Les lecteurs les plus assidus de Luminophore se souviennent peut-être qu’il y a deux ans, j’avais regardé une grande partie des séries japonaises du printemps 2011 dans le cadre d’un billet pour Critictoo. Naturellement, même si je le souhaitais, tout n’était pas passé sur mes écrans puisque j’étais tributaire des sous-titres. À l’époque, je m’étais également focalisée sur les renzoku, tout en récupérant les tanpatsu diffusés à cette période. C’est dans ce contexte que j’ai entendu parler de Kaze no Shônen et de quelques autres qui devraient apparaître prochainement par ici. Composé d’un unique épisode d’un peu moins de cent minutes, ce tanpatsu est passé sur TV Tôkyô le 21 mars 2011 et a été mis en chantier par BS Japan pour fêter ses dix ans. Aucun spoiler.

Ozaki Yutaka est un adolescent de seize ans ayant quelques difficultés à accepter ce que la société attend de lui. Fréquemment renvoyé de son école, il passe le plus clair de son temps à composer de la musique. Lorsqu’il est recruté par une grande maison de disques, sa carrière s’envole mais il est rapidement rattrapé par l’envers du décor.

Il y a de très fortes chances que le nom d’Ozaki Yutaka ne dise absolument rien à quiconque n’étant pas japonais ou ne possédant pas une bonne culture musicale nippone. Pourtant, cet artiste – qui a donc vraiment existé – fut une vraie star au Japon dans les années 1980. Son empreinte fut extrêmement importante et il semblerait qu’il ait marqué toute une génération. Comme plusieurs icônes de cette génération, son existence fut entachée par de nombreuses zones d’ombre et par sa fin plus que précipitée. Kaze no Shônen s’apparente dès lors à une sorte de biopic retraçant pour la première fois les principales étapes de la carrière de ce rockeur. Ne connaissant absolument pas le personnage, je serai bien incapable de préciser si la représentation est véridique ou s’il existe des incohérences et autres erreurs. Ce billet ne se base par conséquent que sur les qualités intrinsèques de l’épisode.

Né près de Tôkyô en 1965, Ozaki Yutaka est un vrai amoureux de la musique. Contestataire, il ne parvient pas à demeurer dans le moule que la société requiert et se fait régulièrement remarquer à l’école pour son insubordination. Il n’est pourtant pas méchant ou stupide. Tout ce qu’il désire, c’est de pouvoir continuer ce qu’il aime. Lorsqu’il rencontre un manager d’une grande maison de disques, Sudô Akira, sa vie change du tout au tout. Bien que ce dernier ne voie d’abord en lui qu’un énième gamin peu intéressant, il remarque rapidement le talent du jeune homme. À fleur de peau, passionné et angoissé, Yutaka semble parfois porter le poids du monde sur ses épaules. Tour à tour heureux et dépressif, il est parasité par de nombreuses névroses prenant inexorablement une importance massive. Quelque peu effrayé par un père (Naitô Takashi) très strict, il est proche de sa mère (Tezuka Satomi – Bunshin, Sekai no Chûshin de, Ai wo Sakebu), de santé fragile. Son mal-être se transmet parfaitement dans les paroles de ses chansons, bien plus adultes et profondes que ce que l’on pourrait attendre de quelqu’un de son âge. Cet artiste a tout de l’image romantique de l’époque par son déchirement, sa quête de la liberté ultime et cette volonté de ne jamais entrer dans le moule. Au départ, Yutaka critique ce qu’il connaît bien, à savoir le système scolaire et, sans grande surprise, beaucoup s’y retrouvent. Le succès est fulgurant, les hits s’enchaînent et progressivement, l’adolescent doit grandir plus rapidement que prévu et se perd au passage, littéralement broyé par le système. Effrayé à l’idée de vieillir et de ne plus être en mesure d’écrire sur son sujet fétiche, il panique et accumule les erreurs jusqu’à parvenir à un point de non-retour alors qu’il n’a que 26 ans. Des histoires de cet acabit ont déjà entendues à de multiples reprises et le seront encore probablement, malheureusement. Toute génération dispose de son icône torturée. Dans les années 1980, Ozaki Yutaka fut celle du Japon. 

