se trouve forcément dans ce groupe. Qui est-il ? Pourquoi a-t-il fait ça ? Ne va-t-il pas recommencer ?

Dès que 27 Sekundmeter, Snö débute, cette série suédoise fait immédiatement penser aux œuvres d’Agatha Christie ou d’Arthur Conan Doyle et le déroulement de l’histoire n’enlève jamais cette notion de familiarité. Plus précisément, c’est peut-être le roman Les Dix Petits Nègres qui vient à l’esprit au fur et à mesure que les minutes de cette fiction s’écoulent. En effet, à travers des rebondissements criminellement dramatiques, l’humour majoritairement pince-sans-rire est toujours présent en arrière-plan et il est assez compliqué de prendre tout ce que l’on voit au sérieux. C’est un peu comme si le cadre était totalement détaché de toute réalité et qu’il s’apparentait à une peinture uniquement destinée au bon divertissement de son public. En bref, tous les ingrédients du roman d’énigme composent cette série. Cette production suédoise est effectivement tout ce qu’il y a de plus classique car elle repose sur le scénario désormais bien connu du thriller en huis clos où la principale interrogation est de connaître l’identité de l’assassin ; c’est le fameux whodunit. À ce niveau-là, il n’y a par conséquent rien de particulièrement palpitant ou d’original. Cependant, nous savons tous qu’une intrigue somme toute banale ne signifie pas forcément que le visionnage en devienne inintéressant ou pire, douloureux. 27 Sekundmeter, Snö confirme d’ailleurs sans grande difficulté tout au long de sa courte durée de vie qu’elle ne réinvente aucunement le genre mais qu’elle sait se montrer convaincante. Dès qu’un des protagonistes est retrouvé poignardé, l’atmosphère gagne en tension et les neufs personnes encore vivantes, coincées en pleine montagne, commencent à se soupçonner. Tout le monde est suspect en dépit d’un alibi a priori fort réel, et certains comme Frida ou Sven décident de mener leur propre enquête, en n’hésitant par exemple pas à interroger les potentiels assassins.

Avec ce meurtre inattendu et opéré dans un lieu aussi confiné, la psychose s’installe rapidement et l’ambiance en devient presque sinistre lorsque les découvertes se font de plus en précises. Les impressions curieuses de départ se transforment pour prouver que ces personnages cachent admirablement bien leur jeu pour certains, et les personnalités et les dynamiques en profitent pour se complexifier. Les mensonges et les secrets s’accumulent, les langues se délient et chacun craint pour sa vie, ou est plutôt tellement empêtré dans ses propres soucis personnels que ce crime est la goutte d’eau faisant déborder le vase. Entre adultère, alcoolisme, rancœur, divorce, un père désagréable et sa fille étrangement possessive, une femme presque désespérée, un Français (assurément pas français !) ne parlant pas un traître mot de suédois ou encore un couple quelque peu désabusé, 27 Sekundmeter, Snö témoigne que les apparences sont trompeuses. Dans l’ensemble, le suspense est habilement mené bien que le suspect soit assez facilement décelable dès le départ, peut-être parce que son interprète n’est pas particulièrement convaincant et que la caméra appuie légèrement trop certains regards. Toutefois, il est difficile d’être vraiment sûr tant techniquement, quiconque aurait presque un motif valable de poignarder brutalement un de ses compères de voyage. Si la galerie de personnages pourtant importante est explorée avec une certaine finesse en dépit de plusieurs clichés, il n’est malheureusement pas aisé de s’attacher à eux. En revanche, comme dans tout bon scénario de cette trempe, il n’y a aucun héros, les facettes sont nombreuses, le manichéisme est rangé dans un placard et personne ne sort réellement grandi de cette expérience.

Plusieurs caractéristiques ne mentent pas, l’histoire se déroule dans les années 1930/1940, alors que le monde entier s’embrase dans une guerre. Malgré son époque datée, les thématiques sont définitivement modernes et si ce n’étaient quelques références de-ci de-là, il serait facile d’imaginer que l’ensemble se passe en réalité au XXIè siècle. La série ne peine donc aucunement à fédérer. Outre ses mystères prédominant au long cours, c’est surtout l’atmosphère qui marque dans 27 Sekundmeter, Snö. Ce qu’il y a d’assez dommage est que les deux épisodes manquent sensiblement de rythme. Il aurait probablement été préférable de découper davantage la série – en quatre épisodes de quarante minutes, par exemple – ou de raccourcir le tout. Cependant, avec sa sobriété, sa tranquillité légèrement plate caractéristiques des productions scandinaves, l’histoire emploie surtout son environnement et ses superbes paysages suédois pour leur offrir un véritable rôle. Le divertissement est de ce fait plutôt spectaculaire et appréciable par quiconque ayant un faible face à ces sites nordiques. La bande-originale composée par Mikael Sundin réussit également à transporter le public et à progressivement insérer une angoisse se mêlant à la zizanie parmi ce groupe hétérogène. Sinon, sur la forme en tant que telle, la réalisation est de facture assez classique mais elle est donc aisément contrebalancée par la vue en-dehors du chalet utilisant à juste titre les décors suédois.

Au final, 27 Sekundmeter, Snö part d’un scénario simple et ayant déjà fait ses preuves afin de dépeindre une énigme aux multiples facettes où la psychologie humaine et le suspense sont les rois. Employant à bon escient son cadre et l’isolement de ses personnages durant 24 heures, elle s’apparente à une enquête tour à tour amusante et stimulante avec une psychose côtoyant régulièrement les sentiments positifs et négatifs. Bien que ces deux épisodes ne soient pas foncièrement mémorables et qu’ils manquent sensiblement d’énergie, grâce à une mise en place efficace, ils atteignent parfaitement leur but qui est de divertir avec une certaine intelligence le public. De ce fait, le visionnage pourra probablement plaire à tous ceux ayant un petit faible pour les histoires dignes des romans d’énigme.
Bonus : la bande-annonce