Merlin -BBC- (saison 5)

Par , le 3 avril 2013

L’équipe créative l’ayant annoncé depuis un petit moment, ce fut presque normal d’apprendre l’année passée que la cinquième saison de Merlin serait la dernière. On pourrait même ajouter que ce fut rassurant car cela signifiait que les scénaristes n’allaient pas diluer ce qu’ils avaient à dire afin de profiter au maximum de la poule aux œufs d’or. Bien sûr, cet au revoir en bonne et due forme n’est pas forcément gage de qualité. Les treize ultimes épisodes du jeune sorcier furent diffusés sur BBC One entre octobre et décembre 2012. Aucun spoiler.

Faible, mécanique et n’apportant rien de franchement palpitant, la saison quatre de Merlin fut une vraie déception. Où étaient passés l’identité de la série, sa verve d’antan et son juste-milieu – certes parfois bancal – entre humour et drames ? Ce n’est donc pas étonnant d’être quelque peu inquiet en débutant cette dernière salve d’épisodes. Malheureusement, la poussive première moitié de la saison ne rassure en rien quant aux qualités de la production. Trois ans se sont écoulés depuis le couronnement d’Arthur. Le roi s’est entouré de nouveaux chevaliers, siège à la Table ronde et continue de veiller sur son royaume de la façon la plus juste qui lui soit possible. Fidèle aux légendes, il est sans aucun doute le souverain légitime de Camelot et la paix relative est un argument de poids. Tout du moins, il donne l’impression de l’être bien que visiblement, il traite toujours de la même manière son fidèle serviteur, Merlin. C’est quand même extrêmement consternant et agaçant de voir que le sorcier et la relation avec son maître n’ont pas évolué d’un iota au cours de cette ellipse. Merlin se fait encore critiquer, moquer, railler et il doit sempiternellement ramasser les affaires d’Arthur, le vêtir, porter ses armes et subir les blagues parfois lourdes des chevaliers. Nous savons tous que derrière les remarques parfois peu amènes du roi se cachent en réalité un profond respect, une grande amitié et une certaine reconnaissance mais il est malgré tout dommage qu’il faille attendre le series finale pour y goûter ne serait-ce qu’un minimum. La saison passée donnait déjà l’impression de faire du surplace et celle-ci souffre exactement des mêmes défauts. En d’autres termes, Arthur, Merlin et les autres paradent tandis qu’un ennemi cherche à s’approprier, voire à détruire, Camelot. Comme par hasard, cet adversaire porte les traits de Morgana. Le personnage n’a jamais été finement exploré mais cette fois-ci, il plonge réellement dans la caricature. C’est usant et ridicule d’entendre systématiquement la même rengaine et de ne pas tenter de la dessiner sous un nouvel angle. Entre sa haine viscérale envers son demi-frère et son envie impérieuse de découvrir l’identité d’Emrys, elle ne paraît avoir aucune autre motivation. Petite nuance, cette fois Merlin ne doit pas que s’occuper de la vile sorcière puisqu’il est confronté au retour de Mordred qui a bien grandi et qui, contre toute attente, semble vouloir faire partie des proches d’Arthur. Toutefois, pour diverses raisons le fidèle serviteur est persuadé que le druide sera à l’origine de la perte de son roi en dépit de l’absence d’une preuve tangible. Mordred a beau être interprété avec solidité par Alexander Vlahos, il n’a guère l’opportunité de rayonner comme il le mériterait. L’arc principal de la saison se résume par conséquent à la tentative d’arrêt du destin déjà mis en branle. Mais comme il s’agit du supposé feu d’artifice de la fin de la série, il faut bien trouver quelque chose pour meubler en patientant. D’autres intrigues parsèment alors les épisodes et aucune ne réussit à se révéler passionnante.

Le season premiereArthur’s Bane, s’étale comme le veut la tradition sur deux épisodes et se montre surtout maladroit et ennuyant. Ne parlons même pas de la créature sortie d’on ne sait où offrant de véritables crises de fou rire. Ce diptyque a tout simplement pour mission de lancer les enjeux de la suite, avec Morgana et Mordred, donc. La suite s’engage dans un format répétitif où Arthur cherche à réparer des erreurs passées, s’assurer du soutien d’anciens ennemis tout en étant aidé en catimini par Merlin. Les chevaliers ne sont pas du tout exploités, ce qui n’étonne plus arrivé à ce stade, et ils ne servent qu’à lancer quelques blagues. La saison parvient même à rendre leurs derniers instants à l’écran insipides et sans aucune ampleur émotionnelle. Sans dévoiler ce qui lui arrive, Gwaine est la déception la plus amère parce que son ultime rebondissement ne touche pas quand bien même on puisse grandement apprécier le personnage. La saison est cruellement expéditive et superficielle, ne s’arrêtant jamais lorsqu’il est nécessaire alors qu’elle passe la majorité de son temps à ralentir la cadence et reculer l’avancement de l’intrigue principale. Les épisodes utilisent tous les ingrédients déjà employés par le passé tels que le fameux espion contrôlé par la sorcellerie, les évanouissements bien opportuns, les maladies inopinées sauvées grâce aux fabuleux talents de Gaius, etc. À vrai dire, de nombreuses idées sont lancées mais cela de manière totalement désordonnée et confuse. L’intrigue occupant le milieu de saison, avec Gwen, se laisse aisément regarder car elle est divertissante mais elle manque d’ampleur. D’ailleurs, la reine s’est définitivement transformée en potiche ; elle n’existe pas en-dehors de son époux et ne sert strictement à rien. Finalement, Merlin prouve encore une fois qu’elle a beau vouloir jouer dans la cour des grands en dramatisant et en assombrissant sa teneur scénaristique, elle n’ose pourtant jamais dépasser une certaine limite probablement liée à son aspect familial. Pour cette raison, la saison souffle le chaud et le froid et représente parfaitement le côté bancal de l’ensemble. Si les épisodes de la seconde moitié ne sont pas foncièrement mauvais, ils sont rapidement oubliés une fois terminés ; tout de même, exception faite du 5×09, With All My Heart, pour son aventure, sa cocasserie et son avancée mythologique. Justement, ce n’est pas la réécriture des légendes arthuriennes qui dérange étant donné que depuis le temps, la production n’a plus grand-chose à voir avec le canon ; d’ailleurs, au cours de cette année elle se rapproche peut-être davantage qu’autrefois de ce que l’on connaît. Pour l’anecdote, la saison rappellera quelques souvenirs à ceux regardant Game of Thrones puisque l’on y voit Liam Cunningham et John Bradley ; sinon, il est possible d’y reconnaître Lindsay Duncan (Rome) de retour pour une apparition inutile.

