L’ordre du Temple et ses fameux chevaliers ont inspiré et inspireront encore un grand nombre de fictions diverses. Ce n’est donc guère étonnant que certaines séries télévisées reprennent des thématiques s’en approchant, le trésor étant probablement celui ayant le plus la cote. The Last Templar, Le Dernier Templier en VF, utilise sans surprise les légendes entourant ce groupe aux multiples mystères. Derrière ce titre se cache à l’origine le roman à succès de Raymond Khoury édité en 2005 et déjà disponible en France. Il a été adapté au Canada en une mini-série de deux épisodes de 85 minutes qui fut diffusée pour la première fois aux États-Unis sur NBC, les 25 et 26 janvier 2009. La production est passée le 22 décembre 2009 en France, sur M6. Sinon, l’histoire a également été transposée en BD chez Dargaud entre 2009 et 2013 ; composée de quatre volumes, elle a été dessinée et scénarisée par Miguel De Lalor Imbira. À noter qu’en 2011 et 2012, Khoury a publié une suite à son premier livre dans The Templar Salvation (La Malédiction des Templiers) et The Devil’s Elixir (L’Élixir du Diable), tous deux déjà édités par Pocket. Aucun spoiler.

Afin de présenter certains de ses trésors les plus inestimables, le Vatican organise une soirée mondaine au Metropolitan Museum of Art de New York. Étant invitée, la brillante archéologue Tess Chaykin y assiste en compagnie d’un de ses amis. Soudain, des cavaliers habillés en Templiers pénètrent dans le musée, assassinent un des gardes, cassent toutes les vitrines et dérobent plusieurs de ces acquisitions. Comprenant immédiatement qu’il ne s’agit en aucun cas de criminels banals, Tess désire plus que tout découvrir ce que ce pillage signifie. Avec l’aide de l’agent du FBI Sean Reilly, elle se lance alors dans une grande aventure susceptible de révéler des secrets et trésors enfouis depuis des siècles liant la chute des Templiers à la chrétienté…

Ayant depuis toujours un faible pour tout ce qui a trait aux mystères, aux légendes et aux arcanes, il est évident que les Templiers m’intéressent, même s’ils ne figurent pas parmi mes favoris. À la télévision, il existe entre autres sur ce sujet la mauvaise mini-série française La Légende des Trois Clefs, diffusée sur M6 en 2007, et La Commanderie, une autre mini-série française – que je n’ai pas encore regardée – datant de 2009. Si je n’ai pas testé les romans de Khoury, je ne me voyais pas passer à côté de The Last Templar qui, sur le papier, a tout d’un scénario riche en rebondissements, en exotisme et en suspense. Naturellement, tout le monde pense au médiocre The Da Vinci Code à la lecture du synopsis dans le sens où les similarités sont troublantes et loin d’être fortuites. Effectivement, de nombreuses histoires mêlant la religion chrétienne aux conspirations ont été écrites suite au livre de Dan Brown. Mettre à mal Jésus et tout ce qui s’y rapporte semble vendre, il est par conséquent logique que beaucoup cherchent à profiter de la poule aux œufs d’or. The Last Templar surfe ainsi sur la mode de l’époque et reprend en plus des éléments issus d’Indiana Jones, de Benjamin Gates ou encore des tribulations télévisées de Flynn Carson. Il va sans dire que cette série canadienne ne s’embarrasse pas de l’originalité et ne tente aucunement de s’offrir une véritable identité. Après tout, cela ne signifie pas forcément que le visionnage n’est pas un minimum divertissant, n’est-ce pas ?

La scène d’introduction de The Last Templar symbolise parfaitement le très gros problème de ses deux épisodes. Manquant cruellement de naturel, poussive et excessive, elle est tellement ridicule qu’elle finit par devenir irritante. Tess Chaykin est une archéologue extraordinaire possédant moult talents. Intelligente, sportive, téméraire, supposément drôle, parlant plusieurs langues, ayant le sens de la répartie, très forte en arts martiaux, mère célibataire aimante et protectrice, amie dévouée, sexy et loyale, elle n’aurait peut-être qu’un unique défaut : celui de toujours se mêler de ce qui ne la regarde pas. Ceci étant, sachant qu’elle finit systématiquement par faire de grandes découvertes, c’est un mal pour un bien. Imaginez-la en robe de soirée et escarpins alors que quatre hommes à cheval s’engouffrent dans l’illustre musée new-yorkais pour tout saccager et voler des richesses historiques fort précieuses du Vatican. Ces individus vêtus de costumes de Templiers ne paraissent pas troublés à l’idée de tuer et blesser tout le monde, preuve de leur côté impitoyable. N’écoutant que son courage, Tess réalise qu’elle ne peut laisser passer cet affront et décide de les pourchasser dans la ville. Elle prend une crosse en exposition, saute sur un cheval qui se trouve dans les parages – oui, c’est pratique – et se jette à corps perdu dans cette course-poursuite. Naturellement, elle réussit à arrêter un de ces criminels tandis que la police, elle, se retrouve surtout dépassée par les évènements. Tout du moins, c’est sans compter sur l’aide du séduisant agent du FBI Sean Reilly, quelque peu attiré, mais en même temps horripilé par ce petit bout de femme. S’en suit une jouxte verbale piquante entre les deux et les voilà liés dans ce qui s’annonce comme une imposante expédition dans le monde entier afin de découvrir l’identité de ces cavaliers et de ce que ce vol représente. En effet, leurs actions auraient une connexion avec l’ordre des Templiers, un fantastique trésor et la chute des chevaliers, probablement due au Vatican lui-même ! Tout un programme.

