Diable, cela faisait environ un an qu’une comédie romantique japonaise n’avait pas eu les honneurs sur Luminophore ! Plutôt que de discuter des nouveautés de ces dernières saisons, place à une vieillerie avec Koi ga Shitai, Koi ga Shitai, Koi ga Shitai, volontairement abrégée en Koi ga Shitai x3 pour des raisons évidentes. Cette série japonaise dont le titre à rallonge signifie je veux tomber amoureux est composée de onze épisodes diffusés entre juillet et septembre 2001 sur TBS ; le premier et le dernier durent une heure et les autres, quarante-cinq minutes. Le scénariste n’est autre que Yukawa Kazuhiko, connu pour des j-dramas comme Magerarenai Onna, Rebound, Kaseifu no Mita, Majo no Jôken ou encore, plus récemment, l’asadora Jun to Ai. Aucun spoiler.

Sept personnes dont le prénom se rapporte à une couleur se retrouvent un soir dans un restaurant de gyûdon quelque peu désert. Contre toute attente, alors qu’elles ne se connaissent pas du tout, elles finissent par la suite par régulièrement se croiser par hasard, voire plus si affinités. De la même manière que les teintes de l’arc-en-ciel, elles sont en fait inextricablement liées puisqu’elles cherchent parfois désespérément un sens à leur vie.

Appréciant généralement les histoires écrites par Yukawa Kazuhiko que j’ai pu voir jusqu’à maintenant, Koi ga Shitai x3 s’est rapidement retrouvée sur ma liste des séries à regarder surtout que la distribution m’est sympathique. Mon opinion n’a été que davantage confortée par les billets d’Éclair, de Dramafana puis enfin de Katzina. Finalement, c’est beaucoup plus tardivement que ce que j’avais prévu que je lui ai donné sa chance mais tout le monde sait pertinemment que l’emploi du temps du sériephile est toujours surchargé et parsemé de choix cornéliens. Comme d’habitude, la question que l’on vient à se poser en débutant une vieille fiction est de savoir si elle est datée, voire kitsch. Que l’on se rassure immédiatement, ce n’est pas du tout le cas ici. Koi ga Shitai x3 ne donne absolument pas l’impression d’avoir douze ans. Seuls les téléphones portables montrent que le monde s’est modernisé depuis mais tout le reste passe parfaitement. En d’autres termes, ce serait vraiment dommage de ne pas oser essayer ce renzoku pour cette raison d’autant plus qu’elle n’est pas valable. D’un point de vue formel, la réalisation est somme toute classique et la bande-son, composée par Wakakusa Kei, plutôt bien trouvée bien qu’assez banale. Ce sont davantage les chansons de The Carpenters qui marquent pour leur parfaite adéquation avec l’ambiance générale. Autrement, la série demande un certain investissement avant d’exposer l’étendue de ce qu’elle a à offrir. Les premiers épisodes sont effectivement assez longs à se mettre en place et souffrent de légères baisses de régime. À vrai dire, c’est l’osmose, le jeu du chat et de la souris entre les personnages et leurs caractérisations qui finissent progressivement par intéresser.

     

Plusieurs scénaristes possèdent une touche assez inimitable et ne peuvent jamais s’empêcher d’aborder des thématiques leur étant probablement chères. Il est assez amusant de constater que ce Koi ga Shitai x3 ressemble sur de nombreux points à Magerarenai Onna, une autre histoire bien plus récente écrite par Yukawa Kazuhiko. Outre une actrice similaire, l’approche et le traitement sont quasi identiques. Les sentiments sont effectivement le cheval de proue de ces deux fictions et, grâce à une écriture sensible faisant globalement preuve de finesse et de justesse, ils sont traités avec beaucoup de pudeur et de réalisme. De même, l’auteur illustre encore une fois son appréciation pour les marginaux, les personnes ne sachant que faire de leur existence et de quelle manière la mener, ainsi que cette envie impérieuse de ne pas demeurer dans le moule que la société nippone requiert perpétuellement. Étouffées par le poids imposé par l’entourage, elles ne souhaitent pas rentrer dans les rangs mais plutôt prendre des risques en dépit d’une incroyable frousse. En ça, les séries de Yukawa font assez facilement mouche et plaisent pour leur absence de conformisme. Anticonformisme malgré tout relatif car ne le nions pas, ce Koi ga Shitai x3 est loin d’être dénué de défauts et se perd vers la fin dans un sentimentalisme discrètement irritant par sa guimauve et son ton consensuel. Cependant, la morale générale se révèle plaisante et suffisamment différente des productions du même genre pour être notée. La place de la femme, son émancipation, et le mariage sont également explorés tout au long des épisodes. Là aussi, il en ressort une certaine indépendance vis-à-vis du modèle en vigueur jugé comme normal, voire obligatoire au sein du pays. Ce qu’il y a de particulièrement intéressant est que les dynamiques en place ne sont jamais figées dans le temps, évoluent grandement et n’obtiennent pas forcément une conclusion en fin de parcours. Le renzoku dépeint quelques tranches de vie qui sont plus que susceptibles d’être modifiées, améliorées, dégradées, une fois la télévision éteinte. La plume du scénariste est dotée d’un tel humanisme qu’elle parvient à sortir les personnages de leur propre condition. Pour toutes ces raisons, il est logique que l’ensemble sonne fédérateur tant il aborde des sujets universels comme la solitude, la romance, l’amitié, la famille, la dépendance à l’autre, la carrière professionnelle, le courage, la prise de risques, le jeu des apparences symbolisant l’autopréservation, etc.

