Il n’est probablement plus nécessaire de préciser que je suis une sériephile masochiste. J’ai beau pertinemment savoir que je prends de gros risques, je ne peux jamais m’empêcher d’essayer de tester un peu de tout et beaucoup de n’importe quoi. Le j-drama Deep Love en est une excellente illustration. Ce renzoku composé de treize épisodes de vingt minutes fut diffusé sur TV Tôkyô entre octobre et décembre 2004. Pour comprendre l’origine de cette fiction, il faut remonter au roman cellulaire écrit par Yoshi et publié dès 2000. Son succès fut suffisamment important pour qu’il bénéficie par la suite de plusieurs mangas, d’un film – avec le même acteur masculin dans le rôle de Yoshiyuki – et de deux adaptations télévisées. Ce qui nous concerne aujourd’hui n’est autre que la série Deep Love, elle-même inspirée des deux volumes du manga du même nom, dessiné par Yoshii Yû. La suite, Deep Love ~ Host, a également été transposée sur le petit écran mais ne dispose pas de sous-titres à l’heure actuelle. Je n’envisage pas une seule seconde de la tester donc il ne devrait jamais y avoir de billet sur Luminophore à ce sujet. Ce qu’il faut retenir est que l’auteur est derrière chacune des adaptations, peu importe le média. Aucun spoiler.

Ayu n’a que seize ans mais elle travaille déjà comme prostituée en-dehors des heures de cours. Cynique et ne croyant plus en la vie ou en la société, elle accepte toute les propositions susceptibles de lui rapporter de l’argent. Lorsqu’elle se lie d’affection avec une vieille femme habitant près de chez elle, son existence commence à changer. Progressivement, son désespoir finit alors par se transformer en optimisme et en bonheur.

     

Le premier paragraphe ne laisse guère de doute à ce sujet, Deep Love ne m’a pas offert un visionnage des plus mémorables. Ce n’est pourtant pas comme si Lynda n’avait pas déjà prévenu de l’ineptie de cette fiction. Sauf que je l’avais déjà récupérée et je me suis dit que c’était quand même dommage de ne pas l’essayer, surtout que les thématiques difficiles et sombres m’avaient fortement incitée à la voir. De manière à faire les choses dans l’ordre, j’en ai profité pour lire en premier lieu le manga s’inspirant du roman mais aussi les suites et la préquelle, celle sur le chien, Pao. Je n’ai pas du tout été convaincue par ce que j’y ai découvert et ce n’est pas la série qui change quoi que ce soit puisque les deux souffrent exactement des mêmes défauts. Si le j-drama en tant que tel possède une réalisation et un montage franchement désastreux, ce ne sont pas ses lacunes les plus prégnantes. Pourtant, les épisodes font extrêmement datés et passent assez mal à notre époque. Même la pénible chanson du début, Delighted de Lead, n’est pas l’élément le plus irritant. C’est d’autant plus vrai qu’elle est contrebalancée par le superbe et mélancolique Ai ga watashi wo sukutte kureru no interprété par Satô Hiroko. Non, tous les défauts de l’ensemble sont majoritairement dus au matériel de base qui est consternant de bêtises.