Étant donné qu’il s’agit d’une adaptation d’un roman, il est quelque peu évident que The Last Templar n’a pas forcément la possibilité de prendre un grand nombre de libertés. De ce fait, les défauts doivent être déjà présents dans l’ouvrage en question. Malgré tout, cela ne légitime en rien les écueils de la fiction tant tout tourne à vide. Que le scénario soit simpliste, qu’il ne fasse pas preuve d’inventivité et repose sur tous les codes du genre pourrait ne pas être trop exaspérant si certaines qualités parvenaient à les contrebalancer. Ce que l’on attend généralement des productions de cet acabit est une légère pointe de mystère, du dépaysement, de l’énergie et du souffle. Ce n’est malheureusement jamais le cas dans The Last Templar. Les deux héros, Tess et Sean, respectivement incarnés par Mira Sorvino et Scott Foley (Felicity, The Unit, Grey’s Anatomy, True Blood), ne sont pas du tout intéressants ou attachants ensemble comme séparément. Comme par hasard, si l’archéologue idéalisée et l’agent du FBI aussi peu creusé se chamaillent comme chien et chat, ils sont seuls contre tous et doivent faire front pour s’unir contre les méchants unilatéraux leur tournant autour. En plus, ils ne font certes que se critiquer et se moquer l’un de l’autre, mais il est tout naturel qu’ils s’attirent. Histoire d’appuyer ce qui est supposé offrir une ambiance légère, ils n’en ratent jamais une pour se railler alors qu’ils sont à deux doigts d’être transpercés ou ensevelis sous une tonne de poussière. Pendant ce temps, les ennemis cherchent à s’organiser, mais peinent à le faire puisqu’ils sont surtout très cruels et sans foi ni loi, voire fous. Plus le temps passe et plus les situations deviennent abracadabrantes, le deuxième épisode étant une accumulation de poncifs et d’un sentimentalisme honteux. En dépit d’une représentation stéréotypée et presque blasphématoire de la Turquie, les paysages ont au moins la bonté de ne pas être aussi affligeants. Autrement, outre le duo a priori de choc et de charme, le scénario essaye d’injecter une dimension à mi-chemin entre l’historique et le religieux bien qu’il n’ait visiblement aucune teneur documentaire et soit une succession de stupidités superficielles en tous genres. La fin est d’ailleurs franchement consternante et prouve sans mal l’ineptie de cette mini-série ne possédant aucune substance. Quid de l’aspect lié à la dominante thriller ? Tristement, le constat est tout aussi lamentable, car le suspense ne parvient jamais à se frayer un chemin jusqu’à nous. C’est quand même honteux d’avoir un acteur comme Victor Garber (Alias) et de ne pas réussir à lui offrir un rôle digne de ce nom. Pour l’anecdote, Omar Sharif y interprète un individu parfaitement représentatif de la qualité de l’ensemble.

En définitive, The Last Templar a peut-être pour principale lacune de se baser sur une histoire a priori ridicule collectionnant invraisemblances et incohérences. Entre les personnages manichéens, les erreurs factuelles omniprésentes, les péripéties linéaires, les rebondissements prévisibles et une seconde partie encore plus médiocre que la précédente, il ne reste plus grand-chose à quoi se raccrocher. Si certains décors et paysages sont plutôt réussis, probablement parce qu’ils possèdent un certain charme exotique, c’est bien insuffisant pour rendre le visionnage un minimum agréable. Au contraire, il s’avère surtout douloureux en raison de ces excès et de cette caricature ambiante. Sans conteste, cette mini-série déshumanisée se doit d’être évitée.