Quid de la fin ? Contre toute attente, elle ne cherche pas l’esbroufe ou à en mettre plein la vue. À la place, elle s’attarde enfin sur la relation entre Arthur et Merlin et délivre ce que l’on attendait tous depuis le début. C’est cette dynamique qui représente la véritable âme de la série et il est par conséquent plus que logique que tout finisse avec eux. Si la finalité en tant que telle semble avoir déçu un certain nombre de téléspectateurs, elle est surtout très naturelle et presque nécessaire pour que Camelot parvienne à renaître véritablement et aller vers l’avant. Cet épisode est parfaitement sublimé par la photographie, le jeu de lumière et le sens de la mise en scène de la série. La musique composée par Rob Lane démontre en outre encore une fois qu’elle aura su accompagner les périples de ces deux compères liés à la vie comme à la mort. En d’autres termes, à travers ce dernier voyage, l’amitié entre les deux jeunes hommes est joliment retranscrite et amène des moments globalement touchants, notamment parce que leurs interprètes, Colin Morgan et Bradley James, sont bons et possèdent une vraie alchimie. Bien que l’on aurait pu espérer un impact émotionnel légèrement plus prépondérant, le cœur ressort assez gros et est malmené par cette atmosphère douce-amère. Dans tous les cas, cette fin est on ne peut plus cohérente avec le reste mais cela ne l’empêche nullement d’être douloureuse.

En conclusion, la saison cinq de Merlin n’est pas une réussite et peine à convaincre dans son intégralité. Ne parvenant jamais à tirer profit de son matériel, elle semble tout simplement attendre le dernier épisode de manière à résoudre ses intrigues. En-dehors de son duo principal ayant heureusement le droit à un sensible développement en fin de parcours, toutes les autres figures sont mises de côté et ne servent que de faire-valoir. Ajoutons-y des rebondissements répétitifs, un format tout aussi mécanique que précédemment, une narration décousue et une tonalité empêtrée par son absence de véritables risques, et elle a de quoi se révéler décevante. Pour autant, le visionnage n’est pas foncièrement pénible puisque l’univers est familier et possède encore la capacité de brièvement satisfaire. Ce sont donc plus les sympathiques souvenirs qui permettent de ne pas être trop critique. Et puis après tout, la série n’a jamais eu la prétention d’être parfaite, elle a juste souhaité proposer une fresque attachante relatant les aventures d’un jeune sorcier. Mission réussie.


4 Comments

  1. Caroline
    Nephthys• 3 avril 2013 at 19:24

    Merlin aura toujours une place particulière dans mon cœur. Cela dit je me suis plus ennuyée durant cette saison que lors des saisons précédentes.
    Au final, j’ai du mal à en dire du mal je l’aime vraiment mais je comprends les reproches que l’on peut lui faire. Comme tu le dis ici, le non soin apporté aux chevaliers m’a profondément agacé (ne parlons pas du sort de Gwaine je crois que je vais hurler sinon).
    Par contre pour la toute fin, après en avoir parlé avec Lorna j’ai un peu mieux compris ce que le dernier plan pouvait apporter…

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    • Caroline
      Caroline• 3 avril 2013 at 23:22

      Je peux comprendre. Quand on aime quelque chose plus que de raison, c’est toujours difficile d’en dire du mal et de demeurer un minimum objectif. Merlin représente à mes yeux une série sympa mais je sais que je ne la regarderai probablement jamais à nouveau – preuve qu’elle ne m’intéresse pas plus que ça.

      Concernant la dernière scène, j’ai effectivement lu chez toi que tu n’avais pas tout saisi. Je suis d’ailleurs tout à fait d’accord avec Lorna, comme quoi il l’attendra le temps nécessaire (je reste volontairement vague pour ne pas spoiler ^^).

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      • Caroline
        Nephthys• 4 avril 2013 at 7:09

        Oui et puis avoir assister au tournage fait que la série restera toujours particulière pour moi. Elle fait partie de mon panthéon des séries. Or je comprends ses limites mais ca me passe au-dessus.

        Expliquer comme ca je comprends mieux, mais c’est vrai que sur le coup j’ai eu bcp de mal. C’est trop rapide, trop différent de la scène précédente du coup j’ai été déstabilisé et je n’ai pas été la seule…

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        • Caroline
          Caroline• 7 avril 2013 at 21:07

          Pour être franche, je ne suis pas super fan de cette ultime scène. Elle est à mon sens assez superflue et n’apporte pas foncièrement grand-chose à l’ensemble. Après, je trouve quand même qu’elle suit bien la tonalité douce-amère de la fin.

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