Kokoro no Ito | 心の糸

Par , le 18 avril 2013

C’est assez amusant d’entendre parler pour la première fois d’une production japonaise à travers un festival francophone. Effectivement, c’est en regardant par curiosité quels étaient les nominés autres que Toilet no Kamisama dans la catégorie téléfilms du 51è festival de Monte Carlo que j’ai découvert Kokoro no Ito. Il s’agit d’un tanpatsu d’un unique épisode de 73 minutes diffusé sur NHK le 27 novembre 2010. Son titre peut être approximativement traduit par les liens du cœur. Aucun spoiler.

Le Japon semble avoir un faible pour toutes ces histoires où un personnage se trouve en situation de handicap ou est atteint d’une grave maladie. Parmi la multitude de thématiques existant, la surdité est plutôt régulièrement à l’honneur et ce ne sont pas les renzoku Orange Days ou encore Aishiteiru to Itte Kure qui diront le contraire. À l’instar de ces deux fictions mais aussi de Hoshi no Kinka écrite par Tatsui Yukari, la même scénariste que pour Kokoro no Ito, ce tanpatsu s’attarde sur la langue des signes et sur la perte totale de l’ouïe.

Nagakura Akihito est un jeune homme habitant avec sa mère depuis le décès de son père alors qu’il n’était qu’enfant. Si cette situation n’est déjà pas aisée à supporter quotidiennement, elle est encore plus complexe dans le sens où sa mère, Reiko, est sourde-muette. Assez renfermée sur elle, elle n’a que peu de proches et vit presque en vase clos, partageant son existence entre son travail parmi les poissons-globes (le fameux fugu) et sa maison. Comme elle ne peut réellement communiquer avec les autres, son fils lui sert toujours d’interprète puisqu’il est évidemment capable d’utiliser la langue des signes. C’est Matsuyuki Yasuko (Mother, Suna no Utsuwa) qui offre ses traits à cette femme effacée et très fade en apparence. L’actrice dispose heureusement d’un jeu suffisamment solide pour transmettre des émotions à travers un simple regard. Bien que beaucoup lui aient asséné qu’elle ne pourrait jamais élever seule Akihito, Reiko ne s’est jamais avouée vaincue. Son fils ne souffrant pas du même handicap qu’elle, elle tient absolument à ce qu’il profite au maximum de ses capacités. Akihito, lui, est en pleine préparation dans le but d’essayer d’intégrer une université de musique prestigieuse où il pourrait étudier sérieusement le piano. Jouant de cet instrument depuis qu’il est tout petit, il paraît ne plus y prendre goût. Las, fatigué de s’entendre dire par ses professeurs qu’il n’a pas l’étoffe d’un pianiste car il manque de passion, il ne supporte plus cette situation dans laquelle il se trouve et blâme en silence sa mère pour l’y avoir mis. En fait, il est perdu, voire frustré, et ne sait plus s’il aime réellement le piano et s’il continue pour plaire à sa mère, ou pour ne pas abandonner quelque chose qui a occupé une grande partie de son existence. De plus, face à Reiko qu’il doit constamment aider, il est tout à fait conscient d’être plus mature que les autres de son âge et de ne peut-être pas profiter innocemment de sa jeunesse.

