Il est très rare que les séries s’inspirent d’une chanson pour leur histoire. Toilet no Kamisama est la preuve vivante que cela peut se faire. Effectivement, derrière ce titre se cache surtout une chanson d’Uemura Kana, une jeune chanteuse nipponne dont la carrière a décollé en 2010 grâce à ce single sorti à l’origine presque en catimini. Vendu à plusieurs milliers d’exemplaires en un temps record, ce titre a aussi reçu quelques récompenses. Il s’agit d’une simple ballade racontant la relation entre une petite-fille  – Uemura Kana – et sa grand-mère. Fort de son succès, la chanteuse a par la suite publié deux romans : un ouvrage illustré et une autobiographie relatant justement des anecdotes sur son aïeule. Le tanpatsu dont nous allons parler aujourd’hui est une adaptation de ce dernier. Toilet no Kamisama, transcrit également en Toire no Kamisama, signifie approximativement le dieu des toilettes. Composé d’un unique épisode de cent minutes, il fut diffusé sur MBS le 5 janvier 2011. C’est l’un des programmes fêtant le soixantième anniversaire de la chaîne japonaise. À noter que le tanpatsu a été nominé au 51è festival de Monte Carlo dans la catégorie des téléfilms. Aucun spoiler.

À Ôsaka, du haut de ses six ans, Kana croit que sa mère ne l’aime pas. Ayant l’impression d’être également mise de côté par son frère et ses sœurs, elle se réfugie régulièrement chez ses grands-parents vivant en face. Là, elle profite de la douceur de sa grand-mère qui trouve toujours les bons mots pour la réconforter. Suite à certaines circonstances, elles finissent par vivre ensemble et leur relation déjà importante prend de nouvelles proportions.

     

Toilet no Kamisama est tout simplement une ode aux liens entre une grand-mère et sa petite-fille. En se déroulant sur une décennie, le tanpatsu montre le quotidien d’une famille assez atypique où la petite dernière cherche de la chaleur là où elle peut en trouver. Au cours de la première partie, l’héroïne, Kana, n’est qu’une enfant. Interprétée par la mignonne Ashida Mana (Marumo no Okite, Mother, Alice in LIAR GAME) à qui l’on serait prêt à tout offrir, Kana ne comprend pas très bien pourquoi sa mère, Yôko, ne lui porte pas plus d’attention. Elle est trop jeune pour réaliser que cette dernière agit de la sorte avec tout le monde et que sous cette présumée indifférence et cette excentricité se cachent aussi quelques blessures et craintes. Les non-dits gouvernent en réalité cette famille éclatée. Yôko, jouée par la sympathique Natsukawa Yui (Kekkon Dekinai Otoko), élève seule ses trois enfants et a fichu plus ou moins à la porte son bon à rien de mari (Tokui Yû). Kana, elle, est d’autant plus blessée qu’elle n’a aucun souvenir de son père et qu’elle n’arrive pas à se faire une place dans cette famille très particulière où chacun paraît mener son existence, seul, dans son coin. Heureusement, elle peut donc compter sur sa grand-mère maternelle, Waka (Iwashita Shima), toujours présente pour donner une friandise, complimenter et trouver ce qu’il faut pour remonter le moral. Lorsque son père décède, Yôko décide que Kana ira habiter en face, de manière à ne pas laisser seule la récente veuve. Après tout, Kana pourra revenir autant qu’elle veut dans la maison d’à côté voir sa fratrie et sa mère. Cette décision chagrine et ravit en même temps la petite fille. N’est-ce pas la preuve irréfutable que l’on se débarrasse d’elle ? Ceci étant, loger auprès de sa grand-mère est un tel délice qu’elle y gagne peut-être au change. Les années passent, Noël a une place de choix – ce qui n’est probablement pas anodin vu la date de diffusion – Kana grandit, mûrit, et progressivement, elle développe un goût prononcé pour la musique. Waka l’encourage toujours et lui fait jurer de ne jamais s’arrêter avant d’atteindre son objectif qui est celui de vivre de son art. Incarnée cette fois-ci par Kitano Kî (LIFE), Kana partage alors son temps entre ses études, son petit-ami portant les traits de Miura Shôhei (Tumbling, Gokusen 3) et finit par prendre son envol dans la vie active, laissant quelque peu sa grand-mère de côté. Malgré tout, leur relation est encore empreinte de beaucoup de douceur et de complicité.

Le scénario de Toilet no Kamisama est tout ce qu’il y a de plus classique et si la lecture du synopsis peut laisser imaginer des instants dramatiques, ce n’est pas réellement le cas dans la première partie. Tout du moins, la cellule familiale dans laquelle Kana vit est effectivement assez décalée et il en ressort de nombreuses scènes humoristiques. L’ambiance est légère, mignonne, un tant soit peu cocasse et le visionnage est tout à fait agréable. Il faut dire qu’Ashida Mana est tellement lumineuse et pétillante qu’elle améliore facilement n’importe quoi. Le titre laisse d’ailleurs entendre que le ton est assez piquant étant donné qu’il est question d’un dieu des toilettes ! De manière à garder la surprise, son explication ne sera volontairement pas révélée dans ce billet. Malheureusement, sans se révéler non plus catastrophique, la suite finit par perdre quelque peu de sa saveur en raison de longueurs et de bons sentiments légèrement prépondérants. Lorsque l’héroïne grandit, le charme est presque rompu et l’on sent moins l’attachement entre la petite-fille et sa grand-mère. La tonalité douce-amère fait mouche, là n’est pas la question, c’est juste que l’histoire devient plus plate et vraiment convenue. Le rythme est au final peut-être trop rapide puisqu’une bonne dizaine d’années s’écoule entre le début et la conclusion, ce qui fait qu’il est assez compliqué de se sentir réellement concerné par ce que l’on voit. Toutefois, Toilet no Kamisama pourra sans grand difficulté résonner avec son vécu personnel, si l’on a par exemple eu un grand-parent dont on s’est un jour senti proche. Sinon, quid de la fameuse chanson, entendue à la toute fin de l’épisode ? Elle n’a rien non plus de révolutionnaire mais elle marque surtout par ses paroles et sa durée (plus de dix minutes !). L’interprétation de Kitano Kî est plutôt bancale et heureusement, l’actrice est rapidement remplacée par l’interprète originale. Pour terminer, la forme est sans artifice mais elle profite de superbes paysages et d’une photographie plutôt soignée.

En définitive, Toilet no Kamisama est un joli et tendre tanpatsu rendant hommage à la relation entre une petite-fille ayant besoin d’amour et d’affection, et une grand-mère ne demandant qu’à en donner. En dépit d’un classicisme évident et d’un aspect assez préformaté, l’épisode réussit sans mal à offrir de la chaleur et se révéler attendrissant. Grâce à son sujet et son traitement fédérateur, il est alors évident que cette fiction inspirée de faits réels peut également rappeler de nombreux souvenirs en lien avec des êtres chers. Bref, il remplit parfaitement le cahier des charges et peut être appréciable si l’on tient à se plonger dans une atmosphère nostalgique.
Bonus : la chanson et clip de Toilet no Kamisama