Deep Love – qu’il s’agisse de l’histoire d’Ayu ou de celle d’autres personnages – repose systématiquement sur le même schéma. À grand renfort de pathos, de drames outranciers et d’acharnement tragique, les héros sont empêtrés dans un tourbillon fataliste tant le monde est pourri jusqu’à l’os. Si quelqu’un vous tend la main, il est certain que quelqu’un se cache derrière pour tuer le bon samaritain, vous violer et vous laisser sans le sou. Caricatural dites-vous ? C’est encore pire que ça. Impossible de prendre au sérieux cette fiction puisqu’elle frise le grand-guignolesque à force de charger le passé, le présent et le futur d’Ayu et de son entourage. L’auteur ne paraît pas avoir compris que les émotions ne se fabriquent pas en accumulant des horreurs incroyables, comme si le sort s’acharnait encore et encore sur quelqu’un. Pour toucher et émouvoir un public, il convient notamment de créer une certaine relation et de développer les différentes figures, installant alors un climat empathique. Plus la série avance et plus les rebondissements vont crescendo. Forcément, au bout d’un moment le téléspectateur ne peut plus que rire jaune face à ce déballage de n’importe quoi poussif et extrême. Ajoutons-y des réactions improbables, une interprétation bancale, un rythme bien trop lent et le compte est bon. Si la société est loin d’être aussi agréable que ce que l’on pourrait parfois croire, elle ne s’apparente pas non plus à abyme de cruauté. Le forcement de ces traits est assez dommage car fondamentalement, la série aborde des thématiques intéressantes et plutôt subversives comme l’ijime mais aussi l’enjo kôsai, cette prostitution tolérée au Japon où les jeunes filles vendent leurs corps à des adultes. Le mal-être d’Ayu aurait aussi pu être représentatif d’une jeunesse en marge. Ce qu’il y a peut-être de plus consternant est que la série télévisée est malgré tout bien moins sordide que le manga ! À ce sujet, l’adaptation est de plutôt bonne qualité et suit plus ou moins fidèlement la version papier.

Ayu est une adolescente dont les parents paraissent ne pas exister. Elle vogue, l’âme en peine, toutes les journées et se fait alpaguer dans la rue, dans le métro, dans les magasins, dans n’importe quel endroit, par des hommes. Naturellement, ils sont repoussants, vieux, ils bavent de partout et ont des fantasmes de vrais pervers. Ayu accepte tout sans broncher, se prostitue à la chaîne et voit sa cagnotte augmenter à coup de 50 000 yens par prestation. De temps en temps, elle se rend en classe où une de ses comparses, la simplette Reina (Tachibana Ayano), la prend comme modèle. L’héroïne de Deep Love garde tout au long des épisodes la même moue insondable. Tout paraît glisser sur elle. Si cela pourrait être quelque peu compréhensible compte tenu de son absence d’intérêt en la vie, le personnage ne change absolument pas par la suite alors qu’il est supposé évoluer. En d’autres termes, l’interprétation d’Iwasa Mayuko (Hanazakari no Kimitachi e, TROUBLEMAN) est tout simplement vide de toute substance. Pourquoi Ayu est-elle ainsi ? Aucune idée. Lorsqu’elle fait la connaissance d’une vieille femme (Shôji Utae), douce, tranquille et ne la jugeant pas malgré ses activités discutables, cette jeune fille découvre le sourire. Ses répliques à la « rien ne va pousser car le monde est dégoûtant » disparaissent. Mais tout ceci ne peut durer, n’est-ce pas ? Quand elle ne s’y attend plus, Ayu se reprend une bonne claque en pleine figure. Et ainsi de suite. Dès que le soleil perce, c’est l’hécatombe. Ne parlons même pas lorsqu’elle découvre l’amour, le vrai, et qu’elle en vient à se trouver immonde, elle qui pervertit Yoshiyuki, un être supposément lumineux et gentil. Niais et interprété de façon tout aussi insipide par Furuya Keita, il ne possède aucune présence à l’écran. Sans grande surprise, la dynamique que ses deux figures entretiennent est d’une incroyable fadeur. Bref, le malheur s’abat perpétuellement sur Ayu. La fin est tellement ubuesque et précipitée qu’elle en devient hilarante. Demeure le mignon petit chien, Pao. Vous pensez bien que ça ne peut pas se finir correctement pour lui, n’est-ce pas ?! Voyons, le monde est méchant.

En conclusion Deep Love est une série cherchant à se donner de grands airs et offrir une histoire tragique où tout est bon pour maximiser le pathos. Arrive un moment où le drame démesuré et le glauque excessif des intrigues se transforment en vaste farce grotesque. De plus, avec des émotions totalement absentes de cette fiction si riche en malheurs et une interprétation inexistante, le visionnage en devient profondément douloureux. Deux adjectifs pour qualifier ce j-drama ? Consternant et abrutissant.