Kokoro no Ito traite avec beaucoup de retenue de la pression qu’infligent inconsciemment certains parents sur leurs enfants afin qu’ils transcendent les difficultés et aient ce que eux, ils ont échoué à obtenir. Dans ce cas précis, Reiko désire à tout prix voir son fils devenir un grand pianiste. Sans grande surprise, au bout de plusieurs années Akihito ne supporte plus de devoir mettre autant d’énergie à poursuivre le rêve de sa mère. Que fait-il du sien ? Et en a-t-il un, lui qui n’a justement jamais la possibilité de réfléchir à ce qu’il souhaite réellement ? Le tanpatsu illustre leur délicate relation alors qu’elle tend à se déliter progressivement. Entre rancœur, mensonges et secrets, il ne reste plus que peu de place pour quoi que ce soit d’autre. Sans morale, pathos ou sentimentalisme, il est juste question de quelques instants de leur vie se trouvant à un moment charnière. Lorsqu’Akihito rencontre Izumi (Tanimura Mitsuki – Cat Street), une jeune de son âge ayant de nombreux points communs avec lui, il réalise qu’il ne peut perdurer ainsi, surtout qu’il apprend à ce moment-là une nouvelle bouleversante. Un de ses anciens camarades incarné par Sometani Shôta (Jûnen Saki mo Kimi ni Koishite) tend aussi à le pousser dans ses retranchements et à le faire bousculer ses automatismes rassurants. Une chose est sûre, Akihito et Reiko deux doivent s’écouter respectivement de manière à avancer vers un horizon plus calme. Ils s’aiment, cela va s’en dire, et leur lien indéfectible en dépit des adversités est fort et poignant. Bien qu’elle ne puisse jamais entendre ce que joue Akihito, Reiko lui assure qu’elle ressent ses mélodies, notamment parce que leur cœur seront toujours connectés. Cette dynamique est écrite avec beaucoup de pudeur et un minimalisme presque plat. C’est d’ailleurs peut-être pour cela qu’avec un rythme très tranquille, il ne soit pas forcément évident de se sentir émotionnellement impliqué. L’épisode se regarde aisément puisqu’il est très court mais il ne marque malheureusement guère les esprits. Il est également dommage que les scènes au piano soient aussi étranges car on voit bien que ce n’est pas Kamiki Ryûnosuke (Kôkôsei Restaurant), assez correct au demeurant, qui joue vraiment de l’instrument. C’est Kabe Amon (Good Life, Clone Baby) qui interprète Akihito enfant. Sinon, outre l’intimité de cette famille atypique, Kokoro no Ito dépeint également les difficultés auxquelles sont confrontées les personnes malentendantes. Là aussi, plutôt que de faire preuve d’emphase, l’espoir et la sobriété sont de mise. L’atmosphère profite justement du cadre rural pour gagner en humilité et en douceur. Au niveau de la bande-son, il n’est pas rare que le silence soit fait, probablement pour marquer le contraste entre le monde musical d’Akihito et celui sans bruit de sa mère. Ce procédé n’a rien d’original et est souvent repris dans les fictions du genre mais, sans forcément apporter grand-chose à l’ensemble, il ne se révèle pas dérangeant ou maladroit. La musique composée par Senju Akira (Suna no Utsuwa, Kôkô Kyôshi 1993 et 2003, Fûrin Kazan, Toilet no Kamisama, Kimi ga Oshiete Kureta Koto) n’est non plus particulièrement mémorable bien qu’elle fasse son travail convenablement.

En définitive, Kokoro no Ito est un tanpatsu témoignant sans aucune fioriture de la relation entre une mère et son fils. Tandis que l’une veut le meilleur pour le second, ce dernier arrive au bout de sa course effrénée et entend mener ses propres rêves et non pas poursuivre ceux de celle qu’il aime. Bien que la surdité soit également abordée, c’est surtout le cheminement intérieur de ses deux personnages principaux qui prévaut. En s’apparentant à une histoire très simple et menée avec tranquillité, cet épisode se montre alors sincèrement humain. Sans être indispensable ou même particulièrement conseillé, il dégage une certaine humilité touchante qui devrait aisément plaire à ceux recherchant des fictions où la tendresse côtoie la quiétude en dépit de quelques soubresauts naturels.


2 Commentaires

  1. Kerydwen
    Dramafana• 18 avril 2013 à 23:50

    Ce titre m’était familier, mais je ne savais pas vraiment de quoi il était question. Je croyais même que c’était un drama. Enfin bref. Je n’ai jamais vu de production de ce genre (maladie, handicap, etc.), parce que j’essaie d’éviter ce qui est susceptible d’être trop triste, trop chargé en émotion ou trop poignant. Néanmoins, cette relation entre une mère et son fils m’intrigue et j’ai tout de même noté le titre dans un coin de liste.
    Merci pour cette découverte.

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    • Kerydwen
      Kerydwen• 21 avril 2013 à 15:01

      Contre toute attente, les séries japonaises que j’ai regardées et qui illustraient un handicap ne sont pas spécialement chargées, émotionnellement parlant. En revanche, ce n’est pas du tout le cas de celles traitant d’une maladie, surtout que la mort est presque toujours au tournant xD.

      Concernant ce tanpatsu, je ne le conseille pas particulièrement mais si la relation entre la mère et le fils t’intéresse, il pourrait effectivement être susceptible de te plaire ^^.

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