New Amsterdam (série complète)

Par , le 2 juin 2013

De tout temps, l’immortalité a été une thématique alimentant l’imagination des êtres humains et à l’origine d’une multitude de fictions. New Amsterdam est justement l’une d’entre elles. Cette série américaine de seulement huit épisodes d’une petite quarantaine de minutes fut diffusée sur Fox en mars et avril 2008. Sans grande surprise compte tenu des audiences, la chaîne a rapidement annulé sa production qui ne possède donc pas de fin en bonne et due forme. Aucun spoiler.

En apparence, John Amsterdam est un inspecteur à la brigade criminelle de New York. S’il est certes plutôt brillant, il semble malgré tout relativement banal. Pourtant, il a en réalité plus de 400 ans et attend depuis plusieurs siècles la femme de sa vie, celle capable de lui rendre la mortalité.

Passée totalement sous mes radars lors de son arrivée en catimini aux États-Unis, je n’ai découvert l’existence de New Amsterdam qu’il y a un ou deux ans, en regardant ce dans quoi Nikolaj Coster-Waldau (Game of Thrones, Virtuality) avait déjà eu l’occasion de jouer. Ici, il n’est autre que le héros de cette série, ne prenant pas d’âge et ressuscitant dès que le besoin s’en fait sentir. Il y a longtemps, en 1642, cet homme est un simple soldat hollandais fraîchement arrivé sur ce que l’on appelle alors le Nouveau Monde, dans le but de participer à sa colonisation. Son existence est profondément bouleversée lorsqu’il sauve des griffes de ses compatriotes une femme appartenant à une tribu amérindienne. Mortellement blessé, il aurait ainsi pu terminer là son existence mais grâce à un mystérieux sort proféré par la jeune rescapée, il se voit offrir une incroyable opportunité. Plus que de le ramener parmi les vivants, elle le rend immortel. Cette situation ne s’inversera qu’à partir du moment où il rencontrera le grand et véritable amour. Dès lors, John n’a pas d’autre choix que de traverser les années, puis les siècles, en ne changeant jamais physiquement. Si naturellement cette condition peut faire rêver, elle montre très rapidement ses faiblesses et plonge l’ancien soldat dans un certain cynisme. Ne vieillissant pas, il ne parvient et n’est pas forcément capable de s’attacher à qui que ce soit, d’autant plus que chacun finit inexorablement par le quitter. Tour à tour menuisier, peintre, médecin ou encore avocat, il arrive au XXIè siècle en tant qu’inspecteur de police. Affublé d’une nouvelle équipière, Eva Marquez (Zuleikha Robinson – Lost, Rome), il résout des enquêtes criminelles aussi diverses que variées. Si pour lui tout finit plus ou moins par devenir extrêmement routinier, la roue paraît vouloir changer de sens car il rencontre par hasard une doctoresse, Sara Millay Dillane (Alexie Gilmore) ; pour plusieurs raisons, il est persuadé qu’elle est la femme de la bénédiction. Grâce à elle, la tendance devrait par conséquent s’inverser et il pourrait enfin vieillir, et mourir peut-être à ses côtés.

Sur le papier, New Amsterdam s’annonce agréable et propice à une exploration humaine intéressante. Entre la psychologie du personnage principal, les incroyables vies qu’il a dû mener, le romantisme ambiant et les mystères entourant ce don atypique, la série semble armée pour proposer huit épisodes sympathiques. Malheureusement, elle montre très rapidement ses limites et ne parvient jamais à convaincre ou même divertir convenablement. En réalité, il s’agit ni plus ni moins que d’une énième fiction policière ; certes, elle possède un unique élément original afin d’essayer de sortir du lot, mais il n’est pas trop développé pour ne pas perdre le public cible. En d’autres termes, cette production est totalement bancale puisqu’elle se cherche sur plusieurs registres sans réussir à approfondir l’un d’entre eux. En plus, l’aspect policier est malheureusement le plus important et profite de la narration schématique d’un cas par épisode. Pour peu que l’on n’apprécie guère ce format procédural, New Amsterdam ne se résume assurément pas à la série capable de renverser la tendance. Ainsi, John se retrouve confronté à un crime et doit le résoudre, à sa manière. Ce qu’il y a d’assez agréable est que pour une fois, les méthodes d’investigation sont classiques et reposent sur de la vraie recherche – en interrogeant l’entourage, par exemple. La police scientifique et les moyens technologiques sont plus ou moins oubliés. C’est plutôt à propos dans le sens où le personnage principal est régulièrement en avance sur quiconque tant il a appris à décoder les gens. Il ne possède pas de don supérieur à la norme, il a seulement eu l’opportunité d’apprendre et de développer ses connaissances au cours des siècles. Quoi qu’il en soit, ces histoires ne sont pas du tout palpitantes et permettent uniquement d’y retrouver des visages désormais connus comme Bridget Regan (Legend of the Seeker), Chris Bauer (True Blood) ou encore Kristine Sutherland (Buffy the Vampire Slayer). La coéquipière, Eva, n’a aucun développement digne de ce nom et accumule les clichés avec sa famille policière et ses inimitiés avec son père. Que la partie policière soit peu enthousiasmante pourrait ne pas être une véritable nuisance si quelques autres éléments positifs venaient les contrebalancer. Or, là aussi, le résultat est tout aussi mitigé.