     

Bien que l’on puisse ne rien savoir de cette figure, le ton de Kaze no Shônen ne laisse aucun doute quant au fait que l’issue soit dramatique. Avec la voix off du manager, Sudô Akira (Takashima Masahiro – Futatsu no Spica), la nostalgie et la mélancolie s’entremêlent pour laisser place à un curieux sentiment. L’attachement de cet homme pour ce jeune à vif est plutôt joliment retranscrit. Celui-ci ne peut guère agir tant il a les pieds et poings liés par sa compagnie, et le poids de l’industrie musicale est d’ailleurs illustré sans réelles complaisances. L’instrumentalisation des artistes, le capitalisme versus la créativité, les concerts à la chaîne ou encore l’intérêt pécuniaire des idoles sont ainsi dépeints de façon discrète mais ils sont bel et bien présents. En un temps aussi court, il n’est naturellement guère possible de trop en montrer d’autant plus que l’accent est surtout placé sur Yutaka. C’est Narimiya Hiroki (Bloody Monday, Sweet Room, Innocent Love, Hachimitsu to Clover, Gokusen, Orange Days, Stand Up!!, Kôkô Kyôshi – 2003, Karei Naru Ichizoku) qui offre ses traits au chanteur et sa performance est relativement correcte, même s’il n’est pas du tout crédible en tant qu’adolescent. Il semblerait que le mimétisme soit prononcé, ce qui est presque devenu monnaie courante dans ce genre de productions. L’interprétation d’une illustre figure est toujours particulièrement compliquée, surtout lorsque peu d’années se sont écoulées depuis son décès.

Dans l’ensemble, l’épisode se regarde assez facilement mais il lui manque une vraie identité. Le tanpatsu est en effet fort plat et en dépit du drame ambiant, les émotions sont totalement absentes. Impossible de se sentir impliqué par ce que l’on voit tant tout va très vite et est dépeint de manière détachée. La narration académique n’aide en rien, ne le nions pas. Il est également dommage que le tanpatsu demeure au final frileux et ne cherche pas à expliquer la fin du personnage. La conclusion reste vague et ne prend aucun risque. Sinon, plusieurs interludes musicaux, chantés par l’acteur, sont disséminés de-ci de-là et plairont peut-être à certains mais je dois avouer ne pas avoir trouvé les chansons transcendantes. Autrement, d’un point de vue formel, la réalisation est très classique si ce n’est une photographie assez jolie. Avec une histoire se déroulant dans les années 1980, une certaine reconstitution serait logique si ce n’est qu’ici, rien n’indique que nous sommes encore au XXè siècle. La fiction ne cherche par conséquent pas à soigner les détails et se contente d’aller à l’essentiel.

En conclusion, Kaze no Shônen tente de dépeindre la foudroyante carrière du chanteur Ozaki Yutaka s’étant terminée aussi rapidement qu’elle a débuté. Révolté, anticonformiste et prônant la liberté dans une société où chacun doit rester à sa place, il s’est rapidement brûlé les ailes, devenant le symbole d’une jeunesse incomprise. Si le tanpatsu n’est pas mauvais, l’écriture est très plate et son absence d’impact émotionnel l’empêche de se révéler intéressant à suivre. De même, la bande-son pourtant actrice à part entière de l’ensemble s’avère presque décevante. L’épisode permet de se cultiver et de découvrir une personnalité japonaise artistique importante mais il n’est clairement pas indispensable ou même conseillé.
Bonus : I Love You, interprétée par Ozaki Yutaka – bien plus réussie que la version de Kaze no Shônen