Le steampunk n’étant tellement pas représenté à la télévision qu’il est normal que lorsque l’on apprécie le genre, on saute sur une production comme Riese : Kingdom Falling. Cette série canadienne est à la base une web-série intitulée Riese : The Series et diffusée sur Internet dès novembre 2009. Son premier chapitre fut un succès relatif et entraîna un second dans la foulée. Sauf qu’entretemps, Syfy s’est dit intéressé et a décidé de donner sa chance à cette fiction dans sa globalité en la passant sur sa chaîne. Il va de soi que les dirigeants espéraient probablement en profiter de la même manière qu’avec Sanctuary. C’est ainsi que la web-série est devenue une série et s’est retrouvée complétée de quatre épisodes inédits de six à dix minutes, en plus des six déjà produits – la première (et unique ?) saison est donc constituée de dix épisodes. L’intégralité est arrivée à la télévision étasunienne en octobre 2010 après quelques changements tels qu’un nouveau montage et l’ajout d’une narratrice. Depuis cette date, aucune nouveauté n’est apparue à l’écran et bien qu’aucune annonce claire sur son futur n’ait été communiquée, il paraît probable qu’elle soit annulée. Ce billet se focalise sur la version télé et non pas sur la web-série à proprement parler. Aucun spoiler.

La princesse Riese parcourt les terres d’Eleysia en compagnie d’un loup, Fenrir, alors qu’elle est pourchassée par un mystérieux groupe religieux se faisant appeler la Secte. Sa famille ayant été froidement assassinée, elle n’a de cesse de protéger sa vie pendant que son royaume sombre progressivement dans le chaos.

Sur le papier, Riese : Kingdom Falling est très alléchante avec son univers de science-fiction voulant s’inspirer de la fantasy et du steampunk. Or, tristement, cette saison une prouve dès ses premiers épisodes qu’elle n’a absolument pas pour ambition de profiter de ce qu’elle pourrait avoir à offrir. Par exemple, le steampunk n’est guère entraperçu et la reconstitution de ce monde en déliquescence n’est jamais crédible. Ce n’est pas parce que quelques accessoires possédant un côté industriel sont utilisés que cela légitime quoi que ce soit. D’ailleurs, techniquement le genre se base normalement sur l’uchronie et dans ce cas précis, Eleysia est une pure invention. Sans forcément pinailler sur les détails, un des majeurs problèmes de ces dix épisodes est qu’ils ne sont pas dotés d’une vraie ambiance. D’aucuns pourraient l’expliquer par le manque de budget mais ce serait en réalité une fausse excuse. Beaucoup ont déjà prouvé qu’avec deux francs six sous, il était tout à fait possible de produire des fictions avec une identité propre. La photographie est très sombre, le cadrage maladroit et les quelques combats dépeints totalement approximatifs. Ne parlons pas du loup qui semble changer de tête à tous les plans. Nous sommes d’accord, travailler avec les animaux est complexe mais il faut aussi savoir revoir parfois ses ambitions à la baisse afin de ne pas perdre en crédibilité. Malgré une équipe créative habituée aux séries de genre, Riese : Kingdom Falling sonne amateur, voire presque ridicule. L’ingéniosité est absente et aurait été judicieuse pour contrebalancer les limites formelles. Dans un registre quelque peu similaire, le récit et la mise en scène sont tout particulièrement laborieux. Les épisodes prennent le temps de montrer régulièrement une carte à l’écran histoire de faire probablement comprendre à quel point le monde est grand. Là aussi la saison déçoit étant donné qu’aucun liant ne transparaît de tout ça, les protagonistes sautant apparemment d’un point à un autre en un claquement de doigts. Il n’est par ailleurs pas utile d’illustrer toutes les minutes la géographie. Quoi qu’il en soit, le pire provient d’Amanda Tapping (Stargate SG-1) qui offre sa voix à la narration. L’actrice débite ses monologues platement, sans aucune émotion ou passion. Il faut tout de même préciser qu’elle ne dispose pas de matériel suffisant ; cette logorrhée verbale est en effet creuse, inutile et rébarbative, ce qui n’arrange donc rien puisqu’elle s’apparente à un doublon par rapport à ce que l’on voit et comprend. Prendre les téléspectateurs pour des idiots ne plaît jamais, et il n’est pas nécessaire de détailler autant ce qui se passe à l’écran car tout le monde est encore capable de connecter ses deux neurones. Lorsqu’une fiction a davantage de récit que de dialogues – consternants, en plus –, il est clair qu’un problème se pose. Après, la volonté est peut-être de mettre l’accent sur l’aspect conte et légendes dont plusieurs éléments sont repris dans l’histoire principale, mais cela n’empêche pas que la finalité est poussive.