Tout au long des épisodes, le fil de l’histoire est entrecoupé de flashbacks extrêmement mal intégrés. Ils se rapportent systématiquement à des passages de la vie de John, de ses choix parfois amers, de ses difficultés à traverser les années, de sa volonté de définitivement en finir, de ses morts ou encore, de ses femmes et enfants. Car effectivement, il n’est pas resté célibataire durant plus de quatre siècles et s’est construit plusieurs familles. Justement, il vit avec l’un de ses enfants qui est étrangement bien plus âgé que lui. Cette situation inédite et atypique n’est pas non plus réellement détaillée mais il est possible que la suite s’en serait chargée. Techniquement, ces vignettes du passé doivent favoriser l’attachement pour le héros et mettre en exergue toute sa complexité. Toutefois, ce n’est guère le cas puisqu’une absence d’impact émotionnel et de souffle l’en empêche, rendant cette figure insipide. Nikolaj Coster-Waldau n’est pas à blâmer mais davantage l’écriture paresseuse de l’ensemble. John demeure attaché à New York et n’a jamais vécu ailleurs, d’où le titre de la série. Outre les enquêtes policières et les retours sur la longue existence de son héros, New Amsterdam se dote sinon d’une romance sirupeuse et niaise à souhait. C’est peut-être ce point le plus irritant au cours des épisodes d’autant plus que l’alchimie entre John et la supposée femme de sa vie, l’antipathique Sara, est inexistante. Persuadé qu’elle est son âme sœur, il cherche à tout prix à la séduire et, comme par hasard, il tombe régulièrement sur elle à chaque coin de rue et elle est immédiatement sous son charme. S’il est aussi sûr de lui ce n’est pas parce qu’il a eu le coup de foudre ou qu’il a appris à connaître la doctoresse, mais uniquement parce qu’il a été victime d’une crise cardiaque en la rencontrant pour la première fois. Autrement dit, pour le romantisme et le développement des sentiments, ce n’est pas ici que la satisfaction sera présente. Pire, la vitesse à laquelle la dynamique avance et les platitudes assénées à tour de bras finissent par ennuyer, voire agacer. De toute manière, John ne souhaite pas tomber amoureux mais mourir, chose que devrait enfin lui permettre la femme de sa destinée. Autrement, l’action, l’humour ou bien le rythme ne sont présents qu’en filigrane. La désolation est peut-être encore plus nette parce que le joli générique stylisé, le pilote somme toute alléchant et l’intéressante musique composée par Mychael Danna (Camelot, Dollhouse) donnent une première impression globalement positive.

En conclusion, New Amsterdam fait partie de ces nouveautés très rapidement annulées et pour lesquelles on ne peut que comprendre pourquoi. Si cette fiction n’est pas foncièrement mauvaise ou difficile à regarder, elle ne mérite en aucun cas un quelconque investissement. Effectivement, son scénario de base illustrant un homme immortel cherchant l’amour de sa vie se noie dans des enquêtes routinières et convenues. Même l’âge très avancé du héros et tout ce qu’il a vécu ne captivent pas une seule seconde. Le tout possédait pourtant un potentiel intéressant si ce n’est que la production ne s’est pas donné les moyens d’en tirer parti. C’est pourquoi, il en résulte une série vide et sans âme. Dommage.


2 Comments

  1. Caroline
    Carole• 2 juin 2013 at 20:55

    je l’avais regardé à l’époque de sa diffusion. Tu savais que c’était mort avant que cela soit diffusé car à l’époque, ils avaient dû se battre pour faire comprendre aux critiques que cela n’avait rien à voir avec Highlander (les gens aux USA des fois, ils en tiennent une couche ! lol). Qu’importe, car c’était plus que moyen franchement. Si je ne me trompe pas, j’avais bien aimé que la doctoresse ne soit peut-être la bonne – si mes souvenirs ne me font pas défaut. Enfin, pas de quoi rendre le show passionnant, c’était plutôt l’inverse.

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    • Caroline
      Caroline• 11 juin 2013 at 19:46

      Merci beaucoup pour ce rappel du contexte dont je n’avais pas du tout eu vent. N’empêche, outre leur immortalité, je ne vois vraiment pas le rapport avec Highlander. Bref, je crois qu’il ne faut pas chercher à comprendre.

      Effectivement, la fin laisse planer le doute sur le fait que cette femme antipathique ne soit pas la bonne. Je t’avouerai que ça m’est passé totalement au-dessus de la tête tant j’ai trouvé l’ensemble fade et sans intérêt. De toute manière, la relation entre les deux est tellement mal amenée que j’espère que les scénaristes avaient bel et bien prévu le coup pour qu’elle ne soit pas la fameuse âme sœur.

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