Nagashima Mikan (mikan : nom donné à la mandarine satsuma au Japon) fête son 24è anniversaire et est particulièrement dépitée de ne pas avoir encore réussi à trouver chaussure à son pied. Se sentant seule au monde, elle réalise qu’elle manque d’assurance et qu’elle n’est pas capable d’exprimer aux autres ce qu’elle ressent vraiment. Loin de s’apitoyer sur son sort, elle dresse uniquement un constat sensiblement amer sur l’amour. En rentrant chez elle, encore plus triste parce que la paire de chaussures qu’elle voulait s’offrir vient d’être vendue, elle s’attarde dans un restaurant de gyûdon. La nuit est tombée, des clients mangent plus ou moins en silence leur repas préparé avec gentillesse par le gérant, Midorikawa Bunpei (midori : vert), un homme assez peu sûr de lui souffrant d’avoir abandonné son fils qu’il n’a pas vu depuis une dizaine d’années. Tandis que le professeur Akai Ryôsuke (akai : rouge) parle de son futur mariage au téléphone, un lycéen, Aoshima Wataru (bleu), demeure dans son coin et épie quelque peu ses voisins pendant que sa famille cherche à savoir où il se trouve. De l’autre côté, une femme d’âge mûr, Kôda Orie (jaune), semble reconnaître – à juste-titre – un visage familier en la personne de Shimura Ichirô (violet), un écrivain à succès patientant tranquillement, caché derrière ses lunettes noires. Subitement, la tranquillité de tous est perturbée par l’arrivée de Haneda Ai (indigo) faisant une scène à Ichirô qu’elle accuse de l’avoir trompée. Rapidement le ton monte, mettant tout le monde mal à l’aise devant cette dispute agressive. Contre toute attente, il ne s’agit que d’une grande farce opérée par le couple afin de pimenter leur soirée. Après cette expérience commune assez particulière, ces sept personnes se séparent et ne devraient techniquement plus entendre parler d’elles. En réalité, les épisodes s’amusent des quiproquos, des coïncidences, des croisements et du fait que le monde soit parfois très petit pour que ces clients se retrouvent régulièrement, par hasard. Koi ga Shitai x3 est une série symbolique, métaphorique et utilisant la lecture à double niveau. Par exemple, les noms et prénoms de ses protagonistes principaux possèdent tous une couleur à travers un kanji ou une référence particulière. Ces teintes ne sont d’ailleurs pas choisies au hasard puisqu’elles sont les dominantes de l’arc-en-ciel. À travers la chanson du long générique Rainbow Connection de The Carpenters, l’accent est dès lors placé sur le lien les connectant et l’idée qu’ils sont, au final, tous insatisfaits de ce qui compose leur vie actuelle. À l’instar de l’arc-en-ciel apparaissant tel un phénomène magique dans le ciel, ces figures se rencontrent de manière presque improbable, comme si un fil les unissait pour qu’avec le soutien plus ou moins conscient d’autrui, l’amour et les rêves arrivent à bon port. Le j-drama s’apparente par conséquent à une fiction chorale dans le sens où les destins croisés sont pléthores.

