Après à peine un an d’absence, Fais pas ci, fais pas ça est revenue à la télévision avec sa cinquième saison. Composée de huit épisodes de cinquante-deux minutes, elle fut diffusée courant novembre 2012 sur France 2, en première partie de soirée. Une sixième est déjà en cours de production. Aucun spoiler.

Le dernier épisode de l’année passée s’était terminé par l’annonce du mariage de Tiphaine et de Christophe, laissant tout le monde littéralement stupéfait. En dépit d’une ellipse estivale, la situation n’a guère évolué entre-temps et les deux amoureux veulent toujours plonger dans le grand bain. Du côté de leur famille respective, chacun vaque à ses occupations en attendant la rentrée des classes. Chez les Bouley, Denis se charge de la promotion de son livre Le bonheur, c’est maintenant, Valérie a repris le travail et souffre de réaliser qu’elle n’a plus la trentaine, et Eliott est plus ou moins étouffé par ses hormones. Concernant les Lepic, Renaud est naturellement motivé par son envie de devenir numéro 1 des robinets Binet, Fabienne se voit offrir une occasion tombée du ciel, Charlotte fait sa crise d’adolescence, tandis que Soline et Lucas n’ont pas de développement propre. Fais pas ci, fais pas ça avait justement déjà montré que son équilibre était précaire, mais ses qualités intrinsèques lui permettaient d’occulter ses lacunes. Malheureusement, ces huit épisodes inversent totalement la tendance et s’apparentent à un visionnage presque douloureux tant on ne reconnaît que difficilement la série que l’on avait pu apprécier jusque-là. Certes, l’attachement pour ces personnages truculents est bel et bien présent, mais il n’est clairement pas suffisant.

 

Bien sûr, cette production française a beau s’inspirer de vies françaises banales, elle a toujours eu une petite dose de folie douce. S’agissant d’un récit télévisé, il est logique de vouloir pimenter le tout afin de divertir le public. Malgré tout, les rebondissements étaient plutôt crédibles et faisaient facilement mouche. Ce n’est que rarement le cas dans cette cinquième année plus proche d’aventures rocambolesques et hystériques. L’élément probablement le plus mauvais est le transfert de Fabienne au pays des caribous et du sirop d’érable. Profitant de l’essor de sa carrière à la mairie, elle se déplace au Québec de manière à entretenir un lien d’amitié entre sa ville et une de l’autre côté de l’Atlantique. Entre clichés, stéréotypes et caractéristiques tout bonnement stupides, ces séquences se révèlent extrêmement irritantes, voire mettent mal à l’aise devant tant de ridicule. Couper Fabienne de sa famille nuit en plus totalement au rythme de la saison, car l’écriture ne parvient jamais à fluidifier les intrigues entre elles. Pire, on en vient presque à soupirer face à ce personnage que l’on pouvait grandement aimer par le passé. Heureusement, Renaud est en grande forme au cours de ces aventures, lui qui doit gérer l’intendance de la maison et leur progéniture suite au départ de sa femme. Le timing étant régulièrement mal fait, il apprend également une nouvelle professionnelle le bouleversant. Le père des Lepic est sans conteste l’élément fort de l’ensemble et sait se montrer très drôle. L’épisode 5×06, Super Lepic !, surfant quelque peu sur la mode du film The Hangover (Very Bad Trip), est d’ailleurs tout particulièrement réussi. Son association avec Christiane Potin et Tatiana Lenoir se situe aussi dans les points positifs de la saison. En revanche, alors que les enfants commençaient à obtenir une meilleure exposition, le scénario fait marche arrière et ne les utilise que partiellement. Christophe devient une coquille vide où la caméra ne s’amuse qu’à l’illustrer mangeant ses marrons suisses, Charlotte se comporte comme une ado influencée par une Élise inepte, Lucas est mignon comme tout et a bien grandi, et Soline secoue seulement son père quand cela paraît nécessaire – souvent, donc. C’est tout. À croire que ces personnages ne servent que de faire-valoir. Si les Lepic ne sont pas particulièrement gâtés, le constat est peut-être encore plus amer concernant les Bouley. Valérie et sa nouvelle collègue extrêmement caricaturale sortent par les yeux tandis que Denis finit par fatiguer avec sa naïveté philosophique et sa quête du bonheur ultime. Les enfants, Eliott et Tiphaine, sont uniquement vus à travers un spectre unidimensionnel. Le premier lance des remarques régulièrement assassines de manière humoristique, et la seconde se traîne, le moral dans les chaussettes. Point.

À la rigueur, que les intrigues ne soient pas aussi pertinentes et intéressantes que les années passées pourrait être presque tolérable si la comédie était de la partie. Or, les épisodes peinent à être drôles, et lorsque c’est le cas, cela ne dure jamais très longtemps. Ajoutons-y l’exagération et le grotesque des situations, et le tout devient surtout poussif et très lourd. Où a disparu la finesse d’autrefois ? Difficile également de se sentir concerné et de retrouver cette impression de familiarité, car ce que vivent les personnages est bien trop invraisemblable. En fait, à la place de blagues, d’instants quasi corrosifs et d’un divertissement du calibre de la première saison, les scénarios sont surtout très familiaux et sombrent dans les écueils du genre avec du sentimentalisme exacerbé et du pathos. Quelques dialogues rappellent d’anciens bons souvenirs, mais ils sont noyés dans le correct ou le médiocre. Que l’on se rassure, tout n’est pas aussi catastrophique que ce que ces lignes laissent transparaître étant donné que des épisodes sont plus satisfaisants que d’autres. Cela étant, cette année ne fait pas suffisamment preuve d’homogénéité et manque de surprises en raison d’une forte prévisibilité. Enfin, pour l’anecdote, outre le retour d’Isabelle Nanty, André Manoukian, Frédérique Bel et Éva Darlan, l’ensemble s’offre une apparition éclair de Julien Lepers, Jonathan Lambert en agent pique-assiette mal amené, et Daniel Herrero dans son propre rôle.

 

Au final, la cinquième saison de Fais pas ci, fais pas ça est une déception. Creuse, poussive et caricaturale, elle ne réussit jamais à divertir convenablement sur la durée en raison de rebondissements exubérants. Si les épisodes se regardent sans trop de difficulté, c’est uniquement parce que l’univers et les personnages sont devenus attachants au fil des années. Effectivement, entre la transparence des enfants, l’absence de réelle exploration de quoi que ce soit et la tendresse sirupeuse, il y a de quoi être circonspect. Reste Renaud, particulièrement mis en avant et totalement transcendé par l’excellente prestation de Guillaume de Tonquédec, et quelques autres maigres éléments gravitant autour de lui. Dans tous les cas, en attendant une suite plus inspirée, la web-série de dix épisodes Fais pas ci, fais pas ça : Quand les parents sont pas là ! pourra peut-être satisfaire les plus impatients.