Continuons donc avec les tanpatsu du printemps 2011, comme j’ai déjà eu l’occasion de l’expliquer ces dernières semaines. Rappelons rapidement que dans le cadre d’un billet pour Critictoo, je m’étais focalisée à l’époque sur les renzoku de la saison, récupérant en même temps les tanpatsu sans les regarder. Deux ans plus tard, je finis par m’y mettre. Après Kaze no Shônen et Okujô no Aru Apâto, place à Sayonara Bokutachi no Youchien dont le titre peut être approximativement traduit par au revoir à notre maternelle. Composé d’un unique épisode de 110 minutes, il fut diffusé sur NTV le 30 mars 2011. Son scénariste n’est autre que Sakamoto Yûji (Soredemo, Ikite Yuku, Mother, Saikô no Rikon, Last Christmas). Aucun spoiler.

Cinq camarades de classe d’une maternelle décident d’échapper à la surveillance des adultes et de partir à l’aventure, dans l’espoir de retrouver un ami qui leur est cher. Peu importe ce qu’il adviendra, ils se sont promis de ne pas pleurer.

 

Les fictions avec des enfants dans les rôles principaux font à juste titre souvent peur. C’est tout naturel que les plus jeunes soient moins à l’aise avec la caméra et peinent à se montrer convaincants. Pourtant, il arrive assez régulièrement d’être agréablement surpris par la composition de certains ; et Sayonara Bokutachi no Youchien dispose heureusement de cette qualité. À vrai dire, il est fort probable que je m’y serais intéressée un jour, sans l’article de chez Critictoo. Ce n’est pas tant le sujet qui m’attirait – pas du tout, pour être honnête –, mais la distribution et le simple fait de savoir qui se trouvait derrière le scénario titillaient ma curiosité. Sakamoto Yûji a déjà eu l’opportunité de prouver à de multiples reprises que son écriture disposait de solides atouts et savait sublimer les émotions et sentiments.

La cérémonie de fin d’année, celle symbolisant le départ des plus grands de la maternelle, approche à grands pas. Alors que tous devraient se réjouir, ce n’est pas réellement le cas d’un petit groupe de cinq. Unis comme les doigts de la main, ils ont été amputés d’un des leurs, Hiromu, gravement malade et obligé de demeurer dans un hôpital lointain. Inquiets pour lui, ils cherchent à comprendre où il se trouve et pourquoi tous les adultes refusent d’en parler, faisant comme s’il n’avait jamais existé. Certains osent même leur répliquer qu’ils vont très rapidement l’oublier et penser à autre chose. Sauf que ce n’est pas le cas. Motivés par l’adorable Kana jouée par la tout aussi mignonne Ashida Mana (Marumo no Okite, Mother, Toilet no Kamisama), les cinq enfants s’évadent de la maternelle et montent dans un train avec une unique carte dessinée par le plus débrouillard. Quelle est leur destination ? Hiromu, naturellement. Sans grande surprise leur chemin est parsemé d’embûches et ils sont confrontés à de nombreux supposés dangers, eux qui prennent peur pour de petits détails hautement insignifiants aux yeux d’un adulte. Tandis qu’ils se lancent dans la quête de l’amitié, une employée de la maternelle, Yoshiki Mari, réalise rapidement qu’ils n’ont pas été enlevés comme certains parents et responsables le pensent. Elle qui, justement, s’apprête à changer d’emploi car elle ne s’épanouit que peu dans celui-ci, comprend progressivement à quel point elle aime ces enfants et cherche alors à les comprendre et à ne plus les infantiliser plus que de raison. Encore une fois, Mitsushima Hikari (Soredemo, Ikite Yuku, Bloody Monday 2) qui lui offre ses traits trouve le ton juste et propose une jeune femme quelque peu originale et mal à l’aise mais extrêmement humaine. Le titre faisant référence à une chanson entendue à la toute fin du tanpatsu le prouve, Sayonara Bokutachi no Youchien est une fiction sur les enfants. Les adultes y sont certes présents si ce n’est qu’ils restent toujours en arrière-plan puisqu’ils ne sont pas les héros. D’ailleurs, la caméra participe totalement à l’expérience en n’hésitant parfois pas à se placer à la hauteur de ces petits écoliers.

En illustrant ce périple, cette histoire réussit rapidement à attendrir le téléspectateur par sa douceur et son authenticité. Si l’atmosphère est au départ extrêmement guillerette, elle finit parfois par s’assombrir sans pour autant sombrer dans le pathos. La musique composée par REMEDIOS (Mother) représente justement ce contraste par ses sons amusants parfois teintés de tristesse. Ainsi, Kana et les autres ont beau faire preuve d’optimisme, ils sont vite rattrapés par les aléas d’un tel voyage. Suite à quelques circonstances imprévues, ils sont par exemple séparés et se retrouvent parfois seuls dans un monde effrayant, bouleversés par leurs propres doutes. Leurs aventures permettent à quelques uns d’entre eux de grandir et d’apprendre à davantage se connaître. D’ailleurs, sur certains points le tanpatsu rappelle le joli film Stand by MeSayonara Bokutachi no Youchien parvient aisément à se doter d’une certaine ambiance nostalgique en rappelant à son public sa propre maternelle, ses anciens amis et toutes les craintes et actes a priori anodins mais qui possèdent une toute autre dimension lorsque l’on ne dépasse pas trois pommes. Le résultat est résolument mignon et si le scénario ne raconte pas grand-chose de trépidant, c’est plus la tendresse et l’innocence s’en dégageant qui charment. Les enfants sont en plus attachants comme tout, notamment parce qu’ils sont globalement interprétés avec efficacité. Mine de rien, le tanpatsu se permet également de critiquer quelque peu le système éducatif nippon et l’attitude de nombreux adultes ne prenant jamais la peine d’expliciter quoi que ce soit aux enfants, partant du principe qu’ils sont bien trop stupides pour comprendre. L’épisode met en avant les faiblesses des petits mais aussi leur imagination, leur ingéniosité et leur émerveillement face à n’importe quoi. Des thématiques assez dures comme l’abandon, la mort et la maladie sont également disséminées de ci de là. Si quelques longueurs subsistent et qu’un léger manque de rythme empêche d’être pleinement convaincu, le résultat s’avère malgré tout plutôt convaincant. En outre, il est amusant d’y repérer de nombreux caméos d’acteurs assez connus, certains étant d’ailleurs grimés pour l’occasion.

En définitive, Sayonara Bokutachi no Youchien s’apparente à un joli et tendre tanpatsu reflétant avec une grande justesse le naturel presque déstabilisant, l’innocence et les peurs infantiles. Interprété par des enfants mignons comme tout, il se laisse agréablement regarder et surprend par sa tonalité à mi-chemin entre la comédie pétillante et le drame mélancolique. S’approchant d’une certaine manière d’un récit initiatique, l’épisode dispose dans tous les cas d’une atmosphère nostalgique et d’une capacité à émouvoir susceptibles de satisfaire ceux appréciant ce genre. Il n’est clairement pas indispensable mais il a le mérite de remplir comme il se doit le cahier des charges.