En raison de sa structure narrative, Koi ga Shitai x3 ne possède pas de personnage principal au sens strict du terme. Les sept clients du restaurant sont tous sur un pied d’égalité et ont même la possibilité d’exprimer leurs pensées les plus intimes à travers une voix off changeant régulièrement d’auteur. La grande force de la série repose dans la multiplicité de ses intrigues secondaires qui finissent généralement par se rejoindre et s’entrelacer à plusieurs reprises. Si les sujets abordés sont assez vastes, le lien principal n’est autre que celui de l’amour. À travers une peinture émotionnelle non dénuée d’humour, le scénario s’attarde par conséquent sur chacune de ces figures dans le but d’illustrer leurs attentes et craintes. Mikan, par exemple, rêve du prince charmant et croit qu’il est possible de trouver l’âme sœur. Pourtant, elle qui travaille dans un hôtel luxueux est perpétuellement confrontée à l’adultère, mais sa vision naïve sur la relation de couple n’en pâtit absolument pas. Jouée par la pétillante Kanno Miho (Magerarenai Onna, Guilty, Churasan, Niji wo Kakeru Ôhi), Mikan est plutôt sympathique par sa fraîcheur, sa gaucherie et son optimisme. Elle croit au coup de foudre et c’est sans surprise qu’elle tombe immédiatement amoureuse du prof, Akai Ryôsuke. Ce dernier, incarné par Watabe Atsurô (Byakuyakô, Sengoku Jieitai – 2006), doit techniquement se marier dans les jours à venir mais sa future promise lui a fait faux bond pour partir mener une carrière de mannequin à Paris. Ne pouvant jamais s’arrêter de placer des ne et des na dans toutes ses phrases et conduisant une Clio jaune fluo, il est assez amusant, lui qui n’a en réalité jamais réfléchi au sens de l’amour. Au contact de Haneda Ai, il commence à comprendre la vacuité de sa vie et cherche à cheminer différemment. Celle-ci, la vingtaine et portant les traits de Mizuno Miki (Soratobu Tire), souffre des attentes de son père qu’elle a volontairement écarté de sa route. Partageant son temps entre un travail d’esthéticienne et un autre d’hôtesse dans un club, elle s’est amourachée de l’écrivain imbus de lui-même, Shimura Ichirô (Oikawa Mitsuhiro), un vrai goujat usant des femmes comme des chaussettes. L’orgueil et la fierté de cet artiste lui servent surtout à cacher sa faiblesse, son manque d’estime personnelle et le poids d’un secret bien encombrant. Quant au lycéen perdu, Aoshima Wataru, interprété par un jeune Yamada Takayuki (Yamikin Ushijima-kun, Arakawa Under the Bridge, Churasan, Byakuyakô, H2, Sekai no Chûshin de, Ai wo Sakebu, Water Boys, Long Love Letter), et la femme au foyer désœuvrée, Orie (Okae Kumiko), ils se rapprochent d’une façon détournée, sans le réaliser, à travers un service de rencontres par téléphone. Trichant sur leur identité et se faisant passer pour quelqu’un qu’ils ne sont pas, ils multiplient les maladresses touchantes. Cette dynamique est d’ailleurs la plus jolie et la plus sympathique de Koi ga Shitai x3. Et enfin, ajoutons à cette galerie le catalyseur, Midorikawa (Tokoro George), l’employé du restaurant qui a un faible pour Mikan mais qui ne parvient pas à le lui avouer pour des raisons aussi diverses que variées. Pour l’anecdote, il est amusant de constater que comme les personnages qu’ils incarnent, les acteurs ont aussi déjà joué ensemble à plusieurs reprises dans d’autres productions. Grâce à une alchimie palpable, des étincelles et une interprétation solide, les relations sont croquées avec tendresse et l’attachement n’en est que plus aisé. Bien sûr, certains protagonistes sont moins sympathiques que d’autres, ce qui est naturel et non dérangeant. Un autre atout de l’ensemble est d’ouvrir un large panel et de ne pas se contenter d’une unique tranche de la population ; la richesse n’en est donc que davantage accrue et apte à toucher les foules.

En définitive, Koi ga Shitai x3 est une série chorale prenant son temps pour dévoiler sa substance et jouant avec des tonalités à mi-chemin entre la comédie sensible et la romance pudique. Les personnages s’y entrecroisent et apprennent à connaître leurs voisins, mais aussi et surtout, eux-mêmes. Bien que les épisodes abusent quelque peu de bons sentiments et que la prévisibilité soit trop marquée par endroits, ils apportent une réflexion intéressante sur l’amour. Loin de s’arrêter à son sens premier, ils s’attardent sur toutes les émotions y étant rattachées, qu’elles concernent le mariage, la solitude ou encore la notion de couple – celles-ci étant en réalité toutes gouvernées par la recherche du bonheur, celui susceptible de renverser des montagnes et de réchauffer l’âme. Par son universalité et son humanité, le j-drama a dès lors beaucoup de chance d’offrir des parallèles avec sa propre expérience et d’amener à l’introspection ; car chaque existence est finalement dirigée vers la quête de l’autre.