Au cours de cette première saison, les personnages vivent ainsi dans un monde imaginaire, Eleysia, bouleversé par des conflits de diverses natures et où la population est régulièrement malmenée. Le territoire se découpe principalement en deux, avec d’un côté un culte ésotérique, et de l’autre, les résistants, cherchant comme leur nom l’indique à renverser la tendance. Au milieu se situe une princesse en fuite, l’héritière légitime du trône, Riese. Incarnée avec rigidité par Christine Chatelain, cette héroïne est inexpressive et ne bénéficie pas d’un développement quelconque en plus d’une heure. Naturellement, elle est gentille, loyale, dévouée et ne laisse jamais la veuve et l’orphelin dans le besoin. En fuyant à travers son royaume, elle constate à quel point son peuple se meurt si ce n’est qu’elle n’a pas réellement le temps de s’attarder tant tout le monde cherche à la tuer. Heureusement, elle peut compter sur un loup, Fenrir. Cette référence aux mythes nordiques n’est pas anodine et est loin d’être isolée, d’autres parsemant les épisodes. Il est en effet question d’Ásgard, par exemple. Riese est la majeure partie du temps seule, court et essaye d’échapper à ses assaillants cruels et retors. De l’autre côté se trouve l’impératrice Amara (Sharon Taylor – Stargate Atlantis), une femme quelque peu hystérique ayant manigancé pour obtenir le trône, et cherchant en vain à éradiquer celle la plus capable de la renverser. Entourée de la Secte dont les ambitions sont inconnues, elle compte grandement sur leur principal représentant, Herrick (Ben Cotton), caché derrière un masque typique du mouvement steampunk. Quelque part dans Eleysia bataillent sinon les résistants, eux qui espèrent trouver un jour la princesse, en vie. Ils ne sont entraperçus qu’une poignée de secondes par épisode de façon à montrer qu’ils existent. Il y est d’ailleurs possible de reconnaître Ryan Robbins (Sanctuary) et Alessandro Juliani (Battlestar Galactica, Smallville). À vrai dire, Riese : Kingdom Falling est très familière à ceux ayant déjà regardé des productions de science-fiction tournées à Vancouver tant on y retrouve de nombreux visages coutumiers. Ajoutons-y également Allison Mack (Smallville) en membre rusé de l’énigmatique secte et Richard Harmon (Tower Prep, Caprica) en victime. Dans tous les cas, l’intrigue – classique et utilisant tous les clichés des récits de ce style – ne dispose d’aucune ampleur et, en dépit de plus d’une heure d’antenne, elle ne révèle pas une seule fois un semblant de développement ou de densité scénaristique. En raison de son format très court, la saison se regarde facilement mais elle est rapidement oubliée une fois la télévision éteinte. Les derniers épisodes sont cependant davantage réussis que les premiers, en partie parce que l’exposition commence à laisser sa place à de l’action, des enjeux plus clairs et des révélations. Cela n’annule en revanche en rien le fait que le tout soit désincarné.

Au final, Riese : Kingdom Falling part d’un concept stimulant supposé évoluer dans un cadre imaginaire mais elle laisse un sentiment très mitigé. En ne tirant absolument pas parti de son univers à mi-chemin entre le steampunk et la fantasy, la première saison rate l’occasion de s’offrir une vraie atmosphère envoûtante et fascinante. Si en plus l’histoire est linéaire, manichéenne et mise en scène de manière totalement factice, il est très compliqué de se sentir impliqué ou même diverti face à ces dix petits épisodes plombés par des dialogues idiots et une narration étouffante. En outre, bien qu’à l’origine il s’agisse d’une web-série, le passage à la télévision aurait dû faire bénéficier l’ensemble d’une meilleure qualité formelle ; or, le résultat à l’écran est discutable. Sans s’apparenter à une déception, il est dommage de constater un tel potentiel sans une réelle exploitation digne